En forme de femme

Mesurer l’ambition : redéfinir ses objectifs pour miser sur la réussite

22 Commentaires

Disons le scénario suivant :

Une jeune femme cours un demi marathon en 2:12:43. En franchissant le fil d’arrivée, elle est au bord des larmes et sent qu’elle a échoué. Elle visait 2 heures 10 minutes. Elle s’est entraînée rigoureusement, elle a mis tout son savoir au service de sa préparation, les conditions étaient favorables et elle a donné le meilleur d’elle-même durant la compétition. Que s’est-il passé? La réponse est simple : l’objectif fixé n’était pas réaliste.

Je vous raconte cette petite histoire parce qu’au lendemain du 5K Banque Scotia, elle m’est apparue comme l’issue probable de ma course du 29 mai prochain à Ottawa. J’ai élaboré tout mon plan d’entraînement pour cet événement en fonction du meilleur de mes connaissances, en tenant compte de ma forme actuelle et de mes désirs. J’aime croire que dans ce processus la raison l’a emportée sur les sentiments, mais puisque je reviens à la course après 2 ans de congé (forcé…), il est vrai que mes désirs ont pu brouiller légèrement mon jugement.

En juin dernier, à peine quelques semaines après avoir renoué avec mes chaussures de course, j’ai participé à un 5 Km et enregistré 33 :16 au chronomètre. Mon temps m’importait si peu que je ne l’ai pas remarqué en finissant la course et que je suis allée le consulter pour la première fois il y a deux ou trois semaines. J’ai couru l’événement avec mon mari, notre bébé et ma petite sœur; j’étais fière de les avoir encouragés à participer et heureuse de partager mon retour à la course avec eux. Les chiffres… bah…

Lorsque j’ai commencé mon entraînement pour le demi marathon d’Ottawa, il était à prévoir que les chiffres regagneraient leur importance. Je n’ai pas pensé m’appuyer sur le résultat de mon dernier 5Km (que j’ignorais d’ailleurs) pour déterminer mon objectif. J’ai d’abord visé 2 heures 20 minutes pour battre mon temps sur ce même parcours en 2008 (2:37:28), et puisque j’avais négligé ma préparation pour cette compétition, cet objectif me paraissait réaliste.

Au fil de mes premières semaines d’entraînement, mes performances m’ont parues satisfaisantes et je me suis mise à rêver. J’ai d’abord pensé viser 2:15:00, puis 2:10:00 s’est déclaré un objectif « ambitieux mais réaliste » sans trop de résistance de la part du département de la raison. Depuis quelques semaines, je vise donc ce temps de 2:10:00, partagée entre la jubilation anticipée et la peur de l’échec.

Maintenant que j’ai le résultat d’une course récente en main, il me semble intelligent de mettre mes ambitions et mes rêves à l’épreuve de la réalité. Pour cela, j’ai utilisé le tableau 2.1 (p. 28-29) du livre Run Less, Run Faster de Bill Pierce, Scott Murr et Ray Moss. Intitulé « Race Predictions », ce tableau permet, à partir du résultat d’une course récente, de prédire les résultats pour des distances différentes. Voici ce que les auteurs ont à dire là-dessus:

Selecting a target finish time based on recent performances will likely give a marathoner a realistic goal, rather than selecting arbitrary threshold goals such as « finishing under 3 hours », or « qualifying for the Boston Marathon, » which may be overly ambitious and insufficiently specific for designing the proper pace. Finish goal times should be based on a recent race and training times. (p. 25)

Dans mon cas, par exemple, mon chrono au 5K Banque Scotia (28:56) me permet d’espérer une performance de 2:14:24 à un demi marathon. Il s’agit évidemment d’une prédiction basée sur des calculs qui ne tiennent pas compte de nombreux facteurs humains, mais je n’ai qu’à consulter les chiffres liés à mon 2:10:00 de rêve pour voir que celui-ci est périlleux: il me faudrait maintenir une allure sous les 6′15″ tout au long du parcours, ce qui me paraît extrêmement ambitieux.

