En forme de femme


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Devenir son propre témoin

Mon mari fait briller dans ma personnalité les aspects les plus gentils et les plus doux. Je l’en remercie toutes les fois que j’ai l’occasion de le remarquer, parce que grâce à lui, grâce à son regard, je ne ménage aucun effort pour donner au monde entier le meilleur (bien modeste) de moi-même. Dans ces moments-là, je lui répète comme une vérité qui va de soi : « Tu sais, moi… sans témoin… je ne vaux pas grand-chose ».

En l’écrivant, je trouve ce jugement très dur, d’autant que je m’en suis servi à maintes reprises pour me déjouer, c’est-à-dire pour me donner le coup de pouce ou le coup de pied dont j’avais besoin pour accomplir quelque chose. Lorsque j’ai décidé d’en finir avec la cigarette, par exemple, j’ai annoncé le début de mon sevrage à tout mon entourage plusieurs mois à l’avance. Chacun savait qu’à partir du 1er septembre 2003, je quittais le camp des fumeurs. Peut-être est-ce un peu naïf, mais j’ai la certitude de devoir à tous ces « témoins » une bonne partie de ma détoxification.

Un autre exemple – un peu gênant, je dois l’avouer – est le portrait de mes habitudes alimentaires lorsque je suis seule. Bien que je ne recule devant rien pour garnir notre table de repas nutritifs, appétissants et savoureux, je peux, lorsque mon mari travaille hors de la ville pour quelques jours, dîner aux craquelins et aux raisins secs, souper à la conserve de maïs en grains ou à la brique de fromage, grignoter infiniment par ennui et manger des restes sans prendre la peine de les mettre au four à micro-ondes. Je n’invente rien, même que je garde mes pires menus pour les bas-fonds de mes souvenirs. Si nourrir ma famille au meilleur de mes capacités est non seulement un plaisir, mais un devoir, je n’ai guère plus de considération pour mes propres repas que j’en ai pour l’écureuil de service dans la ruelle.

Lorsque mon mari a quitté pour l’Ouest canadien, lundi dernier, je me suis promise de faire un effort pour manger de vrais repas, chauds s’ils doivent l’être, dans des assiettes comme il faut, et à la table de surcroît. Je réussis plutôt bien jusqu’ici, même s’il me faut résister aux mauvaises habitudes tout au long de la journée. J’aurai encore besoin d’entraînement dans ce domaine, mais j’entrevois l’intérêt, ici et ailleurs, de devenir mon propre témoin.

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Lecture: Nutrition, sport et performance de M. Ledoux, N. Lacombe et G. St-Martin

La plupart des livres sur l’alimentation qu’on trouve aujourd’hui dans les librairies sont, mis à part les livres de recettes, des méthodes pour perdre du poids. Avec un peu de chance, votre libraire tient une ou deux études sur l’éthique alimentaire ou sur la médecine préventive par l’alimentation. Je sais que les librairies sont des entreprises et que l’amaigrissement vend, mais s’il est impossible de trouver dans une section « Alimentation » un seul livre dont la perte de poids n’est pas le sujet, je ne peux m’empêcher de penser que le message qu’on m’envoie est celui-ci : « Oubliez les protéines et les glucides, l’eau et le fer. Ils ne vous concernent pas. Contentez-vous de monter sur le pèse-personne pour savoir si votre diète a besoin d’un makeover, et suivez les instructions s’il y a lieu. » Misère.

Sur l’alimentation, pourtant, j’ai encore beaucoup à apprendre. Mon « savoir » est comme une courtepointe inachevée aux contours irréguliers : il est composé de petits morceaux de provenances diverses qui ne sont pas tous biens piqués. Cela me titille, puisque dans la plupart des domaines de la vie, j’aime comprendre. Heureusement que j’ai déniché, en novembre dernier – mais dans la section « Sport » de la librairie, qu’on se le dise – un ouvrage sur l’alimentation extraordinairement bien fait. Au Québec, en plus. Il s’agit de Nutrition, sport et performance de Marielle Ledoux, Nathalie Lacombe et Geneviève St-Martin.

Divisé en six chapitres, Nutrition, sport et performance se présente à la fois comme un ouvrage de vulgarisation des grands principes de la nutrition et comme un guide alimentaire pour les sportifs. Ce livre s’adresse donc d’abord à ceux qui pratiquent un sport et souhaitent mieux adapter leur alimentation à celui-ci. Inutile d’être un athlète d’élite pour bénéficier de l’enseignement des trois nutritionnistes; tous les drogués aux endorphines ne manqueront pas d’y trouver leur compte.

