En forme de femme

Hiver, non merci

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A Wild Cherry (Prunus avium) in flower.

Image via Wikipedia

Chaque année, vers la première semaine de mars, un consensus s’établit implicitement dans l’esprit des habitants de notre blanc pays: c’est assez. Quelques journées au vent de printemps suffisent à sceller le pacte, et à partir de ce moment précis, chaque flocon qui tombe est de trop, chaque coup de pelle entre dans un savant calcul de mauvaise humeur. Lorsqu’il fait sous zéro, la patience et la courtoisie disparaissent de l’univers, la bras tombent et les sourires s’effacent. On n’en peut plus, simplement. On veut le printemps.

On rêve de chaleur, de soleil, de la peau à l’air libre.

L’alternance des journées d’hiver et de celles qui augurent la saison des amours me paraît toujours la pire des tortures. Je ne parviens pas tout à fait à me lancer dans l’esprit gai et léger du printemps. Je suis méfiante, parce qu’une année sur deux au mois de mars, une tempête de neige s’abat sur mes rêves de tulipes et de bourgeons.

Quelque chose comme un principe d’accumulation est aussi en cause. Il faut dire que tout l’hiver, je tiens le coup sans me plaindre et je me vêts de bonne attitude. Manteau chaud, sports d’hiver, regard bucolique sur le paysage, etc. Mais cela ne peut durer éternellement. On a beau être en paix avec l’hiver de son pays, on sent aussi que le printemps et l’été, on y a droit.

Je néglige toutefois les raisons biologiques derrière (on me pardonnera l’expression) cette « écoeurantite aiguë ». Plusieurs études ont en effet montré l’existence de la « déprime hivernale », indésirable visiteuse de l’hiver sur son déclin, qui s’invite et colle chez les nordiques jusqu’au printemps. Les spécialistes la rangent parmi les troubles affectifs saisonniers (Seasonal Affective Disorder ou SAD) et la décrivent comme une version atténuée de la dépression saisonnière.

La déprime hivernale et la dépression saisonnière sont liées à la diminution dramatique de la luminosité durant l’automne et l’hiver.

Durant cette période, les journées sont courtes et la luminosité moins intense. Celle-ci passerait de 100 000 lux (unité de mesure de la luminosité) les jours d’été ensoleillés à parfois aussi peu que 2 000 lux les jours d’hiver. […]

En effet, la lumière joue un rôle important dans la régulation de l’horloge biologique interne. Cette « horloge » contrôle plusieurs fonctions du corps suivant des rythmes bien précis, comme les cycles d’éveil et de sommeil et la sécrétion de diverses hormones selon l’heure du jour.

Par exemple, après avoir pénétré dans l’oeil, les rayons lumineux se transforment en signaux électriques qui, envoyés au cerveau, agissent sur les neurotransmetteurs. Un de ceux-ci, la sérotonine, souvent appelée « l’hormone du bonheur », régularise l’humeur et gouverne la production de la mélatonine, une autre hormone responsable des cycles éveil-sommeil. La sécrétion de mélatonine est inhibée durant le jour et stimulée durant la nuit. Les dérèglements hormonaux causés par un manque de lumière peuvent être suffisamment importants pour générer des symptômes de dépression.

Source

Les principaux symptômes de la déprime hivernale sont le manque d’énergie et l’humeur fragile, mais ceux qui sont plus sensibles à ces variations peuvent ressentir de la détresse, de l’angoisse, manifester de l’irritabilité ou même de la colère. Certains souffrent d’insomnie ou au contraire ont tendance à trop dormir, sans toutefois se sentir reposés. La tendance à consommer une mauvaise alimentation serait aussi un des symptômes identifiés.

Environ 18% des canadiens souffriraient de déprime hivernale et entre 3 et 10 % de dépression saisonnière. Les femmes seraient plus touchées dans une proportion de 3 sur 4. Il existe des traitements médicaux contre la dépression saisonnière: la luminothérapie, la psychothérapie et les antidépresseurs. Dans la plupart des cas de déprime hivernale, un ensemble de mesures préventives permettent de diminuer les symptômes.

  • Une alimentation équilibrée, riche en fruits et légumes, en oméga-3 et en fer;
  • L’exercice physique, surtout s’il est pratiqué à l’extérieur;
  • L’exposition à la lumière.

Voici donc mes sept conseils chanceux pour lutter contre la déprime hivernale du mois de mars, en attendant l’arrivée du printemps (celui de la météo, parce que celui du calendrier est trop optimiste):

  1. Résister à la tentation de sauter un repas, de le faire livrer, de l’acheter à un comptoir et même de se le faire servir au restaurant. Si quelqu’un d’autre (ou pire, une machine) l’a préparé, il contient probablement trop peu de vitamines et autres guérisseurs de la nature (sans parler du gras, du sel et des sucres).
  2. Tous les jours, manger un fruit dans l’avant-midi et boire un petit verre de jus de légumes (à faible teneur en sel) l’après-midi.
  3. Ajouter un repas de poisson à la planification des repas de la semaine.
  4. Choisir des activités physiques extérieures, si possible. En famille, entre amis, pour le plaisir seulement.
  5. Sortir quelques arrêts de bus avant d’être arrivé au bureau ou à la maison. Marcher pour aller chercher la pinte de lait (salutations à Pierre, qui m’a inspiré celle-là!)
  6. Prendre la pause café dehors, même si ce n’est que pour 5 ou 10 minutes.
  7. À la maison et au bureau, se tenir près des fenêtres autant que possible.

En espérant que la magnifique journée d’aujourd’hui a été l’occasion de faire le plein de lumière, je vous dis en chantant sur un air gai: Quelques semaines avant le doux printemps… la la la… la la la… Quelques semaines, quelques semaines… la la la…

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5 réflexions sur “Hiver, non merci

  1. On sent les doux rayons de soleil dans ce billet.
    Merci!

  2. Très belle description de  »cette-fin-d’hiver-emmerdante ». Tu m’as fait sourire plus d’une fois! Alors, conseil #8: Lire le billet de Sonia!!!

  3. « L’alternance des journées d’hiver et de celles qui augurent la saison des amours me paraît toujours la pire des tortures. »

    Voilà ! C’est exactement ça. Je pense que si l’hiver continuait comme, disons, une troisième semaine de janvier pendant encore 2 mois, je n’aurais pas de difficulté avec ça. Mais l’alternance hiver-printemps avec une fréquence et une intensité variable, c’est ça qui use les nerfs ! Sur mon blog, mon sondage « Avez-vous hâte que l’hiver finisse ? » donne un « oui » à 57%. C’est peu scientifique, car le nombre de votants est demeuré faible, mais ça semble plausible ! Je comprends que Sonia s’ajoute à ce 57% !

  4. Ce sont d’excellentes idées, et moi aussi j’ai du mal à accepter cette période de transition entre l’hiver et le printemps. Parfois à New York, le printemps arrive si tard qu’on en a trois semaines seulement avant l’été. C’est dur car ces saisons tempérées (printemps, automne) sont tellement importantes si on espère passer les saisons de températures extrêmes sans trop de difficulté.

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