2 heures 14 minutes sera donc mon objectif. Si Dame Nature se sent généreuse et que les astres sont en Balance, si mon genou va bien et que j’ai passé une excellente nuit, autrement dit, si toutes les variables sont en ma faveur, peut-être que je me surprendrai à courir mes 21,1 Km en moins de 2 heures 14 minutes. La gestion de l’allure repose toutefois sur un équilibre délicat et 10 secondes par kilomètre peut faire une énorme différence dans la longue durée. Il serait bien dommage de partir trop rapidement, de frapper le mur dans la deuxième moitié du parcours et de réaliser à ce moment-là que mon objectif n’était pas bien établi.

Il me semble qu’en redéfinissant ainsi mon objectif, je choisis de miser sur la réussite. Je cours pour mon plaisir avant tout et il serait pour ainsi dire contre-productif de m’imposer une déception parce que j’ai mal évalué mes capacités. Finir un demi marathon en 2 heures 10 minutes n’est pas rayé de mes buts, simplement je remets la date de sa réalisation à plus tard. Il est à parier qu’en continuant mon entraînement j’y arriverai bientôt, mais en attendant, je préfère viser un beau grand sourire au fil d’arrivée.

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22 réflexions sur “Mesurer l’ambition : redéfinir ses objectifs pour miser sur la réussite

  1. Le parcours est plus rapide cette année, profites-en bien pour améliorer ton temps. Bonne chance et bonne continuation.

  2. Excellent billet! Être réaliste dans ses objectifs et les fixer à partir de données récentes me semblent une stratégie gagnante.

  3. Tout à fait d’accord avec toi. Un objectif réaliste avec une performance récente. Tu es vraiment bien enlignée comme coureuse. Le livre que tu cites me semble une excellente référence. Je vais essayer de le trouver.

    • J’ai beaucoup apprécié cette lecture. Il s’agit de la méthode FIRST, qui propose de courir moins et d’améliorer la performance aérobique via le cross-training. Je commence à avoir envie d’apprendre à nager… (Je ne me noie pas dans une piscine, mais je n’ai jamais appris les techniques de natation.)

  4. J’ai toujours une règle de base en course … peu importe le résultat, il faut que je sois heureuse d’être à ce départ de course. Ça l’air bizarre à dire car on s’entraîne pour courir des courses mais il se peut qu’en ne réalisant pas la chance que l’on a à prendre le départ d’une course, notre focus soit irréaliste ou brouillé par nos ambitions. Donc, être heureuse de prendre le départ veut dire deux choses pour moi: un, peu importe le résultat, je suis fière de moi. Deux, je vais m’amuser, no matter what.

    J’ai aussi toujours plusieurs scénario dans ma tête pour les résultats. Comme ça, je diminue mes risques d’être déçu. En fait, tout ça est pour dire que je met toute mes chances pour ne pas être déçu aux larmes à une ligne d’arrivée.

    Ceci-dit, j’ai été déçu à NY. Mais j’aurais pu l’être encore plus si je ne m’étais pas préparé au worst case scenario avant de prendre le départ!

    Reste que c’est super bon comme réflexion car tu peux t’entraîner avec des vitesses ciblés qui sont plus réalistes. Et dans ce cas, si tout vas bien, tu seras surement moins fatiguée au départ du demi et tu mets alors toutes les chances de ton côté pour faire une belle course et peut-être même te surprendre TOI. Ça serait le best case scenario ou celui que tu n’avais peut-être pas osé t’imaginer ….

    • J’adore l’idée de reconnaître l’importance du départ dans la compétition. Je n’y avais pas pensé. Voilà bien un des grands « cadeaux » de nos échanges: ils nous font voir ce qui ne se révélait pas à nous jusque là.

      Ce qui est intéressant, dans mon cas, c’est que je m’entraînais de la bonne manière et en suivant des vitesses qui correspondaient parfaitement à ma forme actuelle. C’est le chrono de la fin (ou le résultat de l’addition, si tu veux) qui s’était muté en quelque chose d’un peu chimérique.