Dans le premier chapitre, qui couvre la moitié du livre, on apprend (enfin) le rôle des protéines, des glucides, des lipides, de l’eau, des fibres, des vitamines et des minéraux dans le bon fonctionnement de la machine humaine. Les auteurs décrivent comment les nutriments sont transportés, absorbés, digérés et transformés, le tout sans jargon et de manière concrète. Les explications, limpides et toujours pertinentes, sont illustrées et égayées par des tableaux, des photographies et une belle mise en page. En plus du contenu « théorique », ce chapitre nous apprend à calculer nos besoins énergétiques et nos besoins en liquides, à manger avant, pendant et après l’effort, à évaluer nos carences potentielles, à manœuvrer quelques changements alimentaires bénéfiques et surtout, surtout, à comprendre ce qui se passe quand on se nourrit.

Le deuxième chapitre propose une liste des aliments essentiels à conserver dans le garde-manger et dans le réfrigérateur, des conseils pour faire l’épicerie à petit prix et pour bien manger sur la route et au restaurant. Le troisième chapitre décrit les enjeux nutritionnels de différents sports et suggère des stratégies alimentaires pour les compétitions. Un guide de portions (chapitre quatre), différents plans alimentaires (chapitre cinq) et des recettes (chapitre six) complètent l’ouvrage.

J’ai trouvé cette lecture pertinente de la première à la dernière page. J’ai sauté certains paragraphes et même quelques pages lorsque les auteurs élaboraient en profondeur des aspects qui ont peu d’importance à mon niveau athlétique : jamais je n’aurai besoin de calculer au gramme près ma consommation quotidienne de protéines ni au millilitre près ma consommation de liquide en compétition. Je ne pense pas non plus ressentir un jour le besoin de suivre à la lettre les plans alimentaires présentés par les auteurs, mais j’ai trouvé instructif de les consulter et de les comparer. C’est la beauté de l’ouvrage, en quelque sorte, de s’adresser à des jeunes espoirs olympiques comme aux sportifs amateurs. Un livre de référence incontournable.

Marielle Ledoux, Nathalie Lacombe, Geneviève St-Martin, Nutrition, sport et performance, Vélo Québec Éditions, 2009, 283 p.


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Une belle histoire de glouton heureux

Lorsque j’étais encore une petite fille, vers la cinquième année je crois, j’ai décidé qu’il était temps de prendre mon alimentation en main et de préparer tous les jours de la semaine mon lunch pour l’école. On peut dire que l’alimentation me passionne depuis longtemps, même si en réalité, cela ne s’est pas passé exactement ainsi.

Je n’en pouvais plus d’être exclue des transactions alimentaires à l’heure du dîner. Entre mes camarades de classe s’échangeaient une barre Dipp enrobée de chocolat contre des biscuits Oreo, une croquette Vachon contre des mini-sandwichs Ritz au fromage ou un lait au chocolat contre une canette de Five-Alive. Dans ma boîte à lunch, il n’y avait rien pour négocier. Depuis la maternelle, elle contenait tous les jours la même chose : un sandwich jambon-moutarde, des bâtonnets de carotte, une boîte à jus bien ordinaire, une pomme et un yogourt. À mon grand désespoir, ma mère connaissait et appliquait le Guide alimentaire canadien. La variété n’était pas sa plus grande force, mais elle avait clairement choisi de nourrir son enfant correctement.

Je l’en remercie aujourd’hui, évidemment.

Sauf que dans ma tête d’enfant ingrat et purulent de désirs salés et sucrés, ç’en était assez. Un jour, en rentrant de l’école, je lui ai reproché de me préparer des lunchs ennuyeux et sans valeur sur le marché de la cinquième année. Elle m’a répondu candidement que si je n’étais pas contente, je n’avais qu’à préparer mon lunch moi-même. C’est ce que j’ai fait dès le lendemain.

J’ai appris dans les semaines suivantes à préparer des sandwichs aux œufs et au thon, et j’ai même commencé à accompagner ma mère à l’épicerie pour varier un peu le contenu du panier – à condition, bien entendu, que les nouveaux aliments respectent le damné Guide et aussi le petit budget familial. Même si je n’ai jamais pu intégrer le marché alimentaire de ma classe, le contenu de ma boîte à lunch m’a paru, à partir de ce moment-là, beaucoup plus appétissant.

À l’école secondaire, pour pimenter mes repas du midi et me donner un peu de répit, j’ai fait une entente avec une copine. Un jour sur deux, nous préparions à notre tour un lunch pour deux. Si pour quelque raison nous manquions à la tâche – Oublié! Pas le temps! Frigo vide! – nous payions la cafétéria pour les deux. L’entente fut baptisée « les lunchs communautaires ». Notre manège a duré deux ans. Nous avions les mêmes goûts et nous mangions tous les jours ensemble.

Au collège, je me suis nourrie quasi exclusivement de muffins de cafétéria et de café filtre (matin), de paninis de cafétéria et de café filtre (midi), de cigarettes et de bière (soir). Mettons cela sur le dos de l’adolescence, voulez-vous?

Durant mes premières années d’université, bien que le temps et l’argent me manquaient souvent, j’ai expérimenté les saveurs et les techniques. Mes colocataires avaient quelques années de vie de plus que moi et ils m’ont fait découvrir la cuisine indienne et la cuisine thaï, entre autres. Ils m’ont enseigné à multiplier les rations d’ail dans toutes mes recettes, à abuser de la coriandre fraîche et à cuisiner les restes.

