En forme de femme


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Trois dimanche

C’est l’histoire de trois courses, de trois dimanche.

La première : 26 mai, Ottawa*.

La chaleur est pesante et le 10K décevant. La contre-performance me plonge dans un questionnement existentiel (rien de moins) : qui suis-je? pourquoi fais-je? comment dois-je? 1h02 sur 10K, franchement. Est-ce le signe qu’il me faut passer à autre chose?

La deuxième : 3 juin, Lorraine.

Ciel couvert, pluie fraîche, ambiance familiale. Je suis là avec mon mari, mon fils de trois ans et la poussette de jogging. Ce n’est pas ma course, ce n’est pas même celle de mon mari – il joue le rôle de lapin (meneur d’allure) pour une copine, qui tente un record personnel sur 10K. J’ai choisi le 5K pour finir avant eux et faire l’hystérique de service à la ligne d’arrivée. Le départ est lancé, je pousse et je cours dans la grisaille, je laisse la fine pluie laver doucement ma sueur et mes doutes. Branchée sur le canal plaisir, je comprends physiquement qu’à force de miser sur l’intensité des entraînements, qu’à force d’accomplir des sorties programmées à la seconde près, j’en ai presque oublié le goût du petit trot et toute la liberté qui l’accompagne. 30 minutes 9 secondes à l’arrivée, 2 minutes 54 de moins que l’an dernier dans des conditions pratiquement identiques. Le monde peut-il se transformer à ce point en sept jours? En une demie heure?

La troisième : 10 juin, Rosemère.

La chaleur rapplique. Une idée a germée depuis mon idylle sous la pluie : prendre ma revanche sur Ottawa. Je connais le parcours de la course de Rosemère par cœur (c’est mon patelin et ma troisième participation consécutive), mon entraînement pour Ottawa ne devrait pas s’être égaré en 14 jours et je suis déterminée. Déterminée, oui, sauf que le soleil est fier lui aussi. Et avant même que le départ ne soit donné, les choses boitent. Les organisateurs sont dépassés par la popularité de l’événement. Il manque de bénévoles pour compléter les inscriptions, on remet des dossards sans épingles et le départ est retardé de plus de 35 minutes.

Il fait chaud et le parcours est vallonné, mais je décide de tenter le tout pour le tout. Je me lance à l’allure prévue, convaincue d’avoir ce qu’il faut de félin en moi pour réussir. Mais dès le kilomètre 4, je craque. Je ralentis, je ralentis encore, et une centaine de pas plus loin, j’entends déjà la voix maudite, cet indésirable démon du courage et de la persévérance, qui me répète que la fête est terminée. C’est beaucoup trop tôt pour l’entendre gémir, celle-là.

Mon mari me rejoint après le cinquième kilomètre. Nous avions prévu qu’il me servirait de lapin sur la deuxième boucle du parcours. Aussitôt est-il près de moi que je lui avoue que c’est foutu, que je n’ai plus rien à donner et que la meilleure chose à faire dans ces conditions serait de dire à la prochaine fois. Non, me répond-il, nous allons terminer ce 10K. Ensemble.

À l’ombre des arbres, j’ai de minces regains d’énergie, mais sous le soleil plombant, il n’y a rien à faire pour contrer l’accablement. Des étourdissements et des sueurs froides me forcent à prendre quelques pauses de marche. Mon mari me devance aux stations de ravitaillement pour remplir ma bouteille d’eau et il me rattrape d’un pas léger. Je m’accroche à sa voix qui ne cesse de m’encourager et au rythme de ses jambes, qui tournent naturellement. J’essaie d’ignorer l’évidence : je ne cours pas pour ça. À l’arrivée, mon corps me prive même de l’euphorie habituelle. 1h02, encore. La revanche est manquée.

Entendez-vous le train des questionnements existentiels qui revient? Moi aussi. Et on ne m’y prend pas deux fois en trois semaines, je suis moins sérieuse que ça. C’est le temps de penser les choses autrement.

Les courses à 35 degrés me font souffrir? Inutile de m’y inscrire. Inutile, aussi, de m’acclimater aux condition caniculaires. Le cadran sonne maintenant à 5h pour me faire profiter des 15 degrés bien doux qui accompagnent le levant. Et pour contrer la lassitude du chrono à viser, j’ai renoué avec l’endurance fondamentale. Avec les pauses de marche aussi, qui me font sentir candide.

J’ai renoué avec l’oisiveté du coureur du dimanche.

