En forme de femme


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Projets de printemps, rêves d’automne

La tempête de neige d’aujourd’hui m’a donné envie de dire quelques mots sur le printemps. Ou plutôt sur ce que j’en ferai. Depuis plusieurs semaines, je suis inscrite au 5K de la Banque Scotia (29 avril) et au 10K d’Ottawa (26 mai). Pas de demi-marathon à l’horizon des bourgeons : j’ai décidé cette année de ne pas programmer une course de longue distance en début de saison.

L’an dernier, j’ai été passablement refroidie par mon expérience au demi-marathon d’Ottawa. Aux prises avec des allergies saisonnières sévères, j’ai enduré les 21,1 Km du parcours plus que je ne les ai courus. Ma confiance en a pris un coup et je n’ai retiré de cette compétition – à laquelle je me suis rendue seule, à regret – qu’une médaille et un souvenir peu reluisant. Ce genre de compétition fait partie de la vie d’un coureur, mais rien ne m’oblige à faire exprès pour les multiplier. Si je devais affronter un épisode d’allergies aussi éprouvant ce printemps, je n’aurais que la moitié de la distance à supporter…

Ma décision a pris un tour plus positif à l’automne, lorsque j’ai couru le 10K du Parc national d’Oka. J’ai eu le sentiment de maîtriser cette distance mieux que le demi-marathon – ce qu’explique mon kilométrage hebdomadaire, encore bien modeste – et cela m’a donné envie d’organiser ma saison 2012 selon un principe de gradation des distances : 5 Km d’abord, 10 Km ensuite, demi-marathon finalement. Une gradation à laquelle s’est greffée, suivant ce train de pensée, la possibilité d’un marathon. Inutile de me faire remarquer que dans ce contexte, j’ai encore moins de chances de maîtriser le marathon que son demi. J’y ai pensé et cela ne m’a pas découragée.

Je rêve d’un deuxième marathon plus qu’il ne le faudrait probablement. Le premier remonte à 2007, il y a 5 ans déjà. Le rêve fait équipe avec les raisons pratiques : le projet d’un deuxième enfant s’organise pour le début de 2013 et les mois d’horaires de travail flexibles sont comptés. Dans cet esprit, mais aussi sur un coup de tête, je dois l’avouer, je me suis inscrite à la loterie du marathon de New York. (Pour les non-initiés, le marathon de New York est un événement qui suscite un tel engouement qu’un tirage au sort est organisé chaque année pour choisir une partie des participants.) Croisons les doigts, donc.

Sinon, ce ne sont pas les marathons d’automne qui manquent pour satisfaire mes fantasmes d’arrière-saison.

Et vous? Je suis curieuse de savoir comment vous organisez votre entraînement cette année, mais surtout de quoi vous rêvez.


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Plan B(aignade)

Enfant, j’ai résisté aux tentatives obstinées de ma mère pour me faire suivre des cours de natation. Ses arguments étaient convaincants, mais j’étais butée. Le crawl et le « swim team », c’était son affaire. En ce qui me concernait, l’idée d’aller et de retourner dans un bassin entre des murs flottants décolorés me paraissait inutile et ennuyeuse. Je n’ai pas fait mes couleurs, si bien que du point de vue de la technique sportive, je n’ai jamais appris à nager.

Je sais quand même comment ne pas me noyer. C’est au moins cela.

J’ai vécu toute mon enfance près d’une rivière. Terrorisée par la perspective d’une noyade accidentelle, ma mère a tôt fait de m’apprendre à me tenir à la surface plus qu’au fond. Je n’avais pas peur de l’eau et, malgré mon refus de porter le bonnet et de m’essouffler de longueurs en longueurs, j’adorais me baigner. À la maison, nous avions une grande piscine ovale, hors-terre mais enfouie à moitié, qui révélait deux pieds de ses parois métalliques au paysage de notre jardin de banlieue. Avec mes amies du voisinage, je composais des chorégraphies – mouvements dansés, culbutes et chandelles synchronisées – que nous exécutions au rythme des hits de l’été.

Durant mes années de collège, j’ai nagé des longueurs de brasse la tête hors de l’eau, dans une piscine des environs où une copine surveillait les baigneurs comme emploi d’été. J’étais sous l’influence de quelques amis nageurs, qui m’avaient donné le goût de m’y mettre à coups d’enlevantes compétitions, livrées devant mes yeux admiratifs. Puis, plus rien.

En 2008, alors que je me mouillais dans l’eau trouble d’un lac du Massachusetts, mon mari m’a demandé si j’avais envie de traverser le lac à la nage avec lui. J’étais désolée de lui dire que je redoutais de n’avoir l’endurance nécessaire pour franchir cette distance. Un peu comme je trouvai dommage, au bord de la mer ligurienne, de ne pas avoir suffisamment confiance en ma force de propulsion pour m’aventurer à plus de quelques dizaines de mètres de la plage. C’était il y a presque deux ans.

