En forme de femme


6 Commentaires

De l’inutilité de se comparer aux autres

Au printemps dernier, j’ai soupé chez une camarade d’université – appelons-la Albertine – avec quelques membres de mon groupe de recherche. Ce soir-là, j’ai passé un moment agréable en merveilleuse compagnie, autour d’un fin repas et de bons vins, mais j’en ai encore un vif souvenir parce qu’il m’a libérée d’un train de pensée nuisible et malsain.

Albertine fait partie des femmes exceptionnelles de mon entourage. J’apprécie toujours sa conversation, j’admire son travail et j’estime qu’elle a un esprit brillant; elle est aussi une vraie beauté naturelle, toujours impeccablement mise et tout particulièrement stylée. Depuis que je la connais – et je la connais assez peu, puisque je ne la fréquente qu’à l’université –, elle est pour moi un modèle de grande dame.

Ce soir de printemps, je sortais tout juste d’une période de tumultes intérieurs qui, en conjonction avec la fin de ma « crise de la trentaine », m’avait menée à remettre en question l’ensemble des aspects de mon existence, et tout particulièrement ma place dans le merveilleux monde universitaire. Je sentais que je n’avais ni les nerfs ni l’étoffe d’affronter ce qui m’attendait – énièmes demandes de bourses, post-doctorat, réseautage, entrevues, etc. – et plutôt que de me demander ce que j’avais envie de faire des dizaines d’années que je passerais sur le marché du travail, je me suis mise à regarder autour de moi pour voir qui était dans la course. Le train des comparaisons quittait le quai.

Bien entendu, j’étais entourée de gens extraordinairement intelligents, charismatiques et déjà bien installés dans des réseaux. Tous et chacun me paraissaient, objectivement et honnêtement, avoir sur moi et sur mon travail une nette avance à peu près sur tous les fronts. Il faut dire que je souffre du syndrome de l’imposteur depuis le début de mes études universitaires et que je suis d’une timidité morbide. J’ai développé des trucs (la volubilité, entre autres choses) et je me débrouille la plupart du temps, mais les échanges dans le contexte universitaire sont de ceux qui me rendent le plus nerveuse et mal à l’aise.

Je me suis comparée à la gent universitaire en entier pendant des semaines et peut-être pendant des mois, pour finalement conclure que les probabilités de faire carrière étaient nulles. J’ai donc décidé de finir ma thèse et de faire autre chose. Mais puisque le train des comparaisons va toujours de l’avant et qu’il ne s’arrête pas facilement, je me suis mise à multiplier les comparaisons au passage, à propos de mon style de vie et de mes sourcils, à propos de mes chaussures et de mes aptitudes sociales, et à propos de que sais-je encore.

Au troisième étage de l’appartement d’Albertine, le printemps dernier, alors que j’avais une coupe de blanc entre les doigts et une tranche de pita craquant sous la dent, Albertine m’a dit qu’elle n’avait pas l’intention de faire une carrière universitaire. Plus tard dans la soirée, une autre collègue a profité de l’occasion pour nous annoncer qu’elle quittait le programme de doctorat pour tenter sa chance dans le vrai monde. L’une et l’autre m’ont toujours beaucoup impressionnées et je suis sortie de cette soirée ébranlée par ces nouvelles.

Ni Albertine ni cette autre collègue n’avaient joué un rôle particulier dans mes délires comparatifs, mais elles m’ont prouvé sans le savoir, et deux fois plutôt qu’une, que toutes les comparaisons du monde sont inutiles et injustes. Quand on cherche, on trouve toujours quelqu’un plus brillant, plus confiant, plus subtil, plus beau, plus riche ou plus drôle que nous. C’est une évidence. Sauf que ce n’est pas ainsi qu’on devrait prendre la mesure de soi-même.

