En forme de femme

De la flexibilité ou Cette tranche de vie qui est aussi la vôtre

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Great Flexibility !

Image by khalid almasoud via Flickr

La flexibilité sur laquelle je suis forcée de réfléchir cette semaine n’est pas celle de mes ischio-jambiers ou de ses frères musculaires, mais plutôt celle de mes objectifs et de mon horaire. Mon vilain rhume de cette semaine et le billet de [kä] m’a rappelé à cette question, simple mais retorse : pourquoi est-ce si difficile de prendre du repos? Lorsqu’on se décide à s’arrêter, pour le plaisir de passer du temps en famille ou avec des amis, ou pour (enfin) écouter les signes lancés par le corps, pourquoi porte-t-on toute cette culpabilité?

Le week-end dernier, j’avais moins d’énergie qu’à l’habitude et je sentais la présence latente d’un mal de tête. Dans la journée de lundi, j’ai fait une course tranquille mais difficile dans la tempête, malgré les débuts d’une congestion nasale. Dans la soirée, j’ai honoré mon défi du mois et fait mes circuits avec la kettlebell, malgré la congestion alors bien établie de tout mon appareil respiratoire. À la fin de la routine, la gorge me brûlait et j’avais du mal à avaler. Il était évident que cela ne tournerait pas très bien.

J’ai passé mardi et mercredi à survivre au travers de mes obligations professionnelles et familiales, les jambes lourdes, la gorge douloureuse, le cerveau au ralenti, les yeux petits et vitreux. Je me suis laissée assommer par des heures de transport en commun, des conférences à n’en plus finir et plusieurs heures de lecture. Ce matin, stressée de voir ma semaine de travail aussi peu avancée, j’ai voulu mettre les bouchées doubles, en forçant mes yeux à lire encore et ma tête à composer des machins intelligibles.

Je ne surprendrai personne en disant que ma manœuvre d’aujourd’hui était inutile, puisque je manquais de concentration et que j’étais fatiguée – la progéniture est aussi malade et dans ces circonstances, les nuits sont interrompues et dramatiquement courtes. À midi, la gardienne m’a demandé de venir chercher mon fils, qui faisait de la fièvre, annonçant du coup la fin de ma journée de travail. Rien de grave, un simple besoin de repos. C’est en le mettant au lit que la sagesse m’est tombée dessus : la sieste, c’est aussi ce qu’il me fallait.

Ce qui est un peu étrange, dans ce récit, c’est que le plus important n’y figure pas. Dans toute cette banale histoire, ce qui m’a le plus dérangé, ce qui m’a le plus affecté est de n’avoir pu faire les entraînements prévus dans mon programme. Au moment où j’écris ces mots (jeudi soir, 20h), je n’ai couru que 5 Km et j’ai sauté quatre entraînements. Le sentiment d’échec est total, la déception est gargantuesque, sans compter le dossier « grosse patate » et son cousin, « pâte molle ».

Mardi et mercredi soirs, j’ai pensé aux manières de réorganiser mon horaire pour faire entrer les 9 entraînements de la semaine en moins de 7 jours, mais ce soir, il faut me rendre à l’évidence : je devrai faire des deuils. Ce qui me frappe, c’est à quel point un détail aussi minuscule et anodin peut monopoliser mon esprit, à quel point ce qui est accessoire se présente à moi comme un écueil. Pour certains, il est peut-être facile d’ajuster un plan et de reprendre l’entraînement le temps venu, que ce soit après un indésirable rhume ou une blessure de course plus importante. Pour moi, c’est toute une histoire.

Le Petit Robert définit la flexibilité comme l’« aptitude à changer facilement pour pouvoir s’adapter aux circonstances ». D’un point de vue pratique, je possède une excellente flexibilité et j’en fais même bon usage dans la vie de tous les jours; d’un point de vue psychologique, si je puis dire, les choses se gâtent. Si rien n’y paraît et que je semble maintenir le cap, en mon for intérieur, je peux rationaliser tant qu’il faut, le sentiment d’échec demeure.

Je ne suis pas certaine de pouvoir expliquer exactement pourquoi ce sentiment a autant de puissance. Je sais cependant que je ne suis pas la seule à le ressentir, puisque d’autres coureurs ignorent leurs malaises, culpabilisent durant les jours de repos et cela, même s’ils sont au programme, se surmènent par divers moyens, rapportent un moral au plancher lorsque les choses ne vont pas comme ils les avaient prévues. Inutile de se lancer dans la psychologie à deux sous ou d’entrer dans un dédale d’hypothèses psychanalytiques pour trouver des explications; comme c’est souvent le cas avec les choses de la vie, les solutions doivent ici nous occuper.

La première piste de solution est évidemment celle de se raisonner. On doit se rappeler que le repos et la convalescence font partie intégrante de la santé en général et de l’entraînement en particulier. Un corps malade ou blessé ne peut performer, peu importe la volonté qui l’anime

Pour se défaire du sentiment d’échec, on peut essayer de miser sur les bons coups. Dans mon cas, cela peut signifier d’aller consulter mon journal d’entraînement, pour lire à propos des entraînements accomplis, pour m’enorgueillir de mon kilométrage total depuis le début de l’année ou pour me rappeler de belles séances de yoga.

