En forme de femme


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Lecture: Le goût de courir d’Antoine de Gaudemar

Je referme à l’instant un petit livre que j’ai dévoré comme un assortiment de chocolats surfins : Le goût de courir (2011, Mercure de France). Il s’agit d’une anthologie préparée par le journaliste et cinéaste Antoine de Gaudemar, qui rassemble des textes sur la course et ses héros depuis Hérodote jusqu’à Joyce Carol Oates, en passant par Jean-Jacques Rousseau et Lewis Carroll.

On apprend, notamment, que le célébrissime premier marathonien, Philippidès, aurait en fait été un ultra-marathonien, puisqu’il aurait parcouru 250 kilomètres en 36 heures. Et il n’en serait pas mort. On apprend aussi qu’au stade d’Olympie, qui faisait 192 mètres très exactement, les athlètes grecs couraient entièrement nus.

Dans ce petit bijou d’anthologie, quelques textes font sourire, comme la scène du Émile ou de l’éducation de Rousseau, dont voici un extrait :

Les femmes ne sont pas faites pour courir; quand elles fuient, c’est pour être atteintes. La course n’est pas la seule chose qu’elles font maladroitement, mais c’est la seule qu’elles fassent de mauvaise grâce : leurs coudes en arrière et collés contre leur corps leur donnent une attitude risible, et les hauts talons sur lesquels elles sont juchées les font paraître autant de sauterelles qui voudraient courir sans sauter. (p. 30)

D’autres font sourciller, comme celui de Jean Baudrillard :

« I did it! » soupire le marathonien épuisé en s’écroulant sur la pelouse de Central Park.

I DID IT!

Le slogan d’une nouvelle forme d’activité publicitaire, de performance autistique, forme pure et vide et défi à soi-même, qui a remplacé l’extase prométhéenne de la compétition, de l’effort et de la réussite. […]

Le marathon est une forme de suicide démonstratif, de suicide publicitaire : c’est courir pour montrer qu’on est capable d’aller au bout de soi-même, pour faire la preuve… la preuve de quoi? Qu’on est capable d’arriver. (p. 107)

La « course à la Comitarde », dans Alice au pays des merveilles, nous rappelle la nature profondément ludique de la course, et les très spirituelles Notes et maximes sur le sport de Jean Giraudoux sont tout simplement délicieuses :

La piste est l’image de l’infini, sur lequel chaque coureur découpe sa distance favorite. […]

J’aime couper de sprints ma marche vers la mort. […]

Ce n’est pas les uns après les autres que courent les coureurs à pied. La preuve, c’est que jamais il ne leur vient l’idée de toucher ceux qu’ils rattrapent. (p. 99)

Antoine de Gaudemar a divisé son anthologie en trois parties : la première fait état de la course à travers les âges, la deuxième raconte la vie de ses héros, la troisième s’intéresse à la course comme métaphore. S’y côtoient les points de vue des spectateurs et des sportifs, des sprinteurs et des marathoniens, des amoureux et des détracteurs. Je ne saurais reprocher à ce bouquet de textes que d’être trop court; j’en aurais pris plus et pour plus longtemps. Certains titres sont déjà dans ma bibliothèque, d’autres s’y ajouteront bientôt sans aucun doute. Je vous le recommande chaleureusement si vous avez… le goût de courir.

Le goût de courir, textes choisis et présentés par Antoine de Gaudemar, Paris, Mercure de France, coll. « Le petit Mercure », 2011, 134p.

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Lecture: Arvida de Samuel Archibald

Arvida de Samuel Archibald appartient à la catégorie des œuvres inclassables, moins parce que l’auteur a choisi la peu commune appellation générique des « histoires » que parce qu’elle tient ensemble des univers non contigus. On y trouve des histoires de pêche (qui sont en fait des histoires de chasse), des histoires de gars, des histoires d’amour manqué ou trop accompli, des histoires de fillettes violées et de garçons finauds, des histoires à propos de ceux qui les racontent et surtout, des histoires de famille – celles qu’on chérit, celles qu’on subit et celles qu’on s’invente.

Création à la fois cohérente et composite, originale mais d’une étrange familiarité, Arvida semble provenir d’un esprit qui se livre en même temps qu’il se défile. Si l’auteur se met en scène dans trois récits qui encadrent l’ensemble et qui retracent son destin d’écrivain, ce n’est, semble-t-il, que pour mieux s’effacer derrière les voix des autres. Quelques pages suffisent à révéler le pouvoir d’enchantement de cette narration sans orgueil, marquée par l’oralité et ce qu’on pourrait appeler, le plus simplement du monde, le plaisir de conter. En passant d’un narrateur à l’autre, M. Archibald s’amuse – on le sent – à explorer différents registres de la langue et de l’art du récit. Le déséquilibre stylistique qui en résulte aurait pu, chez un autre, trahir l’immaturité d’une vision ou une ambition forcée. Ici, il traduit plutôt un sujet : la communauté.

