En forme de femme

Lecture: Courir au bon rythme de Jean-Yves Cloutier et Michel Gauthier

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Au Québec comme partout dans le monde, la course fait de plus en plus d’adeptes. La participation aux compétitions sur route est en constante croissance, les clubs se multiplient, les boutiques spécialisées font de bonnes affaires et, rapidement, une communauté se constitue. La bonne santé de la course au Québec se manifeste aujourd’hui dans la sphère culturelle, avec l’émission Mlle Court, le nouveau magazine Kmag et la publication, aux éditions La Presse, du livre de Jean-Yves Cloutier et de Michel Gauthier, Courir au bon rythme (2011).

Jean-Yves Cloutier est entraîneur et président-fondateur du club d’athlétisme Les Vainqueurs et il est aussi l’entraîneur-conseil du Marathon Oasis de Montréal. Ses programmes d’entraînement figurent sur le site officiel de l’événement et ont la réputation de mener les athlètes, néophytes ou aguerris, vers la réussite de leurs objectifs. La publication de son livre, cette année, a reçu un accueil chaleureux de la part de la communauté des coureurs et contribuera certainement au rayonnement de son travail auprès des athlètes ainsi qu’à la promotion de l’athlétisme.

J’ai lu Courir au bon rythme attentivement et plus d’une fois, mais je n’ai pas suivi un des programmes d’entraînement qu’il propose. Mon commentaire s’attache donc avant tout au contenu du livre et ne prétend pas évaluer l’efficacité des programmes d’entraînement. Je n’écarte pas la possibilité de faire l’essai d’un de ces programmes; si je devais le faire un jour, je commenterai certainement mon expérience.

Jean-Yves Cloutier et Michel Gauthier présentent leur ouvrage comme un manuel pratique qui aurait pu s’intituler, écrivent-ils, Les conseils du coach. Leur mission est de transmettre un savoir pratique avec simplicité et sans jargon aux coureurs de tous les niveaux. L’ouvrage est divisé en trois parties : la première présente une « philosophie de l’entraînement », la seconde propose des programmes d’entraînement pour la mise en forme des débutants et pour la préparation à des compétitions de 5, 10, 21,1 et 42,2 kilomètres, et la troisième, intitulée « Boîte à outils », livre en vrac une variété de conseils sur la souplesse et la musculation, les chaussures, la tenue vestimentaire, les préparatifs en vue d’une compétition, l’alimentation, etc.

La « philosophie de l’entraînement » que développe la première partie du livre fournit un modèle exemplaire de ce qui constitue, selon moi, une saine approche de l’exercice physique. Pour les auteurs, la course n’est pas une rencontre de passage qui sert des objectifs à courts termes (perdre du poids, participer à un événement d’envergure pour soutenir une noble cause, etc.), mais une relation qui s’enracine, se développe dans le temps et rend ses fruits plus longtemps qu’on oserait l’imaginer. « La course », écrivent Cloutier et Gauthier, « contribue au développement de nouvelles habitudes et elle s’intègre parfaitement dans un régime de vie sain. » (p. 35)

La constance et la prudence sont les deux éléments clé de cette philosophie; elles assurent une progression sans heurts et une pratique durable. Le cœur de l’ouvrage est d’ailleurs ce fameux rythme auquel le coureur doit s’entraîner, rythme qui respecte sa forme actuelle plutôt qu’il ne s’aligne sur des objectifs. On le sait : nos ambitions dépassent souvent nos moyens et, si elles sont jumelées à un enthousiasme effréné, elles peuvent mener à des cycles de surentraînement-blessure-arrêt, frustrants et décourageants. Une des premières choses que nous apprend ce livre, c’est que l’on court trop vite trop longtemps ou trop souvent. La sentence est dure : rares sont les coureurs (même débutants) qui consentent aisément à courir plus lentement qu’ils s’en croient capables. Hélas, il le faut, nous disent et nous redisent les auteurs.

Le livre fournit des tableaux dans lesquels on peut déterminer les différents rythmes d’entraînement à utiliser dans les programmes proposés, accompagnés d’explications claires sur la manière de procéder. À titre comparatif, j’ai constaté que ces rythmes sont, à quelques secondes près, les mêmes que proposent les programmes de McMillan et de Pierce, Murr et Ross (Run Less, Run Faster). Il n’y a donc rien d’unique ou de très nouveau dans cette approche, si ce n’est qu’elle tente d’inculquer ces principes dès les premiers printemps de celui ou de celle qui décide de se mettre à la course.