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* J’ai triché un peu : la course à Ottawa avait lieu le samedi soir.


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10K d’Ottawa 2012

J’aimerais raconter que le 10K d’Ottawa était l’accomplissement héroïque de mon plan d’entraînement, ou même que c’était un échec de préparation, de gestion ou d’ambition. Mais je n’ai ni fierté ni déception à partager.

Je ne savais trop quoi attendre de cette compétition, il faut dire. Je me tenais en funambule sur la ligne qui sépare la confiance et le doute. J’avais foi en mon plan, mais je savais qu’on ne peut pas tout contrôler le jour J.

Ce qui n’avait pas même effleuré mon esprit, c’est qu’au terme de ce plan, exigeant et plein de promesses, je ne pourrais pas courir ma course. Le départ a été lancé et j’ai couru, bien sûr. Mes jambes ont tourné et j’ai parcouru dix kilomètres dans la capitale. Mais il y avait tant de participants, serrés en un peloton compact sur un parcours souvent trop étroit, que j’ai dû abandonner très tôt mon objectif pour ne pas carburer à la frustration.

La vérité, c’est que je l’étais énormément, frustrée. Les organisateurs devraient réduire le nombre de participants ou instaurer un système de départ par vagues afin de garantir la possibilité de courir librement. Que la foule soit dense sur la ligne de départ est normal et même agréable, mais qu’elle ne puisse se disperser qu’après trois kilomètres sur un parcours qui en compte dix, beaucoup moins.

Avant même d’avoir atteint le troisième kilomètre, j’ai choisi de transformer cette compétition en « entraînement extraordinaire dans un contexte festif ». Il faut se conter des histoires, à l’occasion, pour calmer ses humeurs. J’ai maintenu une allure confortable, j’ai admiré le paysage et j’ai eu un plaisir assez sincère.

À Ottawa, la course de 10 Km a lieu à 18h30 la veille du marathon et du demi-marathon. Contrairement à ce que j’imaginais, la température était encore élevée à cette heure, en partie parce que le soleil nous projetait sa lumière en plein visage sur une bonne moitié du parcours. J’ai aussi trouvé que le premier poste de ravitaillement se faisait attendre trop longtemps (après le kilomètre 4). Mais l’énergie des supporters était excellente et le travail des bénévoles irréprochable, comme c’est le cas chaque année.

Je mentirais si je disais que je suis en paix avec cette compétition. Douze semaines d’entraînement pour cela? C’est décevant. Le chrono ne me gêne pas (1h02’37 »), même si c’est mon pire temps sur cette distance. Par dessus tout, j’aurais aimé tester mon plan, tester ma forme. J’avais hâte de partager ici mon expérience d’entraînement avec ce plan atypique, mais elle me semble tout à coup moins crédible parce que je n’ai pas pu mesurer son issue. J’écrirai sans doute ce billet malgré tout, pour me faire plaisir.

Je dis au revoir à la fin de semaine des courses à Ottawa pour quelques années, le temps d’oublier. Ce sera l’occasion d’essayer d’autres événements printaniers.

Le test de la forme n’est que partie remise.

Et à l’automne, je pourrai tester le plan sur un demi-marathon – celui d’Oka, probablement.


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Une simulation

L’idée de simuler une compétition de 10 Km m’est venue il y a 6 semaines, alors que je me demandais quoi faire de ce qu’il restait d’automne avant mon repos annuel.

Après de longs mois à me préparer pour le demi-marathon d’Ottawa et pour le demi-marathon de Montréal, j’ai été séduite par le programme court qui m’a mené au 5 Km du Parc La Fontaine et au 10 Km du Parc national d’Oka. C’est la compétition d’Oka qui m’a fait rêver : en franchissant les 10 Km en 60 minutes 14 secondes, je me suis mise à imaginer descendre sous la barre des 60 minutes. Il me semblait possible d’y croire puisque j’avais pris ce départ tranquillement et qu’à la fin, j’avais eu assez d’énergie pour sprinter, ce qui me laissait croire que j’avais encore du carburant en arrivant. J’ai épluché la fin du calendrier 2011 sur courir.org et j’ai dû me rendre à l’évidence : les compétitions se font rares en saison froide, à moins de pouvoir voyager. Il me faudrait attendre jusqu’au printemps pour tenter ma chance.

À moins que… j’organise une compétition « maison ».