Ville industrielle érigée au début du vingtième siècle pour la production d’aluminium, Arvida est engloutie deux fois plutôt qu’une par des fusions municipales. De tous les fantômes qui hantent les histoires de ce livre, Arvida est le plus beau et le plus triste. C’est dans la version mythique de cette ville que « régnait en songe » la famille du narrateur, alter ego de l’auteur, et c’est là aussi que se font et se défont les mailles des souvenirs. Les personnages n’habitent pas tous Arvida au même moment, mais ils forment une sorte de communauté imaginaire. Nadia, à qui l’on a transmis les meilleures recettes de la famille et de la paroisse, incarne ce tissus social à la fois vivant et spectral : « Nadia était devenue une cuisinière formidable, hantée par le fantôme de dizaines de femmes qu’elle n’avait jamais connues. » La force de l’œuvre tient, au moins en partie, à cette synchronie des temps et des lieux, synchronie qui explique qu’une histoire comme « Jigai » puisse s’inscrire sans heurt dans l’ensemble. On peut même penser que « Jigai », qui raconte comment deux japonaises transforment la mutilation du corps en art, fonctionne comme une mise en abyme du livre entier, puisqu’elle décrit les lieux et les êtres selon différents points de vue, que le temps et le cœur altèrent à leur manière.

L’humour – rire gras et ironie sagace – est convaincant de la première bouchée de May West à l’épiphanie du jeune écrivain, en passant par les chemins sinueux du Nord et ceux, plus violents, qui mènent un couple au divorce. Le drame – appelons-le comme cela – n’est jamais ampoulé et contient juste ce qu’il faut d’ambiguïté quant au rôle joué par la fatalité et le hasard dans la vie des personnages. Ces qualités auraient suffi à composer un excellent livre, mais M. Archibald a aussi trouvé le moyen de planter et de préserver le mystère dont son alter ego redoute tant la destruction. Raconter une histoire, affirme-t-il, quelques paragraphes avant le point final, c’est « déjà en bazarder le pouvoir de fascination ». Dans Arvida, le mystère prend le plus souvent la forme d’un fantôme. Mais si le réalisme rabat ces apparitions au niveau de l’entendement, la possibilité même d’une coexistence de la vie et de la mort, du présent et du passé, de l’ici et de l’au-delà exerce son effet mystificateur. Qui était cette femme aperçue au bord de la Cabot Trail?

Des univers non contigus d’Arvida ressortent, comme vainqueurs de la violence du monde, les mêmes indéfectibles liens d’amour : les âmes sœurs, les copains, la famille. C’est pour cette raison qu’en refermant le livre, on garde avec soi quelques images effrayantes mais surtout un sentiment de fraternité qui nous fait aimer notre sœur un peu plus et le sourire de notre grand-mère encore davantage. Qu’ils soient durs ou beaux, qu’on ait eu le temps de les polir ou non, Arvida nous donne envie d’aimer nos souvenirs. Un livre qu’on ne peut lire qu’une seule fois, et c’est peut-être la plus grande qualité qui soit.

Samuel Archibald, Arvida, Le Quartanier, 2011, 315 p.

*En lice pour le Prix littéraire des collégiens 2012 et sur la liste préliminaire du Prix des libraires du Québec 2012.


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La vérité sur les DVD: 30 Day Shred (Jillian Michaels)

Jillian Michaels est connue, le plus souvent, pour sa participation à la célèbre émission The Biggest Loser (Qui perd gagne). Elle a la réputation d’être dure et de demander l’impossible, mais ses méthodes sans complaisance ont fait leurs preuves. Et puisque la saison des DVD nous pend au nez comme les dernières feuilles accrochées aux arbres, je saisis l’occasion de dire quelques mots sur 30 Day Shred, un DVD de sa création que j’aime particulièrement.

Les promesses

Le 30 Day Shred jure de vous mettre en forme en 30 jours, rien de moins. « Lose up to 20 pounds in 30 days! », peut-on lire sur la couverture. Cette stratégie marketing s’inscrit dans une tendance quasi généralisée de l’industrie du fitness, qui prétend que ses produits provoquent de grands changements en très peu de temps. Imaginez, un instant, un DVD qui annoncerait qu’il faudra plusieurs mois avant de recueillir les fruits de nos efforts, assez peu visibles, de toute façon, s’ils ne sont pas combinés avec une alimentation équilibrée. Ce serait un fiasco. Et pourtant, on sait (au moins intuitivement) que les changements durables ne se font pas en criant ciseaux et qu’il ne suffit pas d’exécuter des entrainements intensifs pendant un mois pour être et rester en forme. Devant ces promesses farfelues, mieux vaut user de notre esprit critique et de notre sens de l’humour.