Les programmes d’entraînement proposés couvrent un large spectre qui va d’un objectif de 45 minutes de marche rapide à la réussite d’un marathon. Simples et balancés, ils sont basés sur la durée de l’entraînement plutôt que sur la distance. Cela a l’avantage de rendre les séances d’entraînement faciles à planifier, mais l’inconvénient, selon moi, de créer de grands écarts de kilométrage entre les coureurs plus rapides et les coureurs plus lents. Pour un coureur dont le rythme d’endurance fondamentale est de 7 minutes par Km, par exemple, la plus longue sortie du programme d’entraînement pour un demi-marathon sera de 15 Km, ce qui me paraît assez peu, du point de vue de l’endurance et du point de vue de la confiance. Si le même coureur s’entraîne pour le marathon, sa plus longue sortie sera de moins de 26 Km, ce qui me semble franchement périlleux, encore une fois, physiquement et psychologiquement. Cela m’a peu convaincue. Mais, je le répète: je n’ai pas testé l’efficacité de cette méthode. En revanche, j’ai été ravie par la section qui clôt le chapitre et dans laquelle les auteurs expliquent comment planifier une saison de course, prévoir le repos annuel et établir des objectifs pour différentes compétitions.

Dans le chapitre « Boîte à outils », les auteurs font ce que de nombreux autres ouvrages du même type ont fait avant eux : ils tentent de résumer tous les petits détails qui entourent la pratique de la course. On reste sur notre faim, parce qu’à vouloir tout couvrir de manière synthétique, on finit par en dire assez peu. Moins de 5 pages couvrent ensemble des sujets aussi vastes et importants que la musculation, la souplesse, l’alimentation et l’hydratation. Cette boîte à outils n’est donc pas celle qui est étalée dans le garage de la maison familiale et dont les différents éléments, de qualité, on été acquis au fil des ans; il s’agit de la petite boîte avec laquelle vous avez emménagé dans votre premier appartement. Il faudra tout remplacer, mais vous saurez vous débrouiller pour l’instant.

À l’exception du style, qui est trop familier par moments, qui tolère souvent les anglicismes et, surtout, qui fait un usage excessif du point d’exclamation, j’ai beaucoup apprécié cette lecture. Les auteurs sont de vrais pédagogues : ils ne se gênent pas pour répéter ce qui résiste à pénétrer le coco de leurs élèves et c’est très bien ainsi. Il y a des choses qu’il vaut la peine de se faire rappeler, et Courir au bon rythme en contient des dizaines. Je recommande chaleureusement ce livre à ceux qui souhaitent se mettre à la course, aux coureurs qui s’y sont mis depuis quelques mois et à ceux, plus expérimentés, qui n’en ont jamais assez lu sur leur sport favori.

Jean-Yves Cloutier et Michel Gauthier, Courir au bon rythme. Du débutant à l’expert : s’entraîner avec succès à la course à pied, Montréal, Les éditions La Presse, 2011, 169 p.

12 réflexions sur “Lecture: Courir au bon rythme de Jean-Yves Cloutier et Michel Gauthier

  1. C’est marrant ce que tu dis, parce que ça rejoint une réflexion que je me fais depuis un certain temps. Depuis que je suis sur DM – mais je l’avais déjà remarqué avant, à la lecture de blogs ou des livres comme celui de Jeff Galloway – je constate qu’il y a vraiment deux approches différentes : sur le continent nord-américain, vous privilégiez un très grand kilomètrage pour les préparations maraton. En France (et en Europe en général), on axe plutôt sur des séances plus courtes mais de qualité (variations d’allures), et c’est l’enchaînement de ces dernières qui va nous permettre de tenir la distance. A titre d’exemple, je n’ai jamais couru 26 km en prépa marthon, mais j’en ai déjà bouclé 3 sans problème …

    L’autre chose qui m’a frappée, c’est la vitesse moyenne des sorties. Pour moi, l’endurance est très importante, et c’est une allure lente, bien plus lente que l’allure de course. Or, je vois que beaucoup courent à allure de course, et ceci pendant tout une sortie (je pense toujours et surtout à la prépa marathon).

    Donc l’approche « française » rejoint beaucoup celle de ce livre « Courir au bon rythme » (enfin, je ne l’ai pas lu, d’après ce que tu en dis). Honnêtement, je pense que les deux approches sont aussi valables l’une que l’autre. Du reste, on réussit aussi bien d’un côté de l’Atlantique que de l’autre😉 Il s’agit d’une philosophie différente, mais il n’y a pas UNE méthode. Il est vrai que c’est rassurant de pouvoir tester son pace et se rassurer quant à sa capacité à tenir la distance (parfois, ça me démangeait de le faire). Mais il y a aussi un risque accru de blessure, car on tire plus sur la machine …

    En tous cas, c’est très enrichissant de voir ces différentes approches. Merci pour cette analyse très intéressante.

    • Voilà un aspect auquel je n’avais jamais pensé. Je croyais qu’il s’agissait d’une distinction entre la méthode plus traditionnelle, qui mise sur un kilométrage élevé (donc sur l’endurance) et la méthode plus nouvelle, qui met l’accent sur l’entraînement de qualité. Alors est-ce à dire que les Français sont plus novateurs que nous? Blague à part, je sais très bien qu’on peut se rendre au fil d’arrivée grâce à diverses méthodes et qu’il faut avant tout trouver celle qui nous convient. J’ai l’intention d’en tester encore quelques unes pour me faire une meilleure opinion.