Lorsqu’on se compare aux autres, on a tendance à comparer nos faiblesses à leurs forces ou à minimiser nos accomplissements à la lumière des leurs, le plus souvent sur des bases sans commune mesure. Je parie qu’on ne pourrait jamais faire des comparaisons aussi grossières si elles ne nous concernaient pas; mais on est très durs avec nous-mêmes et aussi assez peu raisonnables. Cela vaut pour la carrière, pour l’apparence physique, pour la performance sportive, pour le mariage et pour bien d’autres choses encore.

Lorsque nos pensées prennent la voie des comparaisons, mieux vaut les freiner aussitôt et changer de perspective. Il existe certainement plusieurs manières d’éviter de se faire prendre dans ce tourbillon inutile et nuisible, mais celle qui me réussit le mieux est de me mesurer à une version antérieure de moi-même. En général, cela me fait sourire. De fierté.

Publicités


2 Commentaires

Je hais, donc je fais

Une des choses que j’ai apprises assez tôt dans ma jeune vie de yogini, c’est de ne pas faire entièrement confiance à mes goûts et à mes dégoûts. Il faut aimer le sport qu’on pratique, mais cela ne signifie pas pour autant qu’il faille se lover dans le confort de nos amours et ignorer le monde entier. Car ce qu’on hait a parfois quelque chose à nous apprendre.

La posture du chameau (Ustrasana), par exemple, je l’ai détestée dès ma première tentative. Chaque fois que le professeur l’annonçait, je me disais : « Ah non, pas celle-là ». En classe, je manœuvrais des feintes. Je choisissais ce moment pour replacer la taille de mes pantalons ou refaire le nœud dans mes cheveux. Lorsque je suivais une pratique audio à la maison, je me plaçais dans la posture de l’enfant ou dans celle du chien tête en bas, sans même me demander pourquoi j’agissais ainsi ou pourquoi je détestais tant cette posture.

Un matin, mon professeur de yoga a pris congé pour soigner un rhume et une autre femme a dirigé la classe, défiant sans le savoir le confort qu’on prend si facilement, même dans l’effort. Lorsqu’elle a annoncé la posture du chameau, ma petite voix intérieure a dit, machinalement, « Ah non, pas celle-là », mais avec une sorte de nervosité dans le ton. Je sentais bien que la stratégie d’évitement ne fonctionnerait pas ce jour-là. J’étais, en effet, la seule élève dans la classe. La remplaçante a immédiatement senti mon hésitation et elle s’est approchée de moi. « On va y aller par étapes, OK? » J’ai fait oui de la tête comme une petite fille et c’est à ce moment que j’ai compris que j’avais pris la peur pour de la haine.

La remplaçante m’a guidée, lentement, vers ma première posture du chameau satisfaisante, tout comme mon professeur l’a fait ensuite pour la posture sur la tête (Salamba Sirsasana). Quelque chose dans l’ouverture de la poitrine et de la gorge que demande la posture du chameau me mettait mal à l’aise. Et, étrangement, moi qui ai toujours cru que ma tête (ou plutôt ce qu’elle contient) était ma plus grande force, je perdais toute confiance une fois qu’il fallait, à l’envers, m’appuyer sur elle.

Si je haïssais tant ces postures, c’est qu’elles m’obligeaient à franchir une limite, à affronter une peur, à ouvrir ce qui était fermé et à m’appuyer sur ce qui était moins solide que je ne voulais bien l’admettre. Je n’ai pas conquis entièrement ces postures et je ne les aime pas encore tout à fait, mais aujourd’hui, je les accueille avec calme lorsqu’elles sont annoncées. Le scénario s’est répété pour les tractions à la barre (pull-ups) et les pompes (push-ups), que je me suis obligée à pratiquer et que je me suis surprise à aimer franchement. Ce doit être parce que, maintenant que je les maîtrise mieux et qu’elles ne m’effraient plus, elles me font sentir plus forte que jamais.


