En forme de femme

Il n’y a pas que moi qui cours…

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Hamster wheel

Image by sualk61 via Flickr

… il y a aussi le hamster dans ma tête. Je me console en me disant qu’au moins, je n’ai pas une araignée au plafond. N’empêche. Au retour des vacances, bien reposée et prête pour la rentrée, j’ai été attaquée par tous les « dossiers » suspendus durant le mois d’août. Il ne s’agit pas seulement de cette tâche-ci et ce projet-là, de l’examen qui arrive au grand galop et de la thèse qui doit s’écrire, s’imprimer et être livrée en 11 mois et 29 jours. Il y a aussi les grandes questions, comme celle de mon avenir sur le marché du travail — 10 ans d’université engourdissent bien le problème, merci —, comme celle d’une nouvelle addition à l’équation familiale, comme celles qui se rapportent aux deux problèmes précédents, idéalement résolus dans les prochains mois et, avec un peu de chance, sans trop de regrets. Il y a des moments où je sens bien que la syncope menace mon pauvre hamster. Pauvre, pauvre lui. Condamné à courir sur place, vous imaginez.

Le plus souvent, le kilométrage stationnaire de mon petit rongeur intérieur est nuisible. Avouons-le: les chances que toutes les réponses à mes questions me soient livrées par ce que je me surprends souvent à appeler « la vie », c’est-à-dire un mélange de hasard et de circonstances, sont à peu près de 100%. Et les chances que la masse gargantuesque de travail que j’ai à accomplir soit gérée tant bien que mal par mon cerveau et mon corps — avec le concours d’une discipline demi-stricte et d’un effort raisonnable, évidemment — de 100% aussi. Mais allez convaincre le hamster si vous pouvez; moi, je n’ai jamais réussi.

Le zèle de ma bête à poil est toutefois fort utile dans certaines situations. Il me sert, entre autres, à traverser des courses ou des segments de course difficiles. Cette semaine, par exemple, j’ai couru 10Km dont 6 à l’allure tempo. Une sortie exigeante, qui m’a forcée à mobiliser bon nombre de mes ressources mentales pour soutenir l’effort physique. Je les partage ici, à la demande de quelques copains sur Dailymile. Il ne s’agit en vérité de rien de très complexe… ou plutôt oui, c’est complexe, et c’est précisément l’objectif.

Je m’explique. Dès qu’une course commence à me donner du fil à retordre, je fais des mathématiques. Chaque sortie a sa formule, pour ainsi dire, mais la plupart du temps, je fais spontannément un ou plusieurs de ces jeux:

1) La division: Il s’agit de diviser mentalement la distance ou le temps de la sortie en morceaux (de 2Km, de 10 minutes, par exemple), pour concentrer l’attention sur celui en cours. Une manière simple et efficace de déjouer l’appréhension: 6 fois 1 Km paraît plus facile que 6 Km, et 13 fois 10 minutes plus facile que 2h10. Ce petit truc de prestidigitation fonctionne très bien lorsque je fais des courses plus rapides. Je me représente les tours de piste de 400 m comme des petits bouquets de 100 m, et les kilomètres tempo comme une suite de segments de 250 m. C’est le principe de Tony Horton, dynamique entraîneur du programme P90X: « You can do anything for 30 seconds ». En effet. La magie, c’est que cela fonctionne aussi pour des kilomètres, des minutes, voire des heures.

2) Les fractions: Après les 4 premiers kilomètres d’une course de 17 Km, j’ai franchi 4/17 de la distance. Je réduis la fraction, même si cela me mène à des drôleries comme 1/4,25. À quelle portion d’un marathon cela correspond-il? À quelle portion de mon kilométrage hebdomadaire ou de ma course de la semaine dernière? J’utilise la lecture de ma montre Garmin, qui affiche rarement des nombres entiers; cela complique significativement les calculs, pour le meilleur de ma distraction. J’éprouve un véritable plaisir à me dire « tiens, déjà la moitié derrière moi », « ouf, plus que 1/3 à faire », et enfin « un dernier 1/4 et c’est fini ».

3) Le calcul: De loin mon préféré et souvent jumelé aux fractions. À partir de la lecture de mon allure sur ma montre, je m’amuse à calculer le temps qu’il me faudra pour parcourir la distance totale de ma sortie. Je fais ensuite la même opération avec une allure 30 secondes plus rapide ou 15 secondes plus lente. Quel temps me donnerait cette allure pour une course de 10Km? pour un demi-marathon? Je peux rendre les choses assez originales lorsque je suis en forme.