      J’ai aussi 3 scénarios en tête, qui correspondent à 3 temps. Ce n’est que le 29 mai que je saurai ce qui en sera. N’est-ce pas ce qui rend la chose intéressante?

      Merci pour ton commentaire, Sylvie.

  5. Belle réflexion, elle me rejoint sur plusieurs points. Redéfinir en cours de route nos objectifs et attentes est sage et surtout réaliste, tout en n’écartant pas le rêve. Après tout, on doit s’adapter aux circonstances qui nous sont envoyées.

    Je sais que de mon côté, j’ai la compétion dans le sang. Incapable de me contenter de m’amuser. Ce qui m’amuse en fait, c’est de compétitioner. C’est quelque chose qui entre dans ma définition d’objectif. Ça me donne souvent des déceptions aussi. Mais quand je réussis, je suis 100fois plus fière. Je trouve souvent ça lourd à gérer, je me dis souvent que je n’ai pas besoin de ça dans ma vie mais fondamentalement c’est mon moteur.

    Bonne chance le 29mai, je te souhaite d’y arriver, où que se soit!

  6. Sonia, je me fixe aussi trois objectifs de temps avant mes courses. Hum… Laisse-moi deviner les trois objectifs: 2h10, 2h14 et 2h37. Pas du tout obligée de me dire si j’ai bien deviné ! Ça dépend des gens certains préfèrent garder pour eux leurs objectifs. Je devrai bientôt dévoiler les miens… Demi-marathon de Québec, 1er mai ! Au-delà de la performance lors du jour J, on a tous réussi une chose bien plus impressionnante: passer au travers de l’entraînement ! Cette journée où il faisait si froid, l’autre où le vent nous renversait presque, et que dire du premier entraînement après ce foutu rhume ! Tu les a faits chacun des ces entraînements, tu as la forme qui en découle et ce ne sont pas quelques minutes ou secondes le jour J qui vont diminuer tout ton « mérite accumulé ». Puis, à part ça, c’est bien possible que tu l’atteignes cet objectif de temps !!! Go,go, go !

    • Dans le mile pour les trois objectifs! Tu as bien raison, Martin, la plus grande épreuve, c’est la préparation. C’est long, un entraînement pour un demi, surtout au coeur d’un comeback. Je suis très fière ce cela déjà. Merci!

  7. Sonia,
    Ton article est très intéressant! C’est aussi très inspirant car il n’est pas toujours facile d’être réaliste lorsque quelque chose nous tient beaucoup à coeur. Je suis certaine que tu as pris la bonne décision et de toute manière, l’important c’est que t’amuse!! Et qui sait, peut-être que tu pourras être que tu pourrais être surpris par ton chrono lors de la course! Mais au moins tu mets toute les chances de ton côté pour franchir la ligne d’arriver avec le sourire… Bonne chance pour le 29 Mai! 🙂

  8. C’est un exercice difficile que de trouver son objectif.
    Entre ce que l’on est en mesure de faire et ce que l’on voudrait faire, il y a souvent un gap important, trop important même souvent.
    En général, moi je me fixe de battre mon record, même de pas beaucoup. Et des fois, je suis contente, des fois je suis déçue. Mais quoiqu’il arrive, ma règle de base, c’est d’être contente d’avoie couru et d’être arrivée au bout. C’est déjà une petite victoire ça! (tiens d’ailleurs, j’ai eu un wow de mon collègue quand je lui ai dit que j’avais 12km hier)

    • Quelque chose de très gratifiant, avec la course, c’est de pouvoir simplement dire: j’ai franchi X Km. C’est concret et on peut toujours en être fier. Bravo pour les 12Km!

      • TU as donc raison..! L,important c’est d’avoir courue cette distance..! Tu as une belle facon philosophique de voir le bon coté de la course a pied ds le fond.! Parceque pour moi bien honnetement,bien avant le chrono j’adore cette camaraderie et ce coté ludique de la course a pied que je N,ai jamais retrouver ds le temps ou je compétitionnait a haut niveau en ski de fond et en cyclisme…!