24 Commentaires

Insulte et compliment

Ce mardi, alors que je reprenais le chemin de la maison pour terminer une course tranquille et que, séduite par l’idée d’emprunter le sentier de la mare aux canards, je profitais de l’air frais du mois de novembre, on m’a insulté. Je suivais trois adolescents qui venaient de descendre de leur bus scolaire et qui tapageaient autour d’un meuble abandonné aux ordures. Le plus grand a lancé un tiroir en l’air, les deux autres ont ri, puis ils se sont tous les trois ballottés en échanges mi-tirailleurs mi-amicaux. Lorsque je les ai dépassés, l’un d’eux m’a crié : « Fat booty! »

Mon réflexe aurait été de lever les doigts d’honneur  – les deux – mais j’ai entendu depuis le creux de mes souvenirs la voix de ma mère, comme aux tristes jours où on m’intimidait à la petite école et à la polyvalente : « Ignore-les. » J’ai donc laissé mes majeurs là où ils étaient et j’ai continué mon chemin, un peu troublée. Mais je n’avais pas encore fait quatre enjambées que le crieur, pensant que peut-être je ne l’avais pas entendu, a pris soin de me renvoyer son message, plus fort et plus convaincu.

J’ai beau avoir enduré des années de ricanements et d’humiliations, j’ai beau avoir une indulgence infinie pour les adolescents et un esprit critique, je crois, assez fin pour savoir que ce jugement n’était ni valable ni recevable, je me suis immédiatement mise à me désoler de mon popotin. Je savais que ma mère avait encore raison, vingt ans plus tard, et qu’il ne valait pas la peine de bouger une phalange pour répondre à de telles idioties, mais en même temps je me sentais frustrée de ne pas m’être défendue.

Arrivée à la maison, j’ai raconté l’incident à mon mari et je lui ai confié que j’espérais de tout cœur que notre fils ne dirait jamais de telles choses à des étrangers. Puis j’ai pensé à mes débuts de coureuse, alors que je sortais le soir ou que je me rendais à la piste aux heures où elle était déserte, cherchant à éviter le regard des autres, qui pensaient certainement – c’est ce que je m’imaginais – que j’étais trop ceci ou pas assez cela pour faire ce que je faisais.

J’ai déjà raconté qu’à Philadelphie, un chauffeur de taxi avait été surpris d’apprendre que j’allais courir un marathon parce que, m’avait-il dit, les marathoniens étaient habituellement très minces. Je me souviens de ces mots comme s’il me les avait dit hier matin, parce que c’était précisément ce jugement que je redoutais, moi qui me sentais déjà comme un imposteur et qui avais du mal à me convaincre que j’étais, moi aussi, une athlète.

Un billet de Ben Davis m’a rappelé ces épisodes gênants, mais surtout l’importance de dire et de redire tout le bien que nous pensons, entre nous, de l’effort des autres. Dans son billet, Ben, qui est passé de l’obésité morbide et de la dépression aux Ironman et à la couverture de Runner’s World, raconte à quel point il redoutait, lorsqu’il a commencé à courir, les jugements de ceux qu’il croisait sur la rue. Et comment il a fini par comprendre qu’il n’y a aucune honte à prendre sa vie en main, quel que soit le point de départ.

En dix ans, ma crainte d’être jugée a été justifiée à au moins deux reprises. Mais combien de personnes ont pensé, en me voyant courir, que j’avais du courage de sortir sous la pluie, à 20 degrés sous zéro, avec mon fat booty ou en poussant mon petit dans le Babyjogger? Combien se sont dit « Tiens, je devrais sortir moi aussi »? Combien, encore, ont trouvé tout à fait normal de me voir courir, au point de ne pas même me remarquer? Des tas, assurément. Et je les remercie.

Nous sommes des athlètes. Le poids corporel, la silhouette, la vitesse et le style n’ont rien à voir avec ce statut. Tous les entraînements et tous les efforts comptent et méritent des compliments. Que ceux qui ne souhaitent pas exprimer ces compliments se taisent.


24 Commentaires

Courir et maigrir forment une pauvre rime

Le 18 novembre 2007, dans un taxi à Philadelphie:

CHAUFFEUR – Are you racing this morning, ma’am?