J’avais peur plus que je ne voulais le croire et ce handicap me gênait plus que je ne l’aurais pensé. Sans force ni endurance, dans l’eau, il faut toucher au fond ou se tenir au bord. Ma mère avait raison : j’aurais dû faire mes couleurs.

Le problème semble vouloir se régler comme la conséquence heureuse d’un autre problème. Mon genou gauche a montré des signes de fatigue à la fin du mois de janvier et pour éviter le développement d’une blessure durant la basse saison, j’ai décidé de jouer la carte de la prudence et de prendre du repos. L’idée de perdre mes acquis n’étant tout simplement pas une option, je me suis procuré un maillot une pièce – le premier depuis 11 ans –, un bonnet et des lunettes.

J’ai pensé que je trouverais le moyen de me débrouiller une fois dans l’eau et je n’avais pas tort. J’ai été étonnée de me sentir à l’aise avec les mouvements, assez peu efficaces mais pas tout à fait maladroits, et avec la respiration, beaucoup moins difficile que mes souvenirs me laisaient anticiper. Contrairement à la course, que j’ai commencée à partir de rien, et même de moins que rien, j’apprends à nager avec une certaine facilité. Je comprends maintenant l’intérêt d’aller et de retourner au-dessus de la ligne noire, et même que j’en ressens de plus en plus l’attrait, parce que de ces séances de natation, je tire quelque chose de nouveau. De nouveau et de bon. Mais j’y reviendrai une autre fois.

Le plan B, parfois, est celui qu’on ne regrette pas.


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Lecture: Le goût de courir d’Antoine de Gaudemar

Je referme à l’instant un petit livre que j’ai dévoré comme un assortiment de chocolats surfins : Le goût de courir (2011, Mercure de France). Il s’agit d’une anthologie préparée par le journaliste et cinéaste Antoine de Gaudemar, qui rassemble des textes sur la course et ses héros depuis Hérodote jusqu’à Joyce Carol Oates, en passant par Jean-Jacques Rousseau et Lewis Carroll.

On apprend, notamment, que le célébrissime premier marathonien, Philippidès, aurait en fait été un ultra-marathonien, puisqu’il aurait parcouru 250 kilomètres en 36 heures. Et il n’en serait pas mort. On apprend aussi qu’au stade d’Olympie, qui faisait 192 mètres très exactement, les athlètes grecs couraient entièrement nus.

Dans ce petit bijou d’anthologie, quelques textes font sourire, comme la scène du Émile ou de l’éducation de Rousseau, dont voici un extrait :

Les femmes ne sont pas faites pour courir; quand elles fuient, c’est pour être atteintes. La course n’est pas la seule chose qu’elles font maladroitement, mais c’est la seule qu’elles fassent de mauvaise grâce : leurs coudes en arrière et collés contre leur corps leur donnent une attitude risible, et les hauts talons sur lesquels elles sont juchées les font paraître autant de sauterelles qui voudraient courir sans sauter. (p. 30)

D’autres font sourciller, comme celui de Jean Baudrillard :

« I did it! » soupire le marathonien épuisé en s’écroulant sur la pelouse de Central Park.

I DID IT!

Le slogan d’une nouvelle forme d’activité publicitaire, de performance autistique, forme pure et vide et défi à soi-même, qui a remplacé l’extase prométhéenne de la compétition, de l’effort et de la réussite. […]

Le marathon est une forme de suicide démonstratif, de suicide publicitaire : c’est courir pour montrer qu’on est capable d’aller au bout de soi-même, pour faire la preuve… la preuve de quoi? Qu’on est capable d’arriver. (p. 107)

La « course à la Comitarde », dans Alice au pays des merveilles, nous rappelle la nature profondément ludique de la course, et les très spirituelles Notes et maximes sur le sport de Jean Giraudoux sont tout simplement délicieuses :

La piste est l’image de l’infini, sur lequel chaque coureur découpe sa distance favorite. […]

J’aime couper de sprints ma marche vers la mort. […]

Ce n’est pas les uns après les autres que courent les coureurs à pied. La preuve, c’est que jamais il ne leur vient l’idée de toucher ceux qu’ils rattrapent. (p. 99)

Antoine de Gaudemar a divisé son anthologie en trois parties : la première fait état de la course à travers les âges, la deuxième raconte la vie de ses héros, la troisième s’intéresse à la course comme métaphore. S’y côtoient les points de vue des spectateurs et des sportifs, des sprinteurs et des marathoniens, des amoureux et des détracteurs. Je ne saurais reprocher à ce bouquet de textes que d’être trop court; j’en aurais pris plus et pour plus longtemps. Certains titres sont déjà dans ma bibliothèque, d’autres s’y ajouteront bientôt sans aucun doute. Je vous le recommande chaleureusement si vous avez… le goût de courir.