Pour courir 10 Km sous les 6’00’’/Km, j’ai élaboré un programme de 6 semaines à partir d’un plan tiré de la revue Canadian Running. Mon intention était d’abord d’ajouter de l’intensité à mes entraînements. J’ai choisi de maintenir mon kilométrage hebdomadaire à environ 30 Km/semaine, pour intégrer sans risque deux séances d’entraînement fractionné (intervals). J’aime beaucoup la longue course du dimanche, mais je l’ai troquée facilement pour des séances de vitesse; lorsqu’on alterne des segments rapides et des segments de récupération, le temps passe en flèche. J’ai aussi décidé de mieux structurer la musculation, c’est-à-dire de la faire plus régulièrement. Même si j’adore faire de la musculation, il m’arrive souvent de la sacrifier si je dois choisir entre elle et une pratique de yoga. C’est comme ça. On ne peut pas toujours tout faire.

Six semaines plus tard, après avoir complété quasi religieusement mon programme, je me suis retrouvée (c’était hier) à douter. En ce sens, on peut dire que la simulation était réussie. Mercredi, j’ai couru avec 3 copines de DailyMile plus vite que je n’aurais dû et ces 6 Km de plaisir amical au Jardin Botanique m’ont parus bien difficiles à 6’30’’/Km. Courir 10 Km à moins de 6’00’’/Km me semblait tout à coup trop ambitieux. Et puis il y avait mon sommeil, difficile et court depuis deux mois, mon hydratation douteuse depuis des semaines, et aussi cette deuxième bière que je venais de m’enfiler, à 23h30, en cuisinant de la pâtisserie pour mes cadeaux de Noël. Ce n’était pas les dispositions idéales pour tenter de faire un record personnel sur une distance de 10 Km.

Quand j’y pense maintenant, je me demande si je ne m’inventais pas des excuses pour ne pas tenter le coup, ou si je ne programmais pas la défaite à l’avance – la psychologie humaine peut être bien étrange. Heureusement, le corps est parfois plus malin que la tête, et je me suis réveillée en forme dans ce qui s’annonçait déjà une magnifique journée ensoleillée. J’aurais pu plaider ceci ou cela pour me soustraire à ce projet, qui de toute façon m’appartenait entièrement et pour lequel je n’étais liée par aucun engagement, mais j’aurais eu du mal à me convaincre de l’honnêteté de ce désistement. Impossible de réussir sans essayer.

Je suis sortie avec mon attirail d’hiver, une gourde, un Gu et le iPod. Je me suis dit : « On verra comment ça va ». Après un kilomètre d’échauffement en direction de la piste cyclable, j’ai décidé d’essayer. Un clic sur ma montre GPS et c’était parti. J’ai choisi la piste cyclable parce que sa surface est parfaite et que son parcours est plat et sécuritaire; peu de voitures la traversent et très peu de cyclistes l’occupent. D’un bout à l’autre, elle fait exactement 3,5 Km. Pour m’en tenir à cette piste, il me faudrait donc faire des demi-tours.

Les 6 premiers kilomètres se sont enchaînés sans problème. La musique me divertissait et j’étais dans le vide habituel de mon esprit. J’ai franchi le premier kilomètre en 6’15’’, le second en 6’10’’, le troisième en 6’03’’ et puis j’ai trouvé mon rythme au quatrième kilomètre : 5’56’’. C’est celui que j’ai maintenu jusqu’à la fin, sauf qu’à partir du sixième kilomètre, il était de plus en plus difficile à tenir. Au terme de ce sixième kilomètre, toutes les variations du verbe « abandonner » se sont présentées à mon esprit avec une créativité effrayante. J’avais plus de la moitié derrière moi, mais j’avais aussi presque la moitié encore devant. Là, j’ai su que la bataille serait avant tout mentale et qu’il me faudrait garder le cap. Tenter un record personnel sans l’adrénaline de la compétition et l’euphorie d’un événement organisé, ça ne peut pas être donné tout cru dans le bec.

Outre la disqualification systématique des chansons qui ne contribuaient pas directement à ma performance, ma principale préoccupation, à partir de ce moment-là et jusqu’à la fin de cette course, a été l’économie d’énergie. Je ne pensais qu’à détendre mes épaules, mes mains et mon visage, et je m’assurais de la régularité de mon pas et de ma respiration. Dès que mon cerveau générait le début d’une idée, je la repoussais pour me concentrer sur le mouvement de mes jambes ou sur mon expiration. Je vérifiais périodiquement mon allure sur ma montre GPS pour m’assurer que je ne m’emballais pas (ce que je faisais à l’occasion, évidemment).