MOI – Yes I am. My first marathon.

CHAUFFEUR – The marathon? I wouldn’t have guessed. Most marathoners are skinny, you know.

MOI – …

Dans un certain camion cet été, après avoir dépassé une coureuse rondelette dans la cinquantaine:

INTERLOCUTRICE – Je la vois souvent courir, cette femme-là. Elle a pas l’air de maigrir pantoute.

MOI – Et ben moi je trouve qu’elle est bonne de courir. Il fait chaud aujourd’hui, en plus.

INTERLOCUTRICE – Oui mais à force de courir, elle devrait maigrir, il me semble.

MOI – Peut-être qu’elle cours pas pour maigrir, tsé.

Mercredi dernier, au studio de yoga, après avoir appris que j’aurais le privilège de suivre un cours privé:

MOI – C’est étonnant qu’il n’y ait pas plus d’inscriptions. C’est un super studio, pourtant.

PROF DE YOGA – C’est calme ici, mais la classe de yoga chaud est toujours pleine. Tu sais pourquoi?

MOI – Je pense que oui. Les gens choisissent le yoga chaud parce qu’ils veulent perdre du poids.

PROF – C’est ça.

***

Je n’ai jamais couru pour maigrir et c’est très bien ainsi. Je ne dis pas que si je disposais d’une baguette magique je ne ferais pas quelques retouches ici et là sur ma carcasse pleine d’amour, mais plutôt que l’exercice n’est pas associé dans mon esprit à un idéal physique auquel j’aspire. Faire le plein d’oxigène, vivre les saisons, évacuer les tensions, suspendre le temps, donner un nouveau visage à une journée qui tourne mal, aller à la pharmacie, mettre les potins à jour avec une copine, étouffer un chagrin, oui, mais faire bouger l’aiguille du pèse-personne, non. Celui-là, d’ailleurs, est remisé depuis longtemps.

Ce qui est sexy, chez une femme, c’est la confiance. J’ignore où j’ai lu ou entendu cela un jour, mais je voue encore à cette formule un culte absolu. L’exercice rend sexy, finalement, moins parce qu’il promet un ventre plat et des fesses fermes que parce qu’il donne confiance. Je cours et je pratique le yoga pour l’oxigène, le calme, le vide, la compagnie et bien d’autres raisons encore, mais surtout parce que cela me rend plus forte et me fait sentir tous les jours plus solide sur mes deux jambes et entre mes deux oreilles. Parce que je sais que la puissance de mon corps se traduit en puissance mentale, alors que la taille de mes jeans ne dit et ne dira jamais rien de plus que son propre chiffre.

À trop miser sur la silhouette ou les résultats visibles de l’activité physique, on risque de passer à côté de ses meilleurs bienfaits. On risque aussi d’en faire une liaison orageuse et éphémère, alors que c’est précisément parce qu’elle est gratuite qu’une idylle avec le vélo, la course, la natation, le yoga et que sais-je encore se transforme en véritable mariage pour le meilleur et pour le pire.

Il est vrai que l’exercice physique pratiqué de manière régulière entraîne souvent la perte de poids. J’aime penser qu’il s’agit de dommages collatéraux: des kilos sacrifiés au bien-être et à la santé, des centimètres tombés au combat contre l’inertie.


3 Commentaires

Bonheur inc.

Reflections

Image by kevindooley via Flickr

Au coeur fragile de mon adolescence, ma mère eût la bonne idée de me faire lire  À 10 kilos du bonheur. L’obsession de la minceur. Ses causes. Ses effets. Comment s’en sortir (Éditions de l’Homme, 1991) de Danielle Bourque. Bien que cette lecture soit lointaine, j’en garde un souvenir très vif. Mme Bourque montre par des raisonnements clairs et honnêtes (1) comment l’image de la femme qui circule dans les médias et dans l’imaginaire social est déformée et inatteignable, (2) pourquoi les régimes et les comportements alimentaires comme l’anorexie ou la boulimie sont d’une inefficacité accablante et souvent d’un grand danger, (3) le poids exercé par (1) et (2) sur l’équilibre psychologique et l’estime de soi.