Je ne saurais me prononcer sur l’efficacité du programme tel qu’il est proposé par Jillian Michaels, puisque je n’ai pas tenté l’expérience des 30 jours consécutifs. Je peux toutefois assurer qu’il s’agit de routines expéditives, efficaces et bien balancées qui feront grouiller les sédentaires ou qui s’intégreront parfaitement à un autre programme d’entraînement – de course, par exemple. C’est ainsi que j’utilise le DVD: comme complément de musculation à mes programmes d’entraînement de course. Il s’agit par ailleurs d’une excellente manière de meubler la période d’hibernation des coureurs, des cyclistes, des marcheurs et des randonneurs pendant la basse saison. Il faut, pour la réalisation des routines, une paire de poids libres, un tapis de sol et 20 minutes (23, dans les faits). Pour les horaires tricotés serrés et les 4 1/2 en ville, ce DVD est tout indiqué.

Le produit

Le DVD propose trois routines distinctes, qui correspondent à trois niveaux progressifs, et qui comportent chacune une courte période d’échauffement et d’étirements. Elles reposent sur un système révolutionnaire, de dire Michaels, soit le « 3-2-1 Interval System »: 3 minutes de musculation, 2 minutes d’exercice cardiovasculaire et 1 minute d’exercice pour la région abdominale. Ces enchaînements, communément appelés « circuits », son exécutés sans pause; l’objectif est de combiner le travail de plusieurs groupes musculaires à la fois et de maintenir le rythme cardiaque élevé tout au long de la séance. Chaque routine compte trois circuits variés, qui ne manqueront pas de provoquer une bonne suée, à condition, bien entendu, de tout donner sur le champ. Lorsqu’on dispose de moins de 25 minutes, il faut sortir de la zone de confort du début à la fin de la séance.

Dans chaque routine et d’un niveau à l’autre, on ne saurait s’ennuyer tant le rythme est entraînant et la variété au rendez-vous. À défaut d’offrir des programmes de musculation complets, les circuits de ce DVD ont le mérite de mener les muscles travaillés au seuil de l’épuisement, ce qui ne manque pas de provoquer l’adaptation du corps. Il me semble qu’entre les 2e et 3e niveaux, le saut est plus grand qu’entre le 1er et le 2e, probablement parce que les segments cardio du 3e niveau sont de type pliométriques et qu’ils exigent une résistance musculaire additionnelle. Le seul bémol, selon moi, est le trop peu de temps consacré à la région abdominale dans les deux premiers niveaux. Le 3e, lui, ne rate pas son coup.

Un détail qui pourrait en déranger certains : il s’agit d’un DVD en anglais qui n’offre pas un choix d’autres langues. On a toutefois l’option de suivre l’entraînement sans la narration.

Un modèle

Une raison qui me fait revenir à ce DVD depuis que j’en ai fait l’acquisition est sans aucun doute l’entraîneur. Jillian Michaels a un petit quelque chose de rock ‘n roll, pour ainsi dire, qui me plaît. Elle projette l’image d’une femme forte, intelligente et terre-à-terre, à cent lieux de la nunuche qui n’a de modèle que le corps. Elle propose une approche globale, qui intègre l’alimentation équilibrée, bio et locale, dont elle prêche les vertus, de même que la confiance en soi et en ses capacités de dépassement. Pour ce DVD, Jillian Michaels est accompagnée de deux femmes qui exécutent des variations plus intenses ou sans impact des exercices. Ces femmes sont naturelles, travaillent fort et ne le cachent pas derrière un sourire figé.

Je conseille chaleureusement ce DVD à ceux qui cherchent un moyen, à peu de frais et moyennant peu d’espace et de temps, d’intégrer la musculation à leur routine, soit à titre d’exercice principal ou à titre d’exercice complémentaire. À condition d’insérer le DVD dans le lecteur, on a la certitude de recevoir une bonne dose de motivation et d’enthousiasme. Et pour les hommes qui auraient lu jusqu’ici : sachez que le DVD a été testé par un homme (le mien!), qui s’est retrouvé comme moi, du premier au troisième niveau, en sueur et le visage couleur homard.


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Lecture: Courir au bon rythme de Jean-Yves Cloutier et Michel Gauthier

Au Québec comme partout dans le monde, la course fait de plus en plus d’adeptes. La participation aux compétitions sur route est en constante croissance, les clubs se multiplient, les boutiques spécialisées font de bonnes affaires et, rapidement, une communauté se constitue. La bonne santé de la course au Québec se manifeste aujourd’hui dans la sphère culturelle, avec l’émission Mlle Court, le nouveau magazine Kmag et la publication, aux éditions La Presse, du livre de Jean-Yves Cloutier et de Michel Gauthier, Courir au bon rythme (2011).