Le huitième kilomètre a été le plus difficile parce que mes jambes étaient fatiguées et que je devais déployer beaucoup d’énergie mentale afin de ne pas me laisser décourager par les kilomètres qu’il me restait à parcourir. Le neuvième a été celui de l’espoir (la fin était proche), tandis que le dixième a été celui de la souffrance. Je dis souffrance parce que si je n’avais pas eu un objectif en tête, j’aurais arrêté ou ralenti. J’étais épuisée et chaque pas était une offense au bon sens. Mais cette souffrance n’était pas idiote. Elle avait un sens et, étrangement, faisait du bien. J’ai poussé jusqu’au bout et je n’ai jamais abandonné, et c’est de cela dont je suis le plus fière.

Et aussi des 59 minutes 30 secondes qu’affichait ma montre lorsque j’ai atteint le dernier mètre de 10 000.

C’est ainsi que se termine ma saison 2011, c’est-à-dire merveilleusement. Je prends deux semaines de congé et elles sont bien méritées.


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Compétition: 10K au Parc national d’Oka

Je courais hier la dernière compétition de ma saison 2011 au Parc national d’Oka. Le parc offre encore, mais pas pour longtemps, ses couleurs d’automne aux visiteurs; si on a l’occasion de s’y rendre une journée ensoleillée, on profite d’une vue magnifique sur le lac des Deux Montagnes. J’ai fait là-bas du camping lorsque j’étais enfant, de la raquette il y a deux ans et j’étais heureuse, ce samedi, de faire la découverte des sentiers pédestres. Il s’agissait de ma première expérience de compétition sur 10 Km et je suis encore toute grisée par l’expérience.

La course pré-course

Vendredi soir, nous recevions des amis pour le souper et la partie de hockey. Je me suis affairée aux fourneaux, j’ai papoté avec les copines, puis j’ai fait le ménage après le départ des invités. J’ai pris soin de manger comme il fallait et j’ai bu beaucoup d’eau, mais je suis allée au lit un peu tard et, quand le cadran a sonné samedi matin, j’étais la seule de la maisonnée avec du pep dans son soulier.

Je devais prendre une amie au terminus de métro avant de me rendre sur les lieux de l’événement. Avec le métro, l’autoroute, le bandeau introuvable, le petit et le mari qui venaient nous encourager, la poussette à mettre dans le coffre de la voiture et l’excitation, les facteurs de retard se sont multipliés. À proximité du parc, sur la rue principale, il y avait un tel bouchon de circulation que nous craignions de ne pas nous rendre à temps pour le départ de 9 heures. Il n’y avait qu’une seule entrée vers le site, chaque voiture devait s’arrêter à un guichet et le stationnement principal n’était pas adapté pour l’arrivée d’autant de voitures en une si courte période de temps.

Nous n’avions pas encore nos dossards. Il était 8h46.

Mon amie et moi avons joggé de la voiture au chalet, où, à notre grand soulagement, nous avons trouvé la table de distribution des dossards déserte. Les files pour la dernière visite au petit coin, elles, étaient interminables. À 8h52, à plusieurs centaines de mètres de la ligne de départ, nous regardions une vingtaine de coureurs devant nous faire claquer tour à tour la porte des toilettes chimiques. Je me demandais, comme à toutes les fois où je fais la file pour ces lieux d’aisance loin de mettre à l’aise, comment on peut y rester si longtemps. Mais cela est une autre histoire.

La course, la vraie

C’est à 9h06 que le départ a été donné, retard accueilli comme une bénédiction par mon amie et moi, qui sommes passées des cabinets bleus aux tapis de chronométrage d’un trait et légèrement paniquées. Un échauffement peu orthodoxe, c’est le moins qu’on puisse dire.