  9. Je suis aussi plutôt d’accord avec l’objectif d’être heureuse de prendre le départ… ensuite il y a effectivement tellement de variables… la semaine dernière j’ai réajusté mes objectifs de temps à chaque 5km… mais le principal ayant été de prendre le départ et because la blessure de le finir… je n’ai toujours aucun regret même si encore amochée… ceci étant dit, on carbure quand même au chiffres et aux défis les coureurs alors ça les prend ces objectifs des fois juste pour sortir de son salon… un beau jeu d’équilibre quoi…

    J’aime bien l’approche de la course précédente pour fixer le range… tu sembles super bien préparée… 5 semaines… enjoy all of them!

  10. Les objectifs de réalisation théoriques sont une chose et la réalité du terrain en est une autre, il ne suffit malheureusement pas d’additionner des temps de passage pour avoir son résultat ;-(
    Seul l’entraînement parle et avec le tien, il n’y a pas de raison que çà ne le fasse pas à condition de ne pas se mettre trop de pression!
    Bon courage et bon entraînement et çà va le faire tranquille, j’en suis sûr ;-))

  11. Like many other commenters, I think having 3 different time goals is always a good approach (even though I never end up doing it, and always end up beating myself up afterward). The most important thing is, of course, to enjoy yourself and run your best race even if that involves not running your fastest time. No matter what, I hope you have a great race at the half–I know you’re ready for it, and I can’t wait to hear how it goes!

  12. Tout va très bien se passer, j’en suis certaine. On se fixe tous des objectifs, plus ou moins ambitieux. Il faut juste essayer de ne pas trop y penser, c’est source de stress avant et pendant. Mais, quel que soit le chrono, quel bonheur quand on franchit la ligne d’arrivée !
    Je te souhaite un bon entraînement jusqu’au 29 mai !
    Tout va aller :-))

  13. Bonjour Sonia,.! Etant un ex athlete en cyclisme et ski de fond,je crois apres t’avoir lue attentivement que tu te met trop de pression sur ton prochain chrono,car n’oublie pas que tu te releve d’une blessure et que tu es toujours en periode de rehabilitation et que ca me semble normal de vivre de ce que tu vit et que ca ne doit pas etre une source de decouragement,mais bien une belle lecon de vie que tu commence a apprendre comment gerer tel ou tel situation pas toujours facile..! Je le sais par experience parce que jeL,ai vecue a plusieurs reprises par mon passée.!Pour que ton demi te soit profitable essaie de garder ton rythme le plus regulier et metronome possible sans trop partir trop vite sur le coup de l’emotion du depart de masse,mais fit toi a ton allure d’entrainement et ne regarde pas ton chrono c’est comme ca que j’ai effectuer mon dernier demi la semaine passée 17 avril 2011 au NOVA SCOTIA que J,ai effectuer en 1 hre 40 et je ne me suis pas mis aucune pression sur mon dernier temp que j’avait fait a l’hypothermique le 19 fev dernier soit 1 hr 50,mais en observant plutot mes sensation de course au present tout en etant econome et en m’hydratant comme il faut( je marchait aux ravitaillements pour decompresser mes jambes) et je repartait plus fort a chaque fois sans trop m’epuiser tout en gardant un rythme d’horloge le plus metronome possible. Si tu adopte cette attitude tout en ne te mettant pas trop de pression sur ton chrono tu seras tres surprise de ton resultat crois moi..! BOnne chance Sonia..!

    • Je pense au métronome et j’oublie l’horloge: très bon conseil. En réalité, je ne croule pas sous la pression. J’ai peut-être donné cette impression, mais c’est surtout que je cherche à bien sentir ce qui se passe dans mon entraînement et comment cela peut se traduire en compétition. Mes objectifs restent quand-même dans le domaine de la sanité et c’est justement pourquoi je n’ai pas peur de viser moins haut. Tout ceci est avant tout pour moi et non contre moi!

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