Jean-Yves Cloutier est entraîneur et président-fondateur du club d’athlétisme Les Vainqueurs et il est aussi l’entraîneur-conseil du Marathon Oasis de Montréal. Ses programmes d’entraînement figurent sur le site officiel de l’événement et ont la réputation de mener les athlètes, néophytes ou aguerris, vers la réussite de leurs objectifs. La publication de son livre, cette année, a reçu un accueil chaleureux de la part de la communauté des coureurs et contribuera certainement au rayonnement de son travail auprès des athlètes ainsi qu’à la promotion de l’athlétisme.

J’ai lu Courir au bon rythme attentivement et plus d’une fois, mais je n’ai pas suivi un des programmes d’entraînement qu’il propose. Mon commentaire s’attache donc avant tout au contenu du livre et ne prétend pas évaluer l’efficacité des programmes d’entraînement. Je n’écarte pas la possibilité de faire l’essai d’un de ces programmes; si je devais le faire un jour, je commenterai certainement mon expérience.

Jean-Yves Cloutier et Michel Gauthier présentent leur ouvrage comme un manuel pratique qui aurait pu s’intituler, écrivent-ils, Les conseils du coach. Leur mission est de transmettre un savoir pratique avec simplicité et sans jargon aux coureurs de tous les niveaux. L’ouvrage est divisé en trois parties : la première présente une « philosophie de l’entraînement », la seconde propose des programmes d’entraînement pour la mise en forme des débutants et pour la préparation à des compétitions de 5, 10, 21,1 et 42,2 kilomètres, et la troisième, intitulée « Boîte à outils », livre en vrac une variété de conseils sur la souplesse et la musculation, les chaussures, la tenue vestimentaire, les préparatifs en vue d’une compétition, l’alimentation, etc.

La « philosophie de l’entraînement » que développe la première partie du livre fournit un modèle exemplaire de ce qui constitue, selon moi, une saine approche de l’exercice physique. Pour les auteurs, la course n’est pas une rencontre de passage qui sert des objectifs à courts termes (perdre du poids, participer à un événement d’envergure pour soutenir une noble cause, etc.), mais une relation qui s’enracine, se développe dans le temps et rend ses fruits plus longtemps qu’on oserait l’imaginer. « La course », écrivent Cloutier et Gauthier, « contribue au développement de nouvelles habitudes et elle s’intègre parfaitement dans un régime de vie sain. » (p. 35)

La constance et la prudence sont les deux éléments clé de cette philosophie; elles assurent une progression sans heurts et une pratique durable. Le cœur de l’ouvrage est d’ailleurs ce fameux rythme auquel le coureur doit s’entraîner, rythme qui respecte sa forme actuelle plutôt qu’il ne s’aligne sur des objectifs. On le sait : nos ambitions dépassent souvent nos moyens et, si elles sont jumelées à un enthousiasme effréné, elles peuvent mener à des cycles de surentraînement-blessure-arrêt, frustrants et décourageants. Une des premières choses que nous apprend ce livre, c’est que l’on court trop vite trop longtemps ou trop souvent. La sentence est dure : rares sont les coureurs (même débutants) qui consentent aisément à courir plus lentement qu’ils s’en croient capables. Hélas, il le faut, nous disent et nous redisent les auteurs.

Le livre fournit des tableaux dans lesquels on peut déterminer les différents rythmes d’entraînement à utiliser dans les programmes proposés, accompagnés d’explications claires sur la manière de procéder. À titre comparatif, j’ai constaté que ces rythmes sont, à quelques secondes près, les mêmes que proposent les programmes de McMillan et de Pierce, Murr et Ross (Run Less, Run Faster). Il n’y a donc rien d’unique ou de très nouveau dans cette approche, si ce n’est qu’elle tente d’inculquer ces principes dès les premiers printemps de celui ou de celle qui décide de se mettre à la course.

Les programmes d’entraînement proposés couvrent un large spectre qui va d’un objectif de 45 minutes de marche rapide à la réussite d’un marathon. Simples et balancés, ils sont basés sur la durée de l’entraînement plutôt que sur la distance. Cela a l’avantage de rendre les séances d’entraînement faciles à planifier, mais l’inconvénient, selon moi, de créer de grands écarts de kilométrage entre les coureurs plus rapides et les coureurs plus lents. Pour un coureur dont le rythme d’endurance fondamentale est de 7 minutes par Km, par exemple, la plus longue sortie du programme d’entraînement pour un demi-marathon sera de 15 Km, ce qui me paraît assez peu, du point de vue de l’endurance et du point de vue de la confiance. Si le même coureur s’entraîne pour le marathon, sa plus longue sortie sera de moins de 26 Km, ce qui me semble franchement périlleux, encore une fois, physiquement et psychologiquement. Cela m’a peu convaincue. Mais, je le répète: je n’ai pas testé l’efficacité de cette méthode. En revanche, j’ai été ravie par la section qui clôt le chapitre et dans laquelle les auteurs expliquent comment planifier une saison de course, prévoir le repos annuel et établir des objectifs pour différentes compétitions.