On peut dire que les choses s’emballent depuis. Je prépare à partir des ingrédients bruts une grande partie de ce qu’ingère toute notre petite famille. Je passe des heures devant les fourneaux (et aussi au-dessus du lavabo…), mais c’est toujours du temps bien investi. J’aime croire que je serai un jour une fine cuisinière et que je pourrai transmettre ce que j’aurai appris et expérimenté durant des dizaines d’années à mes enfants.

Au fil du temps, mon intérêt pour la cuisine prend de plus en plus la direction d’une alimentation saine et favorable à la santé de ma machine corporelle. Mes activités sportives y sont pour quelque chose, mes fréquentations et mes lectures aussi – magazines de course, blogues sportifs ou végétariens, etc. De plus en plus, je ressens la nécessité d’améliorer certaines de mes habitudes alimentaires, même si je n’ai envie de sacrifier ni le goût, ni le plaisir, ni la viande, d’ailleurs, du moins pas complètement. Le processus est lent.

Du plus loin que je me souvienne, mon poids corporel n’a jamais été très stable. Depuis dix ans, les variations demeurent dans un spectre raisonnable, mais je pense tout de même qu’elles traduisent un certain déséquilibre. J’aimerais travailler à atteindre cet équilibre (voilà une de mes résolutions pour 2012). Cet automne, je me suis procuré un livre sur la nutrition pour mieux comprendre ce que je sais intuitivement ou que j’ai appris ici et là, de diverses sources. Je l’ai lu avec avidité et j’ai appris beaucoup. J’ai maintenant le sentiment de m’être donné un nouvel outil pour augmenter davantage les bienfaits et les plaisirs alimentaires.

Vingt ans après avoir déposé un grief à ma mère pour améliorer le contenu de ma boîte à lunch, je me réjouis de constater que l’alimentation est encore un moyen d’exercer mon autonomie et ma créativité. Si ce n’est pas une belle histoire de glouton heureux, je ne sais pas ce que c’est.


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Du bon usage du congélateur

Mangez santé. Mangez frais. Mangez bio. Mangez végé. Mangez vivant. On connaît la chanson et son refrain : plus de fruits, de légumes et de grains entiers, moins de protéines animales, de calories vides, de gras et de sel.

On sait même comment s’y prendre : renier la restauration rapide, bouder l’allée des surgelés, éviter les aliments transformés et les boissons sucrées. Il suffit de remplir le panier d’épicerie dans les sections d’aliments frais (en dehors des allées) et de se mettre à nos fourneaux, au nom du cœur, du cholestérol et du diabète. Exit la commande à l’auto et la livraison, bye bye la lasagne à enfourner sans cellophane et le pâté au saumon à réchauffer, adios les sauces cuisinées et les poulets BBQ à emporter.

Tant de bonnes intentions qui se butent sans cesse aux midis sans boîte à lunch et aux soirées pressées. Faut-il rappeler que la restauration rapide, les aliments surgelés et les repas prêts-à-manger ont pour principal attrait de nous faire gagner du temps? (Inutile d’être de mauvaise foi : ils n’ont pas été inventés pour nuire à notre santé.) Comment faire pour bien manger lorsque les casseroles ne sont pas une option?

En faisant bon usage du congélateur, tout simplement.

Un congélateur devrait être bien garni, mais il ne devrait pas contenir n’importe quoi. Voici les aliments essentiels qu’on devrait conserver sous zéro pour les dépannages santés :

  • Des fruits pour les smoothies (des fraises ou un mélange de baies);
  • Des légumes pour mettre de la couleur et des vitamines dans n’importe quel repas (des petits pois, des épinards ou un mélange asiatique);
  • Du bouillon de poulet maison;
  • Des muffins maison, à dégeler à l’unité;
  • Une variété de pains (pain tranché, bagels, pitas, gauffres de blé, pâte à pizza, etc.);
  • Du riz cuit;
  • Des soupes maison en portions individuelles;
  • Des repas maison (les restes!) en portions individuelles, y compris en portions pour enfants.

Manger les restes d’un plat pendant deux jours est blasant, mais sortir un délicieux cari de légumes et de pois chiches du congélateur trois semaines après l’avoir cuisiné est fort plaisant.

Il suffit de cuisiner de plus grandes quantités, ce qui demande à peine plus de temps sur le champ et en sauve tout plein plus tard. Je fais par exemple 4 douzaines de muffins au son et 4 pains de blé entier à la fois. Une grande casserole de soupe peut facilement être tournée en cassoulet et une sauce tomate en ratatouille.

Choisissez des contenants conçus pour la congélation et, idéalement, en des formats qui s’empilent facilement. Assurez une bonne rotation des mets et des aliments et n’ayez plus peur de vous geler le nez!