En forme de femme

Compétition: demi-marathon d’Ottawa 2011

19 Commentaires

J’aime participer à des compétition de course parce qu’elles sont d’excellentes métaphores de la vie. On tente par tous les moyens d’en contrôler le déroulement et l’issue, mais on finit toujours par être aux prises avec bien des hasards, qu’il faut gérer et embrasser.

J’ai eu le plaisir d’atteindre un de mes buts lors de cette compétition : battre mon dernier temps pour la même distance. J’ai complété la course en 2 heures 24 minutes et des poussières, 13 minutes en dessous de ma dernière performance (en 2008), mais malheureusement bien au-delà de ce que j’aurais souhaité (sous les 2h15). Les conditions étaient désastreuses et l’expérience éprouvante, mais je suis fière d’avoir réussi à aller jusqu’au bout.

Durant les cinq jours précédant la compétition, j’ai été accablée par les allergies saisonnières. Yeux petits et larmoyants, bandeau terrible, congestion, toux, courbatures et fatigue extrême, j’ai passé mes journées comme un zombie et j’ai fait mes nuits à coup de 30 minutes de sommeil plus-que-léger. Vendredi, mon mal a fait son chemin vers mes bronches et j’ai commencé à faire de l’asthme. C’est à ce moment que j’ai décidé de passer à la pharmacie et d’en finir avec ce cirque.

Samedi matin, je me suis réveillée dans une meilleure forme (relative) et avec l’espoir de me sentir bien pour dimanche. Je me suis rendue comme prévu à Ottawa, j’ai récupéré ma trousse de coureur, encouragé ma cousine par alliance au 10Km et pris un sympathique repas en bonne compagnie. Malheureusement, l’agrément s’est terminé à ce moment-là. Les décongestionnants rendent légèrement nerveux, ce qui m’a valu une 4e nuit blanche de suite.

Dame Nature avait choisi d’intensifier les choses avec un taux d’humidité de 100%, particulièrement difficile pour les asthmatiques. Dans ces conditions, j’ai évidemment abandonné le projet de maintenir une allure de 6′15″/Km. J’ai suivi ma routine à la lettre, mais j’ai décidé, à la toute dernière minute, de ne pas porter ma ceinture cardiofréquencemètre ni ma ceinture d’hydratation (une décision que j’ai amèrement regrettée dès les premiers Km de la course). J’ai fait un échauffement de 15 minutes très doux et, heureuse de profiter enfin de mes 22 semaines d’entraînement, je me suis dirigée vers la ligne de départ.

L’ambiance était électrisante. Des miliers de coureurs attendaient le coup de fusil avec frénésie. Je me suis placée près du lapin de 2h15 en pensant que cela était raisonnable. Les trois premiers Km ont été rondement, mis à part le fait que j’avais la bouche complètement sèche. C’était la première fois qu’une telle chose m’arrivait. La première station d’eau a été bien accueillie. J’ai trouvé mon allure « plan B » (6′25″) sans problème et je l’ai maintenue jusqu’au dixième Km, que j’ai franchi en 1h05.

Dès le début de la course, j’ai senti que je travaillais fort pour mon allure, mais puisque les médicaments brouillaient mes sensations et que je n’avais pas de lecture de ma fréquence cardiaque, je ne savais pas à quel point. À partir du Km 8, les choses ont commencées à aller moins bien. Vraiment moins bien. J’ai eu des sueurs froides et cela m’a allarmé. Je n’avais pas du tout envie de me retrouver couchée sur le bord de la route à attendre l’ambulance. Je me suis donc dirigée vers le côté de la route au cas où j’aurais à marcher ou à arrêter. Avant que je ne passe le Km 9, j’ai frappé le mur. C’était beaucoup trop tôt pour cela et pour la première fois dans ma jeune vie de coureuse, j’ai voulu abandonner de toutes mes forces.

Mais je me suis accrochée. Au Km 10, il n’était absolument plus question de courser le lapin de 2h15; mon seul but était de me rendre le plus loin possible, au fil d’arrivée dans le meilleur des cas. Heureusement, c’est à ce moment que la pluie s’est mise de la fête. Je ne sais ce qui serait arrivé si ce n’avait été de cette pluie, qui a, au bout d’une dizaine de minutes, bien tempéré mon corps. Malgré tout, je dois avouer que je n’avais pas de plaisir. Je souffrais physiquement et c’était bien décevant de voir un si bel entraînement aboutir ainsi. Le lapin de 2h15 s’est éloigné de moi tranquillement, jusqu’à ce que je ne puisse plus le voir.