Dans le chapitre « Boîte à outils », les auteurs font ce que de nombreux autres ouvrages du même type ont fait avant eux : ils tentent de résumer tous les petits détails qui entourent la pratique de la course. On reste sur notre faim, parce qu’à vouloir tout couvrir de manière synthétique, on finit par en dire assez peu. Moins de 5 pages couvrent ensemble des sujets aussi vastes et importants que la musculation, la souplesse, l’alimentation et l’hydratation. Cette boîte à outils n’est donc pas celle qui est étalée dans le garage de la maison familiale et dont les différents éléments, de qualité, on été acquis au fil des ans; il s’agit de la petite boîte avec laquelle vous avez emménagé dans votre premier appartement. Il faudra tout remplacer, mais vous saurez vous débrouiller pour l’instant.

À l’exception du style, qui est trop familier par moments, qui tolère souvent les anglicismes et, surtout, qui fait un usage excessif du point d’exclamation, j’ai beaucoup apprécié cette lecture. Les auteurs sont de vrais pédagogues : ils ne se gênent pas pour répéter ce qui résiste à pénétrer le coco de leurs élèves et c’est très bien ainsi. Il y a des choses qu’il vaut la peine de se faire rappeler, et Courir au bon rythme en contient des dizaines. Je recommande chaleureusement ce livre à ceux qui souhaitent se mettre à la course, aux coureurs qui s’y sont mis depuis quelques mois et à ceux, plus expérimentés, qui n’en ont jamais assez lu sur leur sport favori.

Jean-Yves Cloutier et Michel Gauthier, Courir au bon rythme. Du débutant à l’expert : s’entraîner avec succès à la course à pied, Montréal, Les éditions La Presse, 2011, 169 p.


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Lecture : L’homme blanc de Perrine Leblanc

On trouve dans la littérature d’innombrables personnages d’artistes. Des écrivains, surtout, des peintres et des musiciens aussi. Les clowns, comme les danseurs, sont plus rares. Victor Hugo, Heinrich Böll et Günter Grass en ont inventé de fameux, mais il semble que le cirque, art du corps et des classes populaires, compose avec une ambiguïté essentielle qui effraie les écrivains.

Perrine Leblanc, dans son premier roman intitulé L’Homme blanc (Le Quartanier, 2010), a imaginé un personnage qui transforme l’expérience déshumanisante des camps de travail en URSS en grimaces et en numéros comiques. Il s’appelle Kolia et il est clown blanc, un métier qui ne lui est pas venu comme une vocation d’illuminé, mais au terme d’un travail soutenu et d’études studieuses. Un art, appris et rodé au fil des ans, pratiqué avec l’honnêteté du prestidigitateur.

L’histoire de Kolia n’est pas banale. Il naît dans un camp de travail en Sibérie et jusqu’à l’âge de 16 ans, sa survie repose sur un mélange de chance et de circonstances. Son tempérament discret et son incroyable capacité à évaluer les situations lui permettent de ne pas se faire remarquer et de s’attirer assez peu d’ennuis. La chance, « qui remplaçait Dieu au camp », le fait échapper aux statistiques, qui condamnent la majorité de ses semblables à mourir dans l’année suivant leur arrivée au camp. La bonne foi, celle des autres surtout, le fait passer à côté de son destin.

Entre l’enfance dans le goulag et l’âge de raison dans la Russie libérée et modernisée, la vie de Kolia se décline en rencontres humaines, qui le guident sur les chemins de l’art. Au camp, il y a Iossif, qui un soir se glisse dans sa couche pour réchauffer son corps et son âme, dont il ne connaissait pas jusque là l’existence : « l’âme […] était une histoire de grand-mère beaucoup trop compliquée que personne n’avait raconté à Kolia. » Il lui apprend à lire et à écrire, sa langue maternelle et le français, il lui apprend à douter, à apprécier les œuvres d’art, mais surtout il lui fait découvrir sa force intérieure. Alors qu’il est encore sous l’autorité du froid du Grand Nord et des gardiens du camp, Iossif lui fait même découvrir ce qu’il sait du monde extra-muros et de la liberté.

Il y a aussi Tania, dont la situation permet de procurer à Kolia ici une pièce d’identité, là une paire de chaussures féminines, qu’il peut ensuite échanger pour des livres ou des magazines français. Il y a Pavel, du célèbre duo Bounine, qu’il rencontre par hasard et qui l’aide à faire son entrée à l’école du cirque, et bien sûr Bounine lui-même, maître d’abord et collègue ensuite, qui lui fait la faveur ultime de le sortir de prison lorsqu’on l’y jette. En lui ouvrant les portes du monde du cirque, et c’est peut-être là le plus important, Bounine lui donne des raisons de « rêver, parce que c’est gratuit et permis ».