Pour illustrer la manière avec laquelle les jeunes filles grandissent en se faisant une idée complètement irréaliste du corps de la femme, Mme Bourque place côte à côte la photographie du corps d’une femme moyenne (disons 5’5″, 130 lbs) et celle d’une réplique « grandeur nature » de Barbie. Je me souviens encore de la difformité de la poupée, une fois comparée à une « vraie » femme. C’était choquant.

Pour expliquer les risques liés aux diètes yo-yo, à l’anorexie et à la boulimie, elle explique dans un langage A + B, chiffres à l’appui, quelles sont les réactions du corps à la famine et comment, sur la longue durée, elles peuvent être  dommageables pour tous les organes vitaux. C’est ainsi que j’ai appris que si l’on mange trop peu, le coeur finit par cesser de battre. Une évidence, me direz-vous. À 14 ans, c’était loin de l’être, et je n’ai pas pris cet enseignement à la légère.

Savoir que les médias exercent une pression sur les femmes ne permet pas d’y échapper; savoir que l’image de la femme qui circule dans l’imaginaire social est déformée n’empêche pas de s’y comparer. À mon avis, la pression et la comparaison sont inévitables. Je crois cependant que ce savoir peut aider à comprendre l’insatisfaction (et parfois la détresse) ressentie à l’égard de son corps, à rationaliser les malices de l’estime de soi et, surtout, à jeter un regard critique sur les moules, les préjugés, les images. Des outils pour le combat, quand il se pointe à notre porte.

Tous les parents devraient mettre ce bouquin entre les mains de leur adolescente – question de santé, physique et mentale – pour qu’elle comprenne que 10 kilos en moins ne font pas le bonheur.

10 kilos en moins ne font pas le bonheur, pas plus qu’une ou deux tailles de jeans en dessous, quelques centimètres aux biceps en plus, des minutes retranchées à la dernière course ou un zéro additionnel au salaire annuel. L’objectif, quel qu’il soit, ne fait pas le bonheur.

Dans l’édition de mars 2010 du New Yorker, Elizabeth Kolbert signait un article intitulé « Everybody Have Fun », dans lequel elle présentait les plus récentes études sur le bonheur. Saviez-vous, au fait, que le bonheur fait l’objet d’études sérieuses, universitaires et subventionnées, notamment dans les domaines de la sociologie et de la psychologie? Partout dans le monde, les chercheurs s’intéressent à ce qui fait de nous des gens heureux ou moins heureux. Mais ne vous réjouissez-vous pas trop rapidement: personne n’a encore trouvé la recette.

L’article de Kolbert fait état de recherches qui ont abordé le problème de manières variées. Plusieurs se sont intéressées aux différences entre les milieux riches et les milieux pauvres, mais d’autres avenues ont aussi été explorées. La vie avant et après avoir gagné à la loto, par exemple, a été scrutée du point de vue du bonheur relatif – le bonheur se mesure mal de manière empirique. Des études ont été menées afin d’évaluer le bonheur au seuil de la vie adulte et plus tard dans la période de maturité. Ce sont quelques exemples, il y en a d’autres.

Vous serez peut-être surpris d’apprendre que le bonheur n’est ni à la hausse ni à la baisse. En réalité, la cote du bonheur est stable, dans le temps et dans l’espace, c’est-à-dire dans la plupart des pays du monde et depuis longtemps.

Since the early seventies, the percentage of Americans who describe themselves as either « very happy » or « pretty happy » has remained virtually unchanged. Indeed, the average level of self-reported happiness, or « subjective well-being, » appears to have been flat going all the way back to the nineteen-fifties […]

On pourrait croire que dans les pays sous-développés, où les gens luttent pour leur survie, le niveau relatif de bonheur est plus bas que dans nos sociétés ouatées. Il l’est, mais très peu. Plusieurs hypothèses ont été proposées pour expliquer comment tant d’inégalités peuvent mener des gens de générations, de classes sociales et d’origines différentes à se dire à peu près également heureux.

