En forme de femme

Une belle histoire de glouton heureux

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Lorsque j’étais encore une petite fille, vers la cinquième année je crois, j’ai décidé qu’il était temps de prendre mon alimentation en main et de préparer tous les jours de la semaine mon lunch pour l’école. On peut dire que l’alimentation me passionne depuis longtemps, même si en réalité, cela ne s’est pas passé exactement ainsi.

Je n’en pouvais plus d’être exclue des transactions alimentaires à l’heure du dîner. Entre mes camarades de classe s’échangeaient une barre Dipp enrobée de chocolat contre des biscuits Oreo, une croquette Vachon contre des mini-sandwichs Ritz au fromage ou un lait au chocolat contre une canette de Five-Alive. Dans ma boîte à lunch, il n’y avait rien pour négocier. Depuis la maternelle, elle contenait tous les jours la même chose : un sandwich jambon-moutarde, des bâtonnets de carotte, une boîte à jus bien ordinaire, une pomme et un yogourt. À mon grand désespoir, ma mère connaissait et appliquait le Guide alimentaire canadien. La variété n’était pas sa plus grande force, mais elle avait clairement choisi de nourrir son enfant correctement.

Je l’en remercie aujourd’hui, évidemment.

Sauf que dans ma tête d’enfant ingrat et purulent de désirs salés et sucrés, ç’en était assez. Un jour, en rentrant de l’école, je lui ai reproché de me préparer des lunchs ennuyeux et sans valeur sur le marché de la cinquième année. Elle m’a répondu candidement que si je n’étais pas contente, je n’avais qu’à préparer mon lunch moi-même. C’est ce que j’ai fait dès le lendemain.

J’ai appris dans les semaines suivantes à préparer des sandwichs aux œufs et au thon, et j’ai même commencé à accompagner ma mère à l’épicerie pour varier un peu le contenu du panier – à condition, bien entendu, que les nouveaux aliments respectent le damné Guide et aussi le petit budget familial. Même si je n’ai jamais pu intégrer le marché alimentaire de ma classe, le contenu de ma boîte à lunch m’a paru, à partir de ce moment-là, beaucoup plus appétissant.

À l’école secondaire, pour pimenter mes repas du midi et me donner un peu de répit, j’ai fait une entente avec une copine. Un jour sur deux, nous préparions à notre tour un lunch pour deux. Si pour quelque raison nous manquions à la tâche – Oublié! Pas le temps! Frigo vide! – nous payions la cafétéria pour les deux. L’entente fut baptisée « les lunchs communautaires ». Notre manège a duré deux ans. Nous avions les mêmes goûts et nous mangions tous les jours ensemble.

Au collège, je me suis nourrie quasi exclusivement de muffins de cafétéria et de café filtre (matin), de paninis de cafétéria et de café filtre (midi), de cigarettes et de bière (soir). Mettons cela sur le dos de l’adolescence, voulez-vous?

Durant mes premières années d’université, bien que le temps et l’argent me manquaient souvent, j’ai expérimenté les saveurs et les techniques. Mes colocataires avaient quelques années de vie de plus que moi et ils m’ont fait découvrir la cuisine indienne et la cuisine thaï, entre autres. Ils m’ont enseigné à multiplier les rations d’ail dans toutes mes recettes, à abuser de la coriandre fraîche et à cuisiner les restes.

On peut dire que les choses s’emballent depuis. Je prépare à partir des ingrédients bruts une grande partie de ce qu’ingère toute notre petite famille. Je passe des heures devant les fourneaux (et aussi au-dessus du lavabo…), mais c’est toujours du temps bien investi. J’aime croire que je serai un jour une fine cuisinière et que je pourrai transmettre ce que j’aurai appris et expérimenté durant des dizaines d’années à mes enfants.

Au fil du temps, mon intérêt pour la cuisine prend de plus en plus la direction d’une alimentation saine et favorable à la santé de ma machine corporelle. Mes activités sportives y sont pour quelque chose, mes fréquentations et mes lectures aussi – magazines de course, blogues sportifs ou végétariens, etc. De plus en plus, je ressens la nécessité d’améliorer certaines de mes habitudes alimentaires, même si je n’ai envie de sacrifier ni le goût, ni le plaisir, ni la viande, d’ailleurs, du moins pas complètement. Le processus est lent.

Du plus loin que je me souvienne, mon poids corporel n’a jamais été très stable. Depuis dix ans, les variations demeurent dans un spectre raisonnable, mais je pense tout de même qu’elles traduisent un certain déséquilibre. J’aimerais travailler à atteindre cet équilibre (voilà une de mes résolutions pour 2012). Cet automne, je me suis procuré un livre sur la nutrition pour mieux comprendre ce que je sais intuitivement ou que j’ai appris ici et là, de diverses sources. Je l’ai lu avec avidité et j’ai appris beaucoup. J’ai maintenant le sentiment de m’être donné un nouvel outil pour augmenter davantage les bienfaits et les plaisirs alimentaires.

Vingt ans après avoir déposé un grief à ma mère pour améliorer le contenu de ma boîte à lunch, je me réjouis de constater que l’alimentation est encore un moyen d’exercer mon autonomie et ma créativité. Si ce n’est pas une belle histoire de glouton heureux, je ne sais pas ce que c’est.

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14 réflexions sur “Une belle histoire de glouton heureux

  1. Sonia, en parlant de bouffe, j’en profite pour te dire que Manon, qui est venue chez moi hier ,
    m’a dit que ton pain était vraiment succulent, et délicieux!!

  2. La bonne alimentation et le maintien du poids est un facteur important en course à pied. On devrait suivre ton exemple.

  3. Et cet équilibre et cette passion, ton enfant va tellement en bénéficier. C’est un beau cadeau! Je n’ai pas la même historique que toi mais je me reconnais dans ce billet 😉

  4. Curiosité, c’est quoi le titre de ce livre qui semble bien intéressant ?

    Sinon, chapeau, je suis aussi dans une telle démarche bien que moins avancée que toi. C’est important de viser une bonne alimentation. Et on se rend aisément compte des effets que ça a sur notre corps et notre esprit.

    • Hé hé… j’avoue qu’il y a ici une sorte de mystère. En fait, j’avais l’intention d’écrire un compte rendu du livre et je me suis laissée aller à raconter ma petite histoire. Le compte rendu sera pour bientôt, mais en attendant, il s’agit de « Nutrition, sport et performance » de M. Ledoux, N. Lacombe et G. St-Martin (Vélo Québec Éditions). J’en reparle bientôt, c’est promis.

      Continue ton parcours: tous les pas font en effet beaucoup de bien.

      • J’ai aussi acheté ce livre l’été dernier et je l’adore. J’ai commencé à courir le printemps dernier (avant, je marchais beaucoup) en voulant améliorer ma condition physique et je me suis aperçu que l’alimentation était un élément essentiel à la poursuite de ce sport (de n’importe quel sport, en fait). Bref, excellent livre!

  5. Pour ceux qui n’ont jamais eu la chance d’essayer un repas prepare par Sonia, je vous le dis, ils sont delicieux et extremement nutritif.Je suis le cobail ideal!

  6. Si ça peut te consoler: je n’ai jamais échangé quoique ce soit de mes lunchs au primaire! Mais j’aurais été un bon candidat, car je ne peux pas dire que je mangeais bien.

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