En forme de femme


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Se faire confiance

the same horizon

Image by Norma Desmond via Flickr

Dernièrement, je me suis surprise à gérer toutes sortes d’appréhensions au boulot et à l’entraînement. Aujourd’hui encore, avant de quitter la maison pour ma course tempo, je manquais de confiance. Pour tout dire, j’ai passé la journée à remettre ma course à plus tard; j’étais sur le point de manquer mon coup quand je me suis décidée à m’habiller et à sortir. Dans mon esprit tournait et retournait le chiffre 24 : le nombre de minutes qu’il me fallait courir à une vitesse exigeante. Je ne parvenais pas à me convaincre que j’en étais capable.

Il ne s’agit pas d’un comportement habituel, chez moi. J’ai plutôt tendance à être sinon confiante, du moins optimiste. Cette vague crainte de ne pas réussir mon programme pèse d’autant plus qu’elle me semble rationnellement inexplicable. Jusqu’ici, je remplis mes objectifs et même les dépasse. Pourquoi ce doute?

Il y a quelques jours, Emilie a publié un billet qui traitait, entre autres choses, de la peur de la réussite. Je me souviens d’avoir été un peu sceptique lors de ma première lecture et de m’être dit que la peur de la réussite n’était certainement qu’une forme déguisée de la peur de l’échec. Son billet contenait un lien vers un article de Psychology Today sur le sujet, mais je n’ai pas cliqué sur ce lien et par conséquent, je ne me suis pas donné la chance de mieux comprendre le phénomène.

Dans son billet, Emilie faisait le lien entre la peur du succès et la peur du changement; c’est peut-être pour cette raison que je ne me suis pas sentie immédiatement concernée. Je ne crois pas avoir peur du changement, surtout s’il se range dans la catégorie « amélioration ». En lisant l’article, j’ai toutefois été frappée par la pertinence d’une explication de cette peur, qui empêche d’aller de l’avant et qui freine le succès.

« All fears of success would go away if you totally took your power back, » says Caine [Ti Caine, a hypnotherapist and life coach based in Sherman Oaks, California.] « In fact, our very deepest fear is that when we really reclaim our power and succeed, we have to face the knowledge that we have always been powerful to change all along and that we could have changed a year or five or 10 years ago. » Change comes from choice and we have always had that power.

Then you come face to face with the realization that we caused unnecessary suffering to ourselves and others along the way by our failure to change. And that suffering is not a necessary part of life.

Dans cette explication, j’entends résonner des morceaux de ma vie. Lorsque j’étais toute petite, je me faisais répéter qu’il fallait me ménager – je suis asthmatique – et que lorsque la difficulté se pointait, il fallait ralentir ou arrêter. Dans la cour de récréation et dans les classes d’éducation physique, j’étais la dernière à être choisie au moment de former des équipes. 200m de course me mettaient à bout de souffle et m’obligeaient à sortir mon inhalateur de malheur.

Cela explique pourquoi je me suis sentie démesurément puissante lorsque j’ai franchi le fil d’arrivée du marathon de Philadelphie en 2007. Je venais de conquérir ma plus grande faiblesse de manière héroïque. Durant l’entraînement pour ce marathon et durant celui pour le demi marathon d’Ottawa en 2008, je n’ai pourtant jamais pas poussé la note. Couvrir les distances était déjà un miracle. Je faisais des entraînements fractionnés et des courses dans les côtes parce que le plan le prescrivait, mais j’étais convaincue de la limite de mes capacités.

Cette limite, je viens en effet de l’atteindre. J’ai les deux pieds dessus, en fait. Contrairement à ce que je croyais, elle ne se présente pas sous la forme d’un mur, mais plutôt d’une porte, ouverte sur un nouvel espace. Je suis en train de comprendre que l’horizon n’est pas le bout du monde, que la terre est ronde. Un moment heureux, qui me fait regagner mon « pouvoir » et envisager de nouvelles réussites, mais aussi plein de frustrations, parce qu’il me fait réaliser tout le temps « perdu », « gâché », « gaspillé ».

Le temps ne peut être que perdu, évidemment; il faut donc chasser cette pensée inutile et négative. Il faut me pardonner d’avoir utilisé ce temps pour autre chose que ce pourquoi je souhaiterais, aujourd’hui, l’avoir utilisé. Il faut aussi et peut-être surtout concentrer mes énergies sur les réussites potentielles et les changements positifs qu’elles pourraient amener. Je ne savais pas avant, mais maintenant, je sais.

Je ne peux pas dire si cette petite réflexion m’aidera à me faire confiance pour les semaines à venir, mais une chose est certaine : je n’ai pas l’intention de me laisser croire une minute de plus que l’horizon est la fin du monde. Après tout, peut-être que tous ces entraînements me mèneront vraiment à un demi marathon en 2h10. Tout est possible.

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