10 jours seulement me séparent du demi-marathon d’Ottawa. J’ai traversé plus de 20 semaines d’entraînement pour m’y préparer et maintenant que le grand jour approche, je dois lutter pour me convaincre que j’arriverai à atteindre mes objectifs. Rassurez-vous: je réussis plutôt bien. Je sais que durant la période d’affûtage, il est normal de sentir qu’on a perdu la forme, de douter de nos capacités et aussi de vivre des émotions inhabituelles.
L’affûtage (taper, en anglais) est une période d’entraînement qui précède immédiatement la compétition et dont la durée peut varier d’une à trois semaines selon la distance de la compétition. Elle consiste tout simplement en une augmentation du repos, qui se traduit la plupart du temps par une réduction du kilométrage hebdomadaire et par l’abandon des séances de musculation. L’objectif: reprendre des forces. Le principe est sensé et les études sont nombreuses à vanter les mérites d’une bonne période d’affûtage. Dans les faits, par contre, les choses ne se passent pas aussi facilement.
Certaines personnes se sentent déprimées, d’autres font des crises de panique. Des douleurs inusités apparaissent, le pèse-personne devient un ennemi, les pieds semblent avoir été remplacés par des blocs de béton ou au contraire des fourmis surexcitées prennent le contrôle des jambes. C’est normal. Dans un article intitulé « Taper Traps », Dave Kuehls appelle ces symptôme les taper tantrums.
"Runners develop not only a physical but also a psychological dependency on running," says Troy Smurawa, M.D., a 2:46 marathoner and physician at Akron Children’s Hospital Sports Medicine Center. "So when runners take time off, they go through withdrawal." Hence, the weird constellation of mental and physical symptoms that crop up during the taper.
Qu’on se le dise: les symptômes sont difficiles à éviter. Les connaître et les accepter comme une partie intégrante de l’entraînement permet toutefois de mieux les gérer. L’article de Kuehls cité plus haut fournit plusieurs solutions pour affronter ces indésirables troubles de dernière minute. Bob Cooper propose quant à lui une méthode détaillée qui tient compte des aspects physiques comme des aspects psychologiques. Son article « It’s Taper Time » est destiné aux marathoniens, mais peut très bien servir les coureurs de toutes les distances, à condition qu’ils adaptent les conseils à leur épreuve. Sa méthode de préparation mentale m’a fait réfléchir. Elle propose entre autres de visualiser les situations problématiques potentielles afin de leurs trouver des solutions à l’avance. Pas bête.
Devant tant de sagesse et de science, je m’incline. Je me sens, certes, comme un gros légume racine sur le canapé. Au beau milieu de ma course, cet après-midi, je me suis mise à douter de ma capacité à tenir l’allure que j’ai pourtant préparée à la sueur de mon front. L’arche de mon pied droit existe tout à coup et je suis terrorisée à l’idée d’être blessée. Mais j’embrasse tous ces sentiments bizarres en me rappelant qu’ils font partie du processus et qu’ils ne peuvent, en 10 jours, renverser 20 semaines d’entraînement. J’ai confiance en cet entraînement, après tout, et peu importe l’issue du demi-marathon le 29 mai prochain, l’entraînement aura été, en lui-même, une véritable réussite.