  2. Il est important de courir lentement et ce livre a le mérite de le rappaler. Mais il est aussi important d’avoir un entrainement varié en alternant séances faciles et séances de qualité afin de nous permettre de développer notre vitesse. Je suis d’accord avec toi que 26km pour un marathon, c’est peu pour la confiance. Je te félicite pour cette belle critique du livre de Jean-Yves Cloutier. Aussi, pour la nouvelle facture de ton blog.

  3. Je suis d’accord avec toi qu’il est trop près de Run Less Run Faster. Je l’ai feuilleté ce livre, mais pas acheté donc. Comme dans toute chose de la vie, c’est d’avoir un équilibre. Trop de LSD et on ne progresse pas et trop de fractionnés et on se brûle. C’est de trouver le juste milieu qui nous convient. Merci de partager ta lecture.

  4. Merci Sonia. Je suis d’accord que les distances les plus longues pour quelqu’un qui court à ma vitesse semblaient pas assez longues. Surtout pour un premier marathon. Mais, j’ai suivi son programme pour mon marathon, à l’exception de mes longues…j’en ai étiré plusieurs. Toutefois, je me suis blessée à la fin, alors…prochaine fois, je vais essayer de suivre le programme de plus près en général.

    En fait, cela fait deux fois que je complète des demi-marathons après une blessure et donc ma plus longue course au cours des dernier mois était de 10km pour un de ces demi, et l’autre 14km…et mon temps était essentiellement le même que lors de mes deux demi précédent. En plus, ma vitesse en course est presque toujours plus rapide qu’en entraînement (seule exception fut mon marathon car je me suis blessée en route)…alors je crois que c’est possible de courir plus vite en course. Mais, le programme contient des entraînement à la vitesse de course (R2). Dans leur programme, chaque entraînement durant la semaine a des augmentations de vitesse jusqu’à la vitesse de course (R2) et un peu plus tempo (R3). Aussi, deux fois dans le programme de marathon, j’ai du faire un demi à vitesse de course alors les entraînements inclus la vitesse de course.

    Je n’ai pas lu le livre, mais je cherchais un programme où je risquais moins de me blesser et j’ai vraiment aimé celui-ci…j’ai aussi beaucoup aimé courir en temps la semaine.

    Merci encore pour la critique et excuse le long commentaire🙂

  5. De mon côté, j’ai bien aimé Run Less, Run Faster. Trois courses de qualité (Interval-Tempo-Longue) et deux cross trainings (Spinning-Circuits) par semaine, fait que je puisse premièrement, faire du travail de vitesse (ce qui m’aide dans ma préparation pour des 5 et 10Kms) et deuxièmement, faire une combinaison de musculation et de conditionnement aérobique sans le risque de me blaîsser en me sur-entraînant.

  6. J’ai lu le livre avec attention et plaisir même si je connaissais déjà vraiment bien les principes d’entraînement des auteurs. J’ai utilisé leurs plans pour mes premières distances (5 et 10 km) mais par la suite (pour demi-marathon et marathon) j’ai préféré des plans basés sur la distance, étant une coureuse lente, je craignais que le peu de kilométrage ne soit un handicap le jour des courses. Cependant, pour le reste, je crois que les principes de base du livre sont théoriquement bien appuyés et je crois fermement à leur valeur.
    Merci Sonia pour ta critique bien étoffée!!!

  7. Pingback: Mettre la saison hivernale à profit « En forme de femme

  8. Moi j’ai semi-suivi leur programme pour mon premier marathon (Montreal septembre 2011) et mon temps était de 4h13min (acceptable pour une femme qui a reprit l’entrainement un an avant son premier marathon et 7 semaines après la naissance de mon premier enfant).
    J’ai même acheté leur livre et c’est maintenant ma bible. Mon but est de courir le Marathon d’Ottawa en mai et Montreal en septembre 2012 et de finir en moins de 4h00. Je préfère courir en temps car j’aime changer de trajet et je ne sais pas d’une fois à l’autre comment de kilomètre je fais. Pour ce qui est de mon tempo, j’ai remarqué que même avec les conditions difficiles de l’hiver canadien je réussis à le maintenir à 5’80, 5’50 , 5’30 (15km, 10km, 5km)). Donc si vous êtes constant dans votre rythme la méthode temps peu aussi bien vous convenir que la méthode distance.

    • Félicitations pour ce premier marathon! Je crois que la méthode temps ou distance, c’est une question de goût – je n’ai aucun doute sur l’efficacité de l’une ou l’autre. Il faut faire ce qui fonctionne pour soi et… suivre les bons rythmes. Bonne chance pour votre 2e marathon!

  9. Sonia , merci pour cet article très intéressant. En fait j’ai rencontré la soeur de Jean-Yves Cloutier qui m’a donné envie de lire ce livre que j’ai commandé et comme je cherchais des infos je suis tombée sur votre blog. Je vais relayer votre article sur ma page facebook pour donner envie à mes camarades de course de le lire aussi. Pour info, je suis en France et prépare avec deux amies le raid des amazones donc nous sommes avides de lecture qui peuvent nous aider à progresser.

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