En forme de femme

Devenir son propre témoin

15 Commentaires

Mon mari fait briller dans ma personnalité les aspects les plus gentils et les plus doux. Je l’en remercie toutes les fois que j’ai l’occasion de le remarquer, parce que grâce à lui, grâce à son regard, je ne ménage aucun effort pour donner au monde entier le meilleur (bien modeste) de moi-même. Dans ces moments-là, je lui répète comme une vérité qui va de soi : « Tu sais, moi… sans témoin… je ne vaux pas grand-chose ».

En l’écrivant, je trouve ce jugement très dur, d’autant que je m’en suis servi à maintes reprises pour me déjouer, c’est-à-dire pour me donner le coup de pouce ou le coup de pied dont j’avais besoin pour accomplir quelque chose. Lorsque j’ai décidé d’en finir avec la cigarette, par exemple, j’ai annoncé le début de mon sevrage à tout mon entourage plusieurs mois à l’avance. Chacun savait qu’à partir du 1er septembre 2003, je quittais le camp des fumeurs. Peut-être est-ce un peu naïf, mais j’ai la certitude de devoir à tous ces « témoins » une bonne partie de ma détoxification.

Un autre exemple – un peu gênant, je dois l’avouer – est le portrait de mes habitudes alimentaires lorsque je suis seule. Bien que je ne recule devant rien pour garnir notre table de repas nutritifs, appétissants et savoureux, je peux, lorsque mon mari travaille hors de la ville pour quelques jours, dîner aux craquelins et aux raisins secs, souper à la conserve de maïs en grains ou à la brique de fromage, grignoter infiniment par ennui et manger des restes sans prendre la peine de les mettre au four à micro-ondes. Je n’invente rien, même que je garde mes pires menus pour les bas-fonds de mes souvenirs. Si nourrir ma famille au meilleur de mes capacités est non seulement un plaisir, mais un devoir, je n’ai guère plus de considération pour mes propres repas que j’en ai pour l’écureuil de service dans la ruelle.

Lorsque mon mari a quitté pour l’Ouest canadien, lundi dernier, je me suis promise de faire un effort pour manger de vrais repas, chauds s’ils doivent l’être, dans des assiettes comme il faut, et à la table de surcroît. Je réussis plutôt bien jusqu’ici, même s’il me faut résister aux mauvaises habitudes tout au long de la journée. J’aurai encore besoin d’entraînement dans ce domaine, mais j’entrevois l’intérêt, ici et ailleurs, de devenir mon propre témoin.

15 réflexions sur “Devenir son propre témoin

  1. Oh comme tout ça me ressemble, on dirait que tu parles de moi! Je remercie secrètement mes propres témoins qui, par leur simple présence, me servent de « sur-moi » lorsque je crois que c’est nécessaire. J’arrive à réussir sans l’aide de témoins, toutefois, un congé de témoins (avec l’orgueil qui va avec) est parfois bienvenu, juste pour lâcher un peu la bride!
    Je t’encourage (et je m’encourage moi-même) à devenir ton propre témoin; mais il faudra éviter de tomber dans un autre piège: celui de devenir un juge intransigeant. ;o)

  2. Bloguer m’a servie à ça. Me commettre à faire ce qui me semblait difficile, voir impossible et donc faire ce que j’ai écris car je l’avais criée sur tous les toits! Avoir des témoins, ça aide pour beaucoup mais y arriver par soi-même fait grandir aussi beaucoup. Belle réflexion que tu as écris. Du coup, nous en sommes tous témoin !

    • Hé hé… très futée la belle Sylvie. J’ai presque terminé mon billet en faisant cette allusion, mais je me suis retenue. C’était implicite, évidemment.

  3. Sonia, je crois que le truc est de savoir que l’on vaut soi-même l’effort. Il faut que tu le fasses pour toi car tu en vaux la peine. C’est comme ça que j’essaye de penser . Quand on est mère et femme aussi, on a tendance à s’oublier et agir presque uniquement pour notre mari et nos enfants, on en oubli notre importance.
    C’est facile à dire et à écrire , mais le faire, c’est plus difficile!!!
    Ta mom,
    xoxox

    • Ton commentaire me faire sourire, maman, parce que j’avais aussi écrit un paragraphe de plus, que j’ai finalement décidé de retirer. Il était justement question de l’importance et du respect que l’on s’accorde par de petits gestes (essentiels) comme se nourrir. C’est exactement ce que je voulais dire, mais sans le dire.

  4. On passe tous par là. C’est pour ça que le terme « Comfort food » existe. En passant, les bourgeons sont bien présents le long du canal Rideau alors à la fin mai, il n’y aura pas de pollen. C’est réjouissant🙂

    • Tu sais, Luc, je t’apprécie beaucoup. Mais quand tu portes d’aussi bonnes nouvelles, j’ai envie de faire ton éloge au monde entier.🙂

  5. Je te confirme que nous somees tous témoins de ce que tu apportes et de ce que tu vaux: beaucoup!

  6. Tu es une inspiration pour moi… Je t’ai mentionnée dans mon blogue.

  7. C’est vrai qu’on a souvent besoin de l’autre pour se motiver, se persuader et trouver un intérêt. Sans l’autre, son regard et son appui, on se sent vite démunie, on s’oublie. J’ai souvent et longtemps fonctionné de cette manière. Jusqu’à ce que je trouve mon propre intérêt et qu’enfin j’arrive à me voir telle que je suis. Depuis que courir est devenu essentiel pour moi, je ne cherche plus de regard, d’attention, de preuve, d’appui. Je le fais pour moi. Parce que ça me fait du bien, parce que c’est devenu essentiel. Et ça, ça a changé ma façon d’être. J’en suis si heureuse !
    Ce que ta maman a écrit est si vrai !

  8. J’adore lire ce genre d’articles qui sont plus qu’inspirants comme vous le dites chez vous, tellement vous savez apprécier la vie et ses bons moments à sa juste valeur!
    Question : Après Claire, Luc (entre autres…) çà te dirais de jouer le rôle de l’interviewée sur mon (modeste) blog?

  9. Très pertinent ton billet, ça me fait réfléchir. J’aime ça!

  10. Pingback: Et c’est reparti! « Des fourmis dans les jambes

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