En forme de femme

Je hais, donc je fais

2 Commentaires

Une des choses que j’ai apprises assez tôt dans ma jeune vie de yogini, c’est de ne pas faire entièrement confiance à mes goûts et à mes dégoûts. Il faut aimer le sport qu’on pratique, mais cela ne signifie pas pour autant qu’il faille se lover dans le confort de nos amours et ignorer le monde entier. Car ce qu’on hait a parfois quelque chose à nous apprendre.

La posture du chameau (Ustrasana), par exemple, je l’ai détestée dès ma première tentative. Chaque fois que le professeur l’annonçait, je me disais : « Ah non, pas celle-là ». En classe, je manœuvrais des feintes. Je choisissais ce moment pour replacer la taille de mes pantalons ou refaire le nœud dans mes cheveux. Lorsque je suivais une pratique audio à la maison, je me plaçais dans la posture de l’enfant ou dans celle du chien tête en bas, sans même me demander pourquoi j’agissais ainsi ou pourquoi je détestais tant cette posture.

Un matin, mon professeur de yoga a pris congé pour soigner un rhume et une autre femme a dirigé la classe, défiant sans le savoir le confort qu’on prend si facilement, même dans l’effort. Lorsqu’elle a annoncé la posture du chameau, ma petite voix intérieure a dit, machinalement, « Ah non, pas celle-là », mais avec une sorte de nervosité dans le ton. Je sentais bien que la stratégie d’évitement ne fonctionnerait pas ce jour-là. J’étais, en effet, la seule élève dans la classe. La remplaçante a immédiatement senti mon hésitation et elle s’est approchée de moi. « On va y aller par étapes, OK? » J’ai fait oui de la tête comme une petite fille et c’est à ce moment que j’ai compris que j’avais pris la peur pour de la haine.

La remplaçante m’a guidée, lentement, vers ma première posture du chameau satisfaisante, tout comme mon professeur l’a fait ensuite pour la posture sur la tête (Salamba Sirsasana). Quelque chose dans l’ouverture de la poitrine et de la gorge que demande la posture du chameau me mettait mal à l’aise. Et, étrangement, moi qui ai toujours cru que ma tête (ou plutôt ce qu’elle contient) était ma plus grande force, je perdais toute confiance une fois qu’il fallait, à l’envers, m’appuyer sur elle.

Si je haïssais tant ces postures, c’est qu’elles m’obligeaient à franchir une limite, à affronter une peur, à ouvrir ce qui était fermé et à m’appuyer sur ce qui était moins solide que je ne voulais bien l’admettre. Je n’ai pas conquis entièrement ces postures et je ne les aime pas encore tout à fait, mais aujourd’hui, je les accueille avec calme lorsqu’elles sont annoncées. Le scénario s’est répété pour les tractions à la barre (pull-ups) et les pompes (push-ups), que je me suis obligée à pratiquer et que je me suis surprise à aimer franchement. Ce doit être parce que, maintenant que je les maîtrise mieux et qu’elles ne m’effraient plus, elles me font sentir plus forte que jamais.

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2 réflexions sur “Je hais, donc je fais

  1. Bravo pour avoir conquis tes peurs! Les exercices que j’aime les moins sont ceux que j’ai de la difficulté à accomplir. Ceux que je préfère sont ceux que je fait bien.

    Quand on sort de sa zone de confort, c’est fou ce qu’on peut faire!

  2. Tu dis une phrase qui, je crois, est universelle: «… j’avais pris la peur pour de la haine». Ça peut tellement se transposer à tout, tout, tout, je crois même que ça pourrait éviter des guerres. Beau billet qui fait réfléchir…

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