Dans la même veine, on peut essayer de relativiser l’échec en l’inscrivant dans un contexte plus large. Pour reprendre mon exemple, je peux me rappeler qu’il s’agit de mes premiers entraînements mis à l’écart depuis 8 semaines et qu’au milieu d’un programme de 22 semaines (plus de 154 séances d’exercice), une course et deux jours de musculation ne feront pas la différence.

Une bonne manière de briser la spirale de déception est d’en parler. Les autres sont toujours efficaces à la tâche de faire comprendre des évidences qu’on se refuse à voir, et une idée (noire) qui quitte l’esprit pour se transformer en mots apparaît souvent moins vraie ou plus petite. Mon exemple : vous êtes en train de le lire.

Finalement, il faut cesser de rabâcher ce qui est passé et porter l’attention sur ce qui vient. En mobilisant nos énergies vers l’avenir, on est à bien d’adopter une attitude plus positive, puisque rien n’y est encore joué, alors que du passé, on ne peut rien changer. Encore moi : demain, je sortirai courir et je décide dès maintenant que ce sera le cœur léger. Je n’aurai peut-être pas oublié les séances d’entraînement non complétées, mais j’en ferai le deuil, en pensant au plaisir que j’aurai de courir le demi marathon d’Ottawa en mai prochain, parmi les tulipes et avec une amie, en me rappelant toute les séances que j’ai, en fait, complétées.

On pourrait appeler cela les exercices d’étirement de ma flexibilité psychologique. En connaissez-vous d’autres?

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17 réflexions sur “De la flexibilité ou Cette tranche de vie qui est aussi la vôtre

  1. Allo ! On doit être un peu (pas mal !) différents, je m’explique… Il y a deux semaines, sur 9 collègues de travail, il y a eu une journée où il en manquait 4 ! Il y avait quelque chose qui courait, mais c’était de toute évidence un virus, une sorte de méchant rhume ! J’avais de petits signaux que je serais peut-être un des suivants. J’ai pris une semaine de repos, toute une ! Conséquences ? Je n’ai pas attrapé le truc (ou je l’ai combattu efficacement grâce au repos ?). J’ai ensuite repris l’entraînement, j’avais peut-être perdu 5-10 % de mes capacités, mais après quelques sorties, elles sont totalement revenues. La prochaine compétition étant dans 2 mois, j’estime que tout cela aura été sans conséquences. J’ai estimé que je me garderais en meilleure situation si je m’arrêtais à temps, plutôt que de m’entêter, et ça a marché je pense. Mon conseil à 2 sous ? Avec 11 semaines encore à faire, tu n’auras aucune « séquelle » de cette semaine « manquée ». Relaxe, reprends les choses à la vitesse permise par ton corps, en un rien de temps tout sera repris ! 🙂

    • Cela me semble en effet la meilleure manière de faire et de penser les choses. En mettant les choses en perspective, il est évident que cette semaine n’aura pas de véritable impact sur l’ensemble de l’entraînement, surtout à mon niveau! Mais quand je suis en plein dedans, je dois mener la guerre psychologique et m’en convaincre. J’aime bien l’idée de prévenir les coups plutôt que de les subir, merci!

  2. Beau billet! Je comprends absolument comment tu te sens… il y a des fois où je crois que nous sommes aussi un peu déçue que ce qu’on laisse tomber c’est une des seule chose que l’on fait uniquement pour soi… tu as continué le boulot, ton rôle de maman (évidemment!), etc. mais la course non car « something had to give ».

    Mais peu importe les raisons il est vrai que la déception n’aide en rien. Merci pour les pistes de solution. Bien noté!

    • C’est en effet dommaque que ce soit la course qui doive toujours être évacuée en premier. Cette semaine, c’était impossible de faire autrement, parce que j’étais mal en point. En fait, j’aurais du prendre quelques jours de congé dans tous les domaines, ce qui aurait manifesté un véritable respect pour ma personne et mon corps. Mais là, j’en demande beaucoup.

  3. Tu as une merveilleuse plûme.
    Évidemment je te comprend très bien.
    Logiquement on sait très bien qu’il n’y aura aucune incidence sur nos « performances »! Mais vivre cette échec au moment présent est difficile, comme tu dis c’est un peu comme un deuil…
    Par chance nous restons rationnel et sommes capable de se raisonner.
    Merci pour les trucs.
    Bonne entraînement! 🙂

  4. je me sens presque directement visé par ce billet 😉
    Perso j’y vois plus de l’anxiété qu’un deuil. Le stress de perdre le très chèrement acquis en l’occurence. Savoir à quel point on a dû travailler fort pour en arriver là et devoir s’arrêter sans savoir ce que l’on va perdre et comment on le reprendra… Avoir peur d’avoir a recommencé du début, d’avoir tout perdu en une semaine ceque l’on agagnéen 6mois… Très anxiogène d’où le sentiment de culpabilité. J’imagineque plus on a de l’expérience plus cette anxiété diminue. Quoique honnêtement, de mon côté, plusj’ai d’expérience plus je stresse.