Parmi les clowns, les funambules et les autres artistes et sportifs aux talents exceptionnels, Kolia développe son art et crée des liens. « Il y avait là, pour qui n’était pas difficile, une famille. » Pour divertir et faire rire dans l’URSS sous haute surveillance, Kolia sait établir tout au long de sa carrière le fragile mais nécessaire équilibre entre expression et prudence. Comme son maître Bounine, il parvient parfois sur la piste à une « victoire personnelle sur le système punitif », notamment dans l’épisode du chapitre « Combustion », où il monte avec sa collègue Ioulia un numéro dans lequel ils brûlent des livres, qui sont en fait des cahiers blancs, des livres « pas encore écrits ».

Exempt de pathos, juste dans son ton et fort de ses images, le roman de Perrine Leblanc envoûte et dérange, tant la violence et la beauté y dansent du même pas. Il s’agit d’une première œuvre surprenante, qui maîtrise l’art de l’intrigue comme celui du style, et qui donne à lire une page de l’histoire du XXe siècle avec plus de vie que n’importe quel ouvrage scientifique. Une lecture convaincante, qui selon moi vaut la peine. Pas seulement selon moi, pour tout dire, puisque le roman est lauréat du Grand Prix du livre de Montréal 2010 et du Prix du Gouverneur Général 2011, et qu’il a aussi gagné le Combat des livres 2011 à l’émission de Christiane Charrette.


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Lecture : What I Talk About When I Talk About Running d’Haruki Murakami

Cover of "What I Talk About When I Talk A...

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On connaît souvent le romancier japonais Haruki Murakami pour son Kafka sur le rivage (Vintage, 2006). Même si, aux beaux jours de ma vie de libraire, je voyais beaucoup de ses bouquins passer à la caisse, je ne me suis jamais sentie appelée par son œuvre. À cette époque, j’entretenais une sorte de fascination pour son homonyme, le romancier Ryu Murakami, qui dépeint les bas-fonds de Tokyo avec autant de réalisme que d’excentricité. Les romans d’Haruki Murakami, aux dires de mes collègues, habitent davantage les terres poétiques et mythiques de l’imaginaire japonais. C’est un peu pour combler ce manque, mais surtout parce qu’il s’agit d’un livre sur la course écrit par un romancier (un mariage inespéré de mon point de vue), que j’ai lu What I Talk About When I Talk About Running (Vintage, 2008).

Murakami a écrit la plus grande partie de ce livre entre l’été 2005 et l’automne 2006, mais il l’a augmenté de textes plus anciens, qui viennent se greffer au récit principal. Celui-ci raconte la préparation « sérieuse » et assidue du romancier pour le marathon de New York. Bien que ces quelques mois constituent le fil conducteur du récit, ils sont prétexte à raconter toute une vie de coureur, des débuts exaltants au pic de la performance, jusqu’à cette longue et lente descente, que le coureur tente à la fois d’apprivoiser et de freiner.

Depuis son premier marathon, couru sur le parcours légendaire qui mène d’Athènes à Marathon, Haruki Murakami a participé à une vingtaine de marathons, de nombreux triathlons et un ultramarathon (100Km). Il a aujourd’hui 62 ans et cours encore.

For me, running is both exercice and a metaphor. Running day after day, piling up the races, bit by bit I raise the bar, and by clearing each level I elevate myself. At least that’s why I’ve put in the effort day after day : to raise my own level. I’m no great runner, by any means. I’m at an ordinary – or perhaps more like mediocre – level. But that’s not the point. The point is whether or not I improved over yesterday. In long-distance running the only opponent you have to beat is yourself, the way you used to be.

Avant de se lancer dans la vie littéraire, Haruki Murakami était propriétaire d’un petit bar de jazz à Tokyo et travaillait plus ou moins jour et nuit, assumant presque toutes les tâches, dont certaines physiquement exigeantes. En abandonnant son commerce pour se consacrer à l’écriture, il s’est vu forcé de trouver un moyen de se tenir en forme, lui qui, avoue-t-il, prend facilement quelques kilos. Lorsqu’il écrit : « I actively seek out for solitude », on comprend pourquoi il s’est tout naturellement tourné vers la course.

The thing is, I’m not much for team sports. That’s just the way I am. Whenever I play soccer or baseball – actually, since becoming an adult this is hardly ever – I never feel comfortable. Maybe it’s because I don’t have any brothers, but I could never get into the kind of games you play with others. I’m also not very good at one-on-one sports like tennis. I enjoy squash, but generally when it comes to a game against someone, the competitive aspect makes me uncomfortable. And when it comes to martial arts, too, you can count me out.