4) L’estimation: Une sorte de fartlek mental. Quelle distance me sépare de cette enseigne? de cet arrêt? de cette intersection? J’estime, je cours jusque-là et je vérifie. Je m’interdis de regarder ma montre jusqu’à la cible, ce qui est aussi une manière de restreindre cette manie de coureur aux jambes fatiguées ou au souffle court. Une variation amusante de ce jeu consiste à tracer mentalement mon parcours en situant les marqueurs de Km le plus précisément possible. Si je prévois courir 7 Km, par exemple, je calcule: d’ici à l’école fait 1Km, jusqu’au sentier me mène à 2,5 Km, j’ajoute les 800 m de sentier, le détour par la rivière qui fait un autre kilomètre, etc. L’objectif est d’aboutir au pas de la porte à 7 Km exactement, parce qu’un tour du bloc à la fin de 60 minutes de course n’est pas la définition du bonheur, et arrêter la montre à 9,78 Km lorsqu’on prévoyait un 10 Km est légèrement contrariant. Ce petit exercice a, en prime, l’avantage d’inciter à varier les parcours.

Toutes les courses ne font pas de moi une calculatrice sur deux pattes grouillantes, mais lorsque je sens que je vais ralentir ou que j’ai envie de prendre un raccourci pour rentrer, je m’envoie quelques chiffres à la figure, je les tourne et les retourne et j’oublie un peu l’effort. J’ai toujours aimé les mathématiques et je suis parfois nostalgique des fonctions et des matrices; cela explique peut-être pourquoi mon esprit va tout naturellement sur ces chemins lorsqu’il cherche à s’étourdir. Certains ne jurent que par ce qu’ils s’injectent dans les oreilles, d’autres adoptent des mantras. Moi, je cours avec mon hamster.

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6 réflexions sur “Il n’y a pas que moi qui cours…

  1. J’adore! En fait, je fais essentiellement la même chose que ton numéro 1 souvent. Je cours pour 5 ou 10 minutes à la fois lors de mes longues sorties. Des fois, c’est jusqu’au stop sans penser à autre chose…et des fois c’est de la musique (surtout lors de sorties plus courtes et plus rapides en continues). Excellent…en effet, tu as une très belle plume!
    Bonne chance pour la thèse…on fini par y arriver, comme tu le sais si bien…faudrait lui faire comprendre à ce hamster 🙂

  2. Je ne suis vraiment pas à l’aise avec le calcul mental, les chiffres, les fractions, les variables mais ça doit vraiment être un bon moyen de se motiver pour pousser plus loin car pendant que l’on calcule et triture les chiffres, mine de rien les jambes avancent.
    J’ai bien envie de tenter de devenir une rapide du calcul dans mes baskets !!

  3. J’ai beau haïr les mathématiques (la faute aux profs nuls, cette bande de criminels), il m’arrive de tâter du chiffre quand je cours. Mais pas à ton degré de raffinement. Tu m’as bien fait rire, Sonia! Mais attention tout de même au paradoxe de Zénon (Achille et la tortue, merci Wikipedia de me rafraîchir la mémoire), à trop fractionner tu pourrais bien ne jamais arriver au bout de ton entraînement. Le bout de la thèse arrivera, lui, et tu pourras chanter comme je le faisais à l’époque avec une thésarde dans la même galère: « La thèse, quelle fouthèse, elle est derrière j’en suis fort thèse. La thèse, quelle fouthèse et je lui montre mon derrière. »

  4. Oh! que j’aime ce billet et Oh! comme je fais exactement la même chose que toi… Je calcule!!!! Moi aussi j’adore les maths, une fille qui se tapait des 100% en calcul différentiel, ça aime les chiffres!! Mais j’ai remarqué qu’à partir de mon 25e km, je commence à me tromper souvent dans mes calculs!! :o)

  5. Je fais tout comme toi, c’est marrant! Enfin, tout sauf le 4). Mais c’est clair que mentalement, le découpage en petits morceaux, c’est génial.
    J’adore le passage du 1/3 à 1/2 de fait, cela passe tellement vite.
    Et si je me tentais le 4) ce soir?

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