    Bon repos et retour à la santé

    • C’est vrai qu’il y a un gros sentiment de perte là-dedans. Je pense que le sentiment d’échec est plus fort chez moi, mais la peur de perdre y est évidemment. L’idée de recommencer au début est angoissante. Il se peut aussi que puisque c’est un des dossiers les plus près de notre intimité, c’est là que tout se décharge. Mais j’ai dit que je ferais pas de psycho-pop. La culpabilité, c’est avoir le sentiment d’avoir commis ou de commettre une faute. Ça fait réfléchir à notre définition de la faute et à la sévérité avec laquelle on se juge soi-même.

  5. En effet, je crois qu’on passe presque tous un peu par là…c’est encore pire quand c’est une blessure qui nous retarde! Ces jours-ci, je recommence tranquillement à courir un peu plus et avec un marathon prévu à la fin mai…disons que je me croise les doigts. Merci!

    • J’imagine que les blessures sont encore plus difficiles à surmonter, parce que la déception et le stress ont la mainmise sur une plus longue période de temps. Bonne chance pour l’entraînement!

  6. Très beau billet Sonia, comme toujours.!!
    Jusqu’à l’âge de 37 ans, j’étais une wonder-woman. Une super-maman de 2 enfants, une super-psycho-éducatrice au top de son savoir; j’avais le sentiment que je maîtrisais tout!!!! Et le piège, c’est que je réussissais vraiment dans tout!!! Mais un jour, la vie s’est chargée de me donner une de ces volées, un vrai coup de poing dans la gueule!!!! Vlan!!! Je ne contrôlais tout à coup plus rien du tout, je passe les détails mais j’en ai bavé psychologiquement. Vraiment bavé!!! Alors tu parles de flexibilté psychologique, crois moi, il faut la développer autant que la musculaire. On est humains, c’est sûr qu’on a tendance à vouloir réussir, mais il faut vraiment apprendre à relaxer nos exigences personnelles (envers soi-même) parce qu’on ne sait jamais à quel moment une  »blessure » peut survenir. Moins on est  »souple », plus grave sera possiblement la blessure, et plus longue la guérison. Si tu t’y entraînes, tu verras que petit à petit, tout te semblera plus facile.

    • Tu soulignes une chose importante, qui est le sentiment de perdre le contrôle. Le contrôle et la maîtrise sont des sentiments sécurisants mais justement peu flexibles. Ils sont peut-être aussi un peu illusoires. Trouver l’équilibre dans les situations déstabilisantes est un sacré défi. Chose certaine, je suis bonne élève : je prend ton enseignement tel quel et j’essayerai de l’appliquer autant que possible. La métaphore de la flexibilité psychologique pourrait être assez juste, finalement.

  7. C’est vraiment un sujet intéressent et qui me parle beaucoup depuis deux ans en fait. Je lis ton texte et les commentaires et je me revois avant ma grossesse en 2008, en train de rocker tout ce que j’entreprends, en train de vivre à fond, très peu besoin de repos. Tout va super bien.

    Puis, enceinte, une leçon de vie. Une leçon de lâcher prise que j’apprends encore à maîtriser aujourd’hui. Et ce n’est pas toujours facile!!

    Les difficultés que j’ai eu avec ma grossesse m’ont obligé à être arrêté complètement pendant environ 15 semaines avant l’accouchement. Ce fut difficile à vivre pour une fille comme moi. Moi qui aurait aimé courir jusqu’au dernier jour de ma grossesse. Depuis, j’essaie vraiment juste de vivre au jour le jour. J’ai des plans d’entraînements, certes, des frustrations ici et là d’avoir manqué un entraînement pour telle ou telle raison, mais je passe rapidement à autre chose car me nourrir de la culpabilité du:  »j’aurais pu faire si ou ça », plus jamais dans ma vie. C’est trop lourd.

    Et tu as raisons d’en parler. Ça fait du bien. Bien aussi pour nous, les lecteurs. Merci pour ce partage 🙂

    • J’imagine que de devoir arrêter d’un coup n’a pas été facile, surtout pendant une grossesse, où on est plus fragile émotionnellement. Un jour à la fois, c’est peut-être la meilleure manière de prendre la vie. D’une part, un jour contient toute une vie et a la plus haute importance; d’autre part, un jour est si petit en regard de toute la vie et se fond dans un grand ensemble. C’est le plus petit morceau et le plus grand en même temps.

      Tu es pour moi un grand modèle de flexibilité, Sylvie.

  8. Sonia, il faut que tu banisses le mot  » échec » de ton vocabulaire car tu n’en comprends pas la signification. Ne pas confondre avec  »déception » ou  »attente trop élevée  ». Comme je t’ai dit plusieurs fois, c’est déjà fantastique ce que tu fais. Laisse-toi un petite marge de manoeuvre pour les imprévus et les imperfections de la vie!!!
    xoxoxo Mom

    • C’est plutôt « sentiment d’échec », qui n’a rien à voir avec la réalité des choses. Mais tu as raison, et c’est pourquoi je travaille cette flexibilité!

  9. Pingback: Siesta, baby | En forme de femme

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