Les trois premiers kilomètres du parcours sillonnaient les bois en un sentier pittoresque étroit, qui, à un certain moment, débouchait sur une étendue marécageuse. Le sentier était asphalté sur presque toute la longueur, ce qui aurait pu nous dispenser complètement de prendre garde où nous mettions les pieds si ce n’avait été du tapis de feuilles qui le recouvrait. À plusieurs reprises, j’ai dû risquer la surface inconnue en bordure pour dépasser des coureurs plus lents ou des murs de coureurs – ces petits groupes de quatre ou cinq copains qui courent côte à côte. Plutôt que de m’énerver, ces manœuvres m’amusaient; je me réjouissais d’être en mesure de faire ces dépassements et je me savais trop peu échauffée pour me sentir véritablement ralentie par les autres. Je placotais avec mon amie et je crois bien que cela l’a aidée à se détendre, elle qui était si nerveuse à l’idée de prendre part à la première compétition de sa vie de coureuse. Ma montre GPS, qui n’avait pas eu le temps de trouver son satellite avant le départ, s’est réveillée comme par un parfait hasard quelques mètres avant le marqueur du premier kilomètre.

Avant le Km 4, nous avions rejoint la route, assez mal entretenue et pleine de trous. La vigilance était de mise. Mais puisque nous avions quitté les bois nous nous retrouvions aussi sous un ciel bleu de son plus joli bleu et un soleil éclatant. C’est à ce moment que j’ai trouvé mon rythme et que j’ai laissé mon amie prendre le sien. J’avais un objectif en tête (62 minutes) et je savais qu’il n’était pas à la portée d’une course de socialisation. Le contexte, mon humeur, la fraîcheur et la réponse de mes jambes me laissaient croire que je pourrais pousser et, peut-être, me surprendre. J’ai démêlé les écouteurs de mon iPod et je me suis branchée sur ma musique et ma compétition.

J’étais encouragée par le fait que mis à part les coureurs du 21 Km, qui nous rejoignaient vers la mi-parcours, je ne faisais que des dépassements dans le peloton. Mon allure augmentait progressivement et prudemment, ce qui peut paraître une étrange stratégie de compétition pour certains, mais me réussit bien physiquement et mentalement. Tout juste avant la marque du Km 7 s’est érigée devant moi une côte imposante, que j’appréhendais depuis le début. J’ai gardé le rythme, détendu les épaules, le cou et le visage, j’ai maintenu mon attention sur ma respiration et j’ai grimpé sans marcher et sans mantra. Au sommet, j’étais déjà convaincue de passer l’arrivée sous les 62 minutes.

Les deux derniers kilomètres du parcours reprenaient le chemin des sentiers et j’ai accueilli l’ombre avec plaisir. Si cela n’avait été de mon dossard épinglé en quatre points, j’aurais noué mon coupe-vent à ma taille. Je me suis contentée de faire glisser la fermeture éclair, de descendre mon bandeau dans mon cou et de plier mes gants dans mes poches. Il y avait sur cette portion du parcours des plaques de glace dissimulées sous les amas de feuilles. J’ai senti mon pied patiner deux fois avant de me mettre à zigzaguer pour éviter les mauvaises surprises. Je regardais ma montre souvent, signe que je commençais à être fatiguée, mais à chaque fois j’avais la force de me dire que je ne faisais qu’une bouchée des 1300 mètres, que je courais des 850 mètres comme je faisais des muffins, que je sprintais les 400 mètres comme si ma vie en dépendait, que 250 mètres ne faisaient que le 1/40 du parcours, que 60 mètres c’était comme des poussières de distance et qu’enfin il ne restait que quelques pas. Et déjà, c’était fini.

Grâce aux spectateurs, absents sur toute la longueur du parcours mais massés et bruyants au fil d’arrivée, j’ai même donné un dernier coup de mollet pour la finale. À cause du premier kilomètre sans chronomètre, je ne pouvais savoir quel était mon temps officiel, mais je me doutais qu’il était quelque part entre 60 et 61 minutes. À la maison, j’ai appris avec satisfaction que j’avais couru ce premier 10 Km en 60 minutes 14 secondes. Joie! Fierté!

Conclusions

J’ai toujours beaucoup aimé, en entraînement, les sorties de10 Km. Mais j’avoue que cette compétition a été une sorte de révélation. Je pense bien que je suis d’abord une coureuse de fond, mais en même temps, j’ai senti ce week-end que je maîtrisais véritablement cette distance et que je pouvais, pour cette raison, me donner l’occasion de pousser en confiance et en force. Un excellent sentiment. Deux choses, donc : la barre des 60 minutes ne perd rien pour attendre et je tâcherai de mettre tout en œuvre pour parvenir au même sentiment sur le demi-marathon. Mon prochain marathon, de cela je suis maintenant convaincue, ne sera que pour 2013.

Une autre chose est certaine : la course du Parc national d’Oka est déjà sur ma liste de compétitions pour la saison 2012. Serez-vous là?