Pour faire taire mon désir d’abandonner entre les Km 10 et 18, j’ai fait preuve de beaucoup d’imagination. J’ai souvent touché le pendentif que mon mari m’a offert à la fête des mères pour entendre sa voix me dire que je pouvais le faire, que j’étais forte. J’ai pensé à mes beaux-parents qui étaient venus pour m’encourager, à Geneviève qui devait courir avec moi, à tous mes amis sur Dailymile, à Terry Fox, à mes proches qui sont malades, aux enfants à l’hôpital et à leurs parents qui donneraient tout pour échanger leur combat contre un demi-marathon dans des conditions difficiles. Le pathos au plancher pour ne pas flancher.

Au Km 15, j’étais entièrement trempée. Mes chaussures étaient comme de grosses éponges imbibées et je commençais à sentir cette vilaine ampoule que me fait parfois mon soutien-gorge de sport sur environ 10 centimètres au bas de mon thorax (note à moi-même: il est temps de le changer). C’est aussi à ce moment que j’ai commencé à sentir l’épuisement du haut de mon corps. Dès lors, j’ai eu plus de difficulté à supporter cet épuisement que celui de mes jambes, ce qui était à la fois étrange et frustrant.

Au Km 18, j’ai enfin vu mes beaux-parents et cela m’a été d’un incroyable réconfort. Les spectateurs étaient très nombreux à ce point du parcours. Ce sont certainement eux, avec leurs applaudissements, leurs encouragements, leurs pancartes, leurs perruques, leurs crécelles et leur énergie, qui m’ont aidé à me rendre jusqu’à la fin. Je l’ai franchi, ce fil d’arrivée. Faible, déçue et dans un état lamentable, mais je l’ai franchi. Une fois qu’on m’a enfilé la médaille autour du cou, cependant, une bonne partie de ma déception s’est envolée. Je n’étais pas venue pour un lapin, ni pour un chrono, ni pour impressionner qui que ce soit. J’étais là pour courir et c’est ce que j’ai fait.

Mon beau-père, plus tard, m’a confié ne pas comprendre la souffrance que s’imposent tant de coureurs. Il m’a dit: « Les bénéfices doivent être vraiment importants »; j’ai répondu: « Oui, vraiment ». Il était placé au Km 18 du demi-marathon, qui correspondait environ au Km 32 du marathon (le mur, le vrai). J’imagine qu’il a vu beaucoup de combats à ce point précis.

Si cette compétition avait été ma première, j’aurais peut-être eu la frousse, mais je sais qu’elles ne sont pas toutes comme celle-là. Je sais aussi que les 500 Km d’entraînement qui m’ont menés à cette compétition valaient toute la peine que je me suis donnée à courir les 21,1 Km. La prochaine sera meilleure et j’ai déjà hâte de m’y préparer.

Publicités

19 réflexions sur “Compétition: demi-marathon d’Ottawa 2011

  1. Tu as bien géré les différents inconvénients qui sont survenus dans ta dernière semaine de préparation. Pendant le marathon, je voyais et sentais les lilas et j’ai eu une pensée pour toi. J’espère que les lilas le long du parcours ne t’ont pas trop affectés. Mes félicitations pour ton nouveau record personnel. Une belle course dans des conditions difficiles, ce qui est fort probablement le signe d’une préparation adéquate.

    • Merci, Luc. Ce sont très probablement les arbres en fleurs qui me font tout ce tort, mais il sont si beaux, comment leur en vouloir?

  2. Ouf! Tout un combat. Tu as beaucoup de mérites de l’avoir terminé malgré tout la tête haute. C’est formateur des courses comme ça. Bravo belle Sonia. Je suis pas mal inspirée.

  3. Tu m’as tiré une larme avec ta conclusion toi… Catharsis etc! 🙂

    J’ai vécu quelque chose de très semblable au niveau des sensations lors du demi hypo… Maudite déshydratation. Beaucoup plus difficile de s’accrocher à sa limite et à son plan B que je ne l’aurais cru. Ça va payer pour ta confiance pour des décénnies un truc du genre (en tout cas je me le souhaite hah!).

    Bonne récupération!