L’hypothèse la plus plausible, jusqu’ici, est celle de la phénoménale capacité d’adapation de l’être humain. Ainsi, si la situation finacière d’une famille s’améliore ou se déterriore, ses memebres trouveront, au bout d’un moment, le moyen de s’adapter. Les exigences envers la vie, pour le dire autrement, changent selon les moyens, qu’ils soient financiers, physiques ou psychologiques.

Cela n’explique-t-il pas pourquoi nous avons rarement le sentiment d’être vraiment arrivé au but? Et pourquoi, si seulement on parvient à l’atteindre, un autre renaît immédiatement de ses cendres? Dans ce cas, vaut mieux cueillir le bonheur sur la route, si nous savons qu’il ne nous attend pas au bout du chemin.

Danielle Bourque, À 10 kilos du bonheur. L’obsession de la minceur. Ses causes. Ses effets. Comment s’en sortir, Montréal, Éditions de l’Homme, 1991, 232p.

Elizabeth Kolbert, « Everybody Have Fun », The New Yorker (March 22, 2010), p. 72-74.

Enhanced by Zemanta


6 Commentaires

Des chiffres pour se ramener au plancher des vaches

En matière de nutrition et d’image personnelle, la raison n’est pas maître. On se demande comment les femmes anorexiques qui n’ont que la peau et les os peuvent penser qu’elles ont encore des kilos à perdre. C’est pourtant simple: l’image qui leur est renvoyée par le miroir est déformée, et le raisonnement n’a rien à voir dans tout ça.

Cette déformation n’est pas seulement l’affaire de celles et de ceux qui manifestent des comportements alimentaires extrêmes. C’est notre lot à toutes et à tous. Nous vivons dans une société qui voue un intouchable culte à la jeunesse, à la minceur et surtout au tout-cuit-dans-le-bec. La relation que nous entretenons avec la nourriture est profondément étrange et rien autour de nous ne semble contribuer à améliorer la situation.

On a l’impression, lorsqu’on choisit de vivre une vie active et d’avoir une alimentation équilibrée, d’avoir le monde entier contre nous. L’épicerie nous bombarde de produits franchement dégueulasses, les restaurants proposent trop peu d’alternatives nutritives et l’air du temps fait de la nourriture un ennemi ou une affaire d’hédonisme plutôt qu’un carburant, nécessaire au bon fonctionnement du corps et de l’esprit humains.

Si vous faites de l’exercice 6 fois par semaine, on chuchotera que vous êtes zélé. Si vous buvez un minimum de consommations alcoolisées, on croira que vous avez un problème d’alcool. Si vous faites le choix de vous soumettre de manière stricte à une alimentation équilibrée, on vous accusera d’extrémisme. Adopter des habitudes de vie durables pour une santé d’aujourd’hui et de demain est pratiquement à contre-courant.

La tendance est plutôt aux solutions-minute, qui donnent rapidement et avec un minimum d’efforts les résultats rêvés. Car rappelez-vous: le bikini est contre vous. Pour le mettre au plancher au plus vite, vous devrez faire des choses pourtant bien plus zélées et plus extrêmes que courir 6 fois par semaine et montrer peu de tolérance aux aliments transformés: vous bourrer d’aspartame, ne boire que des breuvages protéinés, banir les pâtes comme des criminelles, passer au bistouri, ou encore suivre un régime comme le populaire Défi Special K. Perdre 6 livres en 2 semaines, n’est-ce pas séduisant? Attention: ce n’est en fait qu’une vulgaire campagne de publicité.

Rendez-vous service et prenez le temps de lire cet article écrit par Emilie, qui montre enfin comment ces régimes sont non seulement scandaleux, mais franchement dangereux. Des chiffres qui vous ramèneront certainement au plancher des vaches, des chiffres qui vous donneront envie de croquer dans une pomme et d’aller faire une promenade.