Ses premiers kilomètres de course correspondent donc avec les débuts de sa carrière de romancier, et c’est un peu cette rencontre, qui a donné une nouvelle direction à sa vie personnelle et professionnelle, qu’il raconte dans What I Talk About When I Talk About Running. Murakami affirme avoir longtemps cherché un moyen d’écrire sur la course, sans trouver une approche qui lui paraissait adéquate. Dans l’avant-propos, il écrit :

Running is sort of a vague theme to begin with, and I found it hard to figure out exactly what I should say about it. […] One thing I noticed was that writing honestly about running and writing honestly about myself are nearly the same thing. So I suppose it’s all right to read this as a kind of memoir centered on the act of running.

Les récits de l’expérience en Grèce et de l’ultramarathon ont retenu mon attention et intéresseront certainement tous ceux qui aiment la course ou simplement le dépassement de soi. La difficulté à saisir le thème et à lui donner une forme se fait toutefois sentir rapidement. Les observations du romancier sont parfois justes et même quelques fois éclairantes, mais la composition souffre d’un étrange déséquilibre, que j’attribuerais en partie au caractère flou du point de vue adopté. Aux remarques quotidiennes en « temps réel », pour la plupart factuelles (météo, kilométrage, obligations professionnelles, etc), se mêlent des commentaires rétrospectifs (souvenirs, méditations, récits, etc.), un double jeu journal/mémoires à mon avis mal maîtrisé. Cela se traduit souvent en un va-et-vient peu élégant entre une narration au présent et une narration au passé.

Le texte n’a rien d’illisible ou de confus, mais il m’a semblé que son « genre » ou plutôt sa forme n’était ni unifiée ni achevée. De manière générale, les qualités littéraires du livre m’ont déçue. Les envolées « philosophiques » ne m’ont guère convaincues, les paroles de vieux sage non plus, et souvent, les comparaisons entre la course et l’écriture m’ont semblées forcées. Il s’agit peut-être d’un effet de traduction. Pour tout dire, j’aurais probablement apprécié davantage cette lecture si je n’avais pas su que l’auteur était romancier. J’avais placé la barre un peu haut.

Le déséquilibre de la forme pourrait aussi être attribué au thème, difficile à saisir et à traduire par le langage. La lecture de ce livre m’a en effet conforté dans ma conviction qu’il est assez périlleux d’écrire sur la course. Peut-être parce qu’elle est moins transcendante qu’on voudrait le croire, parce qu’elle nous élève moins qu’elle nous tient en deçà des mots et de la pensée. Je crois que cela, Murakami a réussi à l’exprimer parfaitement.

I’m often asked what I think about as I run. Usually, the people who ask this have never run long distances themselves. I always ponder the question. What exactly do I think about when I’m running? I don’t have a clue.

On cold days I guess I think about how cold it is. And about the heat on hot days. When I’m sad I think a little bit about sadness. When I’m happy I think a little about happiness. As I mentioned before, random memories come to me too. And occasionnally, hardly ever, really, I get an idea to use in a novel. But really as I run, I don’t think much of anything worth mentionning.

I just run. I run in a void. Or maybe I should put it the other way : I run in order to acquire a void. But as you might expect, an occasionnal thought will slip into this void. […]

The thoughts  that occur to me while I’m running are like clouds in the sky. Clouds of all different sizes. They come and they go, while the sky remains the same sky as always.

Je ne suis pas certaine que je recommanderais cette lecture, mais je n’irais pas jusqu’à la déconseiller non plus. Pour me faire une idée plus juste de son œuvre, il faudra bien que je lise un de ses romans.

Haruki Murakami, What I Talk About When I Talk About Running, New York, Vintage International, 2008, 180p.

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Rencontre avec Otto Dix

Je passe peu de temps dans les musées de Montréal, même s’ils sont à deux pas du boulot et que j’ai encore le privilège (pour peu de temps hélas) de bénéficier d’un tarif étudiant. Les expositions sont à l’affiche pour plusieurs mois, mais ne me demandez pas pourquoi, j’arrive à les laisser filer. Ça été le cas pour Sympathy for the Devil : art et rock and roll depuis 1967, au Musée d’art contemporain de Montréal en 2008, et pour l’exposition des œuvres de Van Dongen, au Musée des Beaux-Arts de Montréal l’année suivante. Cette année, je m’étais promise de ne pas manquer l’exposition des œuvres d’Otto Dix, un artiste que je connaissais peu, mais qui m’intriguait beaucoup.

Otto Dix (1891-1969) est un peintre allemand attaché au courant esthétique de la nouvelle objectivité et considéré aujourd’hui comme un des plus importants artistes du XXe siècle. Né d’une famille modeste près de Dresde, il a pris part aux hostilités des deux Guerres mondiales – la première comme volontaire, la seconde après avoir été mobilisé à l’âge de 53 ans –, en plus d’avoir échappé à l’emprise menaçante du IIIe Reich, qui a condamné (et aussi en partie détruit) son œuvre, la qualifiant d’art dégénéré. Dix avait une prédilection pour la technique des maîtres anciens et travaillait surtout l’huile sur bois, ce qui rend son œuvre difficile à conserver et à déplacer. Cela explique, au moins en partie, la raison pour laquelle son œuvre est assez peu connue.