  4. Bravo Sonia, 13 minutes plus rapide que la dernière fois, ce n’est pas rien ! Ouf que les conditions avaient l’air difficiles ! Je trouve parfois que le premier dimanche de mai à Québec c’est trop tôt, mais je constate que le dernier de mai comme à Ottawa, ça peut être « chaudement et humidement » difficile. Tu as bien raison, on se prépare pendant des mois, mais on ne sait jamais comment seront les conditions. Félicitations, ton récit montre toute la détermination que tu as réussi à puiser au fond de toi. Quand c’est difficile, je pense parfois à Sidney Crosby, après son but de la médaille d’or aux Olympiques, en train de tirer ses gants, son bâton… et son « mouth piece » dans les airs ! Ça me fait rire et je continue ! Bon repos quelques jours, j’imagine, et bonne poursuite de ton entraînement, j’espère !

  5. Félicitations d’avoir couru jusqu’au bout dans ces conditions difficiles et aussi pour ton nouveau PB! C’est vraiment dommage que les allergies saisonnières aient choisi précisément cette semaine pour se manifester. La prochaine course ne pourra qu’être meilleure!

  6. Bravo, il est touchant ton récit de course. Ta préparation fut excellente, cela a contribué à te faire franchir la ligne d’arrivée. Félicitations. Est-ce que les courses d’automne te conviendraient mieux ou si tes allergies sont aussi présentes à l’automne?

    • Merci. L’ennui, avec les allergies, c’est que ça varie d’année en année. Parfois je suis à peine incommodée, parfois c’est l’enfer. C’est malheureusement difficile à prévoir. J’en fait aussi à l’automne, parfois…

  7. Bravo Sonia. Tu t’es battu vraiment très fort. Je suis un vieux coureur avec 32 ans d’expérience et j’ai vécu quelque chose de difficile moi aussi au demi-marathon de Québec le 1er mai dernier. Comme tu dis si bien la compétition est une excellente métaphore de la vie. Chaque expérience nous enrichit bonne ou mauvaise.

  8. Je me répète probablement, mais je tiens à te (re)dire combien je suis fière d’être ta marraine. Je crois que tu es la personne la plus déterminée que je connaisse (à part ta mère évidemment!). J’en avais les larmes aux yeux en te lisant… Bravo Sonia xoxoxo

  9. Ton récit est touchant et inspirant!! L’expérience que tu as vécu durant cette course fait la preuve, une fois de plus, qu’on a beau y être préparés de la plus belle façon qui soit…. on ne sait jamais comment ça va se passer!!!!! Ta ténacité et ton courage t’auront permis de franchir le fil d’arrivée, bravo!!! Tellement bravo!!!! J’aime croire que ce genre de course fait de nous de meilleurs coureurs, plus conscients…. Repose-toi!!

  10. Bravo Sonia, tu es toute une battante. Tu as de quoi être fière! repose-toi bien maintenant!

  11. Bravo Sonia! J’ai eu des frissons malgré une chaleur écrasante une seule fois dans ma vie et c’est lors du 20 k du lac brome l’an passé. J’étais déshydraté. Depuis ce temps j’ai toujours ma ceinture d’hydratation avec moi, au pire je ne l’utilise pas mais plus jamais je vais manquer d’eau.

    Good job encore une fois et soit prudente!

  12. Bravo ! Te lire m’encourage pour mon premier demi à Montréal. Je crois que je vais me préparer plus sérieusement et surtout, me rappeler que ça peut être difficile.

    Merci pour ton récit, j’ai l’impression de prendre un peu de vos expériences pour mon premier demi!!!

  13. Sonia…

    À te lire je me fais la réflexion que si les courses d’endurance étaient faciles et prévisibles nous en retirerions tellement moins… C’est ce ‘anything goes’, cette imprévisibilité qui rend chaque épreuve palpitante… quoiqu’on s’en ferait bien une ou deux faciles, n’est-ce pas!

    Merci pour ton récit généreux et bravo pour ta performance (13 minutes sur un demi c’est énorme!!!) dans des conditions moins qu’idéales!

    Bonne recup!

  14. Je te leve mon chapeau pour ce que tu vien de nous décrire dans ta course et je crois que cette expérience vas nous enseigner a nous tous ami(es) de DM une certaine lecon de vie que l’on doit appliquer a chaque instant de notre existence car toi tu as sus passer au travers malgré tout ce qui t’est arrivé en terme de santée.! Combien d’entre nous auraient tout simplement refuser de courir dans de telles circonstances..! Bravo Sonia la prochaine fois tu ne seras que meilleure autant moralement que physiquement car tu auras une excellente attitude face a toutes ces situations critiques.!!

  15. Pingback: 3 choses que j’ai apprises en courant cette année « En forme de femme

  16. Pingback: Une simulation « En forme de femme

  17. Pingback: Projets de printemps, rêves d’automne « En forme de femme

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s