En forme de femme


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Plan B(aignade)

Enfant, j’ai résisté aux tentatives obstinées de ma mère pour me faire suivre des cours de natation. Ses arguments étaient convaincants, mais j’étais butée. Le crawl et le « swim team », c’était son affaire. En ce qui me concernait, l’idée d’aller et de retourner dans un bassin entre des murs flottants décolorés me paraissait inutile et ennuyeuse. Je n’ai pas fait mes couleurs, si bien que du point de vue de la technique sportive, je n’ai jamais appris à nager.

Je sais quand même comment ne pas me noyer. C’est au moins cela.

J’ai vécu toute mon enfance près d’une rivière. Terrorisée par la perspective d’une noyade accidentelle, ma mère a tôt fait de m’apprendre à me tenir à la surface plus qu’au fond. Je n’avais pas peur de l’eau et, malgré mon refus de porter le bonnet et de m’essouffler de longueurs en longueurs, j’adorais me baigner. À la maison, nous avions une grande piscine ovale, hors-terre mais enfouie à moitié, qui révélait deux pieds de ses parois métalliques au paysage de notre jardin de banlieue. Avec mes amies du voisinage, je composais des chorégraphies – mouvements dansés, culbutes et chandelles synchronisées – que nous exécutions au rythme des hits de l’été.

Durant mes années de collège, j’ai nagé des longueurs de brasse la tête hors de l’eau, dans une piscine des environs où une copine surveillait les baigneurs comme emploi d’été. J’étais sous l’influence de quelques amis nageurs, qui m’avaient donné le goût de m’y mettre à coups d’enlevantes compétitions, livrées devant mes yeux admiratifs. Puis, plus rien.

En 2008, alors que je me mouillais dans l’eau trouble d’un lac du Massachusetts, mon mari m’a demandé si j’avais envie de traverser le lac à la nage avec lui. J’étais désolée de lui dire que je redoutais de n’avoir l’endurance nécessaire pour franchir cette distance. Un peu comme je trouvai dommage, au bord de la mer ligurienne, de ne pas avoir suffisamment confiance en ma force de propulsion pour m’aventurer à plus de quelques dizaines de mètres de la plage. C’était il y a presque deux ans.

J’avais peur plus que je ne voulais le croire et ce handicap me gênait plus que je ne l’aurais pensé. Sans force ni endurance, dans l’eau, il faut toucher au fond ou se tenir au bord. Ma mère avait raison : j’aurais dû faire mes couleurs.

Le problème semble vouloir se régler comme la conséquence heureuse d’un autre problème. Mon genou gauche a montré des signes de fatigue à la fin du mois de janvier et pour éviter le développement d’une blessure durant la basse saison, j’ai décidé de jouer la carte de la prudence et de prendre du repos. L’idée de perdre mes acquis n’étant tout simplement pas une option, je me suis procuré un maillot une pièce – le premier depuis 11 ans –, un bonnet et des lunettes.

J’ai pensé que je trouverais le moyen de me débrouiller une fois dans l’eau et je n’avais pas tort. J’ai été étonnée de me sentir à l’aise avec les mouvements, assez peu efficaces mais pas tout à fait maladroits, et avec la respiration, beaucoup moins difficile que mes souvenirs me laisaient anticiper. Contrairement à la course, que j’ai commencée à partir de rien, et même de moins que rien, j’apprends à nager avec une certaine facilité. Je comprends maintenant l’intérêt d’aller et de retourner au-dessus de la ligne noire, et même que j’en ressens de plus en plus l’attrait, parce que de ces séances de natation, je tire quelque chose de nouveau. De nouveau et de bon. Mais j’y reviendrai une autre fois.

Le plan B, parfois, est celui qu’on ne regrette pas.


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Rien ne sert de courir

Mon genou gauche fait des siennes.

La douleur s’est manifestée vendredi dernier, durant ma longue course de 16 Km. Elle s’est dissipée durant les trois jours de repos qui ont suivis et est réapparue mardi durant ma course tempo. Cette douleur m’a prise par surprise, puisqu’elle n’a été précédée d’aucun signe précurseur et qu’elle survient à une période  où mon kilométrage a été diminué par les rhumes, gastros et autres inconvénients. Elle ne figure pas non plus parmi mon curriculum de blessures sportives — la périostite est en vérité la seule à laquelle j’ai dû faire face — ce qui fait que rien ne m’y préparait.

Aucun déni n’est ici en jeu (les coureurs sauront de quoi il est question), je dirais même que depuis mon entrée dans la sympathique communauté de DailyMile, je suis aux aguets. J’y côtoie virtuellement plusieurs athlètes qui gèrent courageusement des blessures et je sais qu’il ne sert à rien de faire l’autruche: la douleur revient pour sa vengeance.

Mon genou gauche fait des siennes, dis-je, et il me faut réorganiser mon horaire d’entraînement. Encore. Étrangement, je suis moins irritée que je ne l’aurais cru par ce tour du destin. La seule chose à faire est de laisser mon genou prendre du repos et j’ai choisi de ne pas doubler la douleur physique de frustration. J’ai ma petite idée sur l’origine de cette douleur — un mélange de surentraînement, de manque de sommeil et de faiblesse dans les fessiers et les hanches —, je compte donc m’attaquer à la source du problème plutôt qu’à ses effets.

Hier, en revenant du boulot, j’ai décidé fait une ballade avant d’attraper mon train. J’ai quitté le centre-ville en montant l’avenue du Parc, les mains dans les poches et le regard doux derrière mes verres fumés. Le soleil descendait lentement de l’autre côté de la montagne et l’air frais était tout simplement bienvenu dans mes poumons. Je ne pourrais expliquer pourquoi, mais je me suis sentie infiniment jeune et libre. 3 Km plus loin, j’ai attrappé un latté et j’ai sauté dans le bus pour prendre le train.

Aujourd’hui, sous le soleil de midi, j’ai fait une autre ballade de quelques kilomètres. J’ai suivi un parcours qui m’est familier, mais j’ai été surprise de remarquer des détails qui m’échappent normalement en courant. Il m’a semblé que ce rythme me permettait de voir et d’entendre autrement. À vouloir courir toujours plus vite, on peut facilement oublier le plaisir de marcher.

Jusqu’à ce que le genou décide de ne plus se manifester, j’adopterai ce mantra: Rien ne sert de courir.

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