Il faut dire, aussi, que son esthétique violente et grotesque inspire autant la curiosité que le trouble. Les âmes sensibles pourraient être choquées par la brutalité de ses tableaux, inspirés surtout de l’expérience de la guerre et de la fréquentation des prostituées. Dix représente les soldats dans toute leur monstruosité, criblés de balles au champ de bataille, arborant une attitude de carnassier dans les bordels, défigurés et mutilés au retour du combat, alors même qu’on cherchait, aux lendemains de la Première Guerre mondiale en particulier, à leur dorer une image de héros.

Dans une des premières salles de l’exposition sont présentées 50 gravures qui suscitent déjà un mélange d’horreur et de fascination chez le spectateur. Celles qui ont été réalisées pendant la guerre (la première) représentent surtout les métamorphoses du paysage, comme cette gravure où l’on voit simplement les cratères formés par les projectiles sur les champs de bataille. Les gravures réalisées à partir des années 1920 représentent plutôt l’atroce réalité de la guerre, faisant de Dix un important porteur du discours antimilitariste. L’horreur a pourtant quelque chose de séduisant, et Dix joue sur les contrastes pour donner à ses œuvres une telle ambigüité : vie/mort, lignes fines/lignes grasses, ombre/lumière, etc.

Cet effet est saisissant dans la gravure intitulée Ravitaillement près de Pilkem (1924), où l’on voit, au premier plan, des soldats rampants dans les décombres et dans l’obscurité, alors que l’arrière plan montre un soleil éblouissant, dont les rayons, tracés à la règle comme le font les enfants, hypnotisent le regard et ne peuvent empêcher d’inspirer un sentiment opposé à celui qu’inspirent les soldats et leur environnement en ruines. On ressent le même effet en regardant les nombreux tableaux où le visage lumineux et mystérieux du personnage absorbe pour ainsi dire tout ce qui l’entoure.

Les femmes, comme les soldats, ne font pas bonne figure dans l’œuvre de Dix. Les prostituées, surtout, qui ont été des personnages de prédilection pour l’artiste, passent par le filtre cru et peu flatteur de son regard. Les prostituées, qui animent l’univers de la sexualité de consommation, représentent pour Dix la déshumanisation de l’âge industriel. L’animalisation des figures féminines (et aussi de certaines figures masculines) est d’ailleurs un trait caractéristique de la production artistique de Dix. Le tableau choisi pour l’affiche officielle de l’exposition est un exemple parmi d’autres.

Dans une nudité qui est loin de les mettre en valeur, les femmes des tableaux d’Otto Dix sont au moins flétries et ridées, sinon franchement laides, avec des visages peu harmonieux, des seins pendants, un corps usé et un regard vide. L’esthétique grotesque accentue notamment les bouches, pour faire des prostituées des figures dévorantes, ricaneuses comme des hyènes, ne laissant voir de la beauté et de la délicatesse féminines que très peu de choses.

Quelques figures féminines ne sont pourtant ni risibles ni caricaturales. C’est le cas de la Petite fille devant un rideau (1922), dont l’embarrassante nudité surprend autant que sa naïveté, sa faiblesse et son malaise, qui contrastent avec l’attitude débridée et vorace des prostituées. C’est aussi le cas de deux portraits réalisés par Dix, l’un d’une cantatrice, l’autre d’une jeune fille, qui montrent des femmes correctement habillées et posant sobrement. C’est finalement le cas de la femme et de la fille de l’artiste, représentées dans un autoportrait de famille tendre et sensible.

Si vous n’avez pas encore eu la chance de faire la découverte de cet artiste, je vous conseille vivement d’aller arpenter les salles du Musée des Beaux-Arts de Montréal dans les prochaines semaines. L’exposition se termine le 2 janvier et le Musée est ouvert durant les période des fêtes. Pour vous donner un avant-goût, visitez les pages de l’exposition sur le site du Musée, qui offre plusieurs photographies des œuvres présentées. L’exposition propose de nombreux éléments de mise en contexte historique, qui paraîtront peut-être un peu didactiques à ceux qui ont une certaine connaissance de l’histoire allemande au XXe siècle, mais qui permettront sans doute aux autres de mieux comprendre la place de l’artiste dans son temps.

Allez faire un tour et donnez-m’en des nouvelles.

Photo: Puffmutter (1923), aquarelle, Otto Dix Foundation, Vaduz, Artists Rights Society (ARS), New York/VG Bild-Kunst, Bonn.