Le goût de courir, textes choisis et présentés par Antoine de Gaudemar, Paris, Mercure de France, coll. « Le petit Mercure », 2011, 134p.


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Des fleurs au suivant

Depuis quelques semaines circulent les Liebster Blog Awards un peu partout dans la blogosphère. Les blogueurs qui reçoivent le prix sont invités à en attribuer cinq à leur tour, pour passer au suivant et multiplier l’amour à la vitesse grand V. C’est le bon vieux principe de la chaîne de lettre, mais sans la menace d’années malheureuses qui pèse sur celui ou celle qui n’aurait pas l’intention d’enchaîner – doux souvenirs, doux souvenirs. À ce jeu, les lecteurs sont les véritables gagnants, puisqu’ils découvrent des nouveaux blogueurs via ceux qu’ils lisent et apprécient déjà.

Une femme en santé m’a remis ce prix cette semaine, et je l’en remercie encore une fois. Je me prête à l’exercice à mon tour, puisqu’il s’agit d’une belle occasion de lancer des fleurs sans pot dans l’univers. S’ils le souhaitent, les cinq blogueurs que j’ai choisis pourront faire de même.

Je ne peux faire autrement que de commencer par Emilie, qui écrit depuis plusieurs années déjà I Came to Run. J’ai rencontré Emilie durant l’été 2007, où nous vivions et courrions ensemble sous le ciel de la Provence. Le premier Runner’s World que j’ai lu était le sien. C’est elle qui a planté la graine du marathon dans mon esprit, c’est elle qui a trouvé mon premier plan d’entraînement en vue de ma première course sur route (le marathon de Philadelphie), et c’est avec elle que j’ai couru ladite course – enfin presque, puisqu’elle a fini bien avant moi. Le blogue d’Emilie n’est pas quelconque. Elle aborde différents sujets qui touchent la santé et l’image de soi d’un point de vue à la fois universel et très pointu. Que ce soit pour critiquer la représentation du corps dans les médias, pour faire le point sur sa pratique sportive ou pour raconter les hauts et des bas qu’implique le rétablissement d’un trouble alimentaire, son propos est lucide et d’une renversante authenticité.

C’est avec grand plaisir que je lis depuis plus d’un an le blogue de Patricia, Mieux vaut courir Les billets de Patricia suivent les mouvements d’une pensée qui se fait, erratique et parfois composite, et rendent merveilleusement l’essence même de la course de fond, qui est une pratique terre-à-terre et méditative. J’admire tout particulièrement l’impétuosité qui se dégage de ses réflexions. Pour la femme prudente (à l’excès) que je suis, elle est une grande source d’inspiration.

Le blogue de Luc, Training for Boston, est un autre de mes préférés. Voilà un coureur-blogueur qui a devant lui un objectif clair (la qualification pour le marathon de Boston) et qui nous tient au courant. Ses billets regorgent de chiffres et de détails techniques qui sont toujours présentés de manière passionnante, et souvent ils sont aussi plein d’humour et de photographies. Luc est un sportif dont l’enthousiasme contagieux est hautement recommandable.

Si vous ne connaissez pas le blogue de Phine, Les Feux mollets, surtout, ne le visitez jamais. Mais non, c’est une blague. Parlant de blagues, Phine en fait d’excellentes, elle. Son esprit est vif et sa plume a du génie, mais ses propos ne sont pas toujours pertinents. C’est ce qui fait d’ailleurs son charme.

Mon cinquième blogue chouchou est celui de François, Courir pour exister, et ce n’est pas seulement pour son titre particulièrement poétique. François est un coureur d’expérience. Il a couru son premier marathon l’année de ma naissance, c’est tout dire. Les premiers billets du blogue racontent, une année à la fois, 32 ans de course et 74 marathons, mais depuis l’automne dernier, François décrit « en temps réel » sa préparation méthodique pour les événements auxquels il participe. Il relate aussi les exploits de ses amis coureurs, qui sont aussi expérimentés et inspirants que lui, et qui me font rêver de pouvoir dire un jour que je cours depuis 30 ans.

Je m’en veux déjà de m’arrêter ici, mais j’aurai certainement l’occasion de parler des autres blogueurs que je lis avec grand plaisir chaque fois qu’ils pondent un billet. Nul besoin de prix pour cela.

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