En forme de femme


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2012, version réaliste (et version idéale)

Tout le monde ne parle que de bilans et de résolutions depuis quelques jours. On ne saurait trop s’en étonner : le nouvel an est un passage symbolique qui nous incite à prendre du recul sur les événements passés et à imaginer toutes sortes de redressements pour l’avenir. Certains refusent de prendre des résolutions sous prétexte qu’ils ne les tiennent jamais, mais je continue de penser qu’elles m’aident à tirer de moi-même quelques bons coups chaque année, ne serait-ce qu’en me faisant espérer l’amélioration de quelques aspects de ma vie et la réalisation de projets excitants.

Je n’ai pas atteint tous mes objectifs de l’année 2011, mais je suis tout de même grandement satisfaite de ce qui a été accompli, surtout à l’entraînement.

1355 Km de course, soit une moyenne de 30 Km/semaine, et 68 heures de yoga, soit une moyenne de 1h30 par semaine. Je n’ai pas compilé les heures de musculation, mais j’y ai aussi consacré un temps respectable. Ma progression a été constante et je n’ai subi aucune blessure. Au-delà des chiffres, c’est déjà une belle réalisation.

Pour établir mes nouveaux objectifs, j’ai dû garder en tête un fait essentiel : 2012 est l’année durant laquelle j’espère finir d’écrire ma thèse. Il s’agit de la priorité. Je souhaite miser avant tout sur la constance, pour la rédaction et pour l’entraînement, et c’est autour de ce critère que j’ai pensé mes objectifs. Mon calendrier de compétitions n’est pas encore fixé, mais cela n’a guère d’importance à ce point-ci de l’année. Jusqu’à la fin du mois de mars, j’ai l’intention de travailler l’endurance fondamentale; pour les mois subséquents, les idées ne manquent pas. Aucun objectif de performance chrono ne m’appelle particulièrement, même si mon petit doigt me dit qu’en continuant de mettre un pied devant l’autre, je ne risque pas de régresser.

Mes objectifs pour cette année visent à améliorer ma forme en général. J’aimerais augmenter raisonnablement mon volume d’entraînement et porter une attention toute particulière à mon alimentation. Mon intérêt grandissant pour la nutrition m’exhorte à travailler l’application des principes, mais je sais que les changements se font un à la fois et petit à petit. Je suis patiente.

Concrètement, voici comment se traduisent mes objectifs :

  • Cumuler une moyenne de 40 Km de course par semaine;
  • Pratiquer le yoga 2 heures par semaine;
  • Fixer un objectif nutritionnel tous les mois.

Ces objectifs sont spécifiques, réalistes et peu contraignants. Ils répondent à un impératif de concentration (en opposition à la dispersion ou à la distraction) que réclame ma tâche de rédaction. Je compte courir pour méditer et me dépenser, pratiquer le yoga pour délier mon corps et mon esprit, et améliorer mes habitudes alimentaires pour donner à mon corps le carburant et le respect qu’il mérite. Tout cela, je l’espère, m’aidera à travailler et à en finir une fois pour toutes avec mes études universitaires.

Et peut-être que – je dis bien peut-être -, si tout va bien et que les astres sont parfaitement alignés à la fin de l’automne, je tenterai de courir mon deuxième marathon. (J’ai conscience de contredire en partie de ce que je me suis appliquée à écrire plus haut, mais voilà, je rêve d’un marathon comme d’autres rêvent de nouvelles bottes en cuir ou d’un voyage à la mer. Advienne que pourra, dirait ma mère. Je prendrai les mois, les kilomètres et les namaste un à la fois. )

Bonne année! Bonne santé!


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Fêtes, famille et féérie

Le temps des Fêtes nous donne chaque année l’occasion de nous réunir en famille pour jouir des plaisirs de l’abondance. C’est le temps des excès et des traditions, des bilans et des résolutions, et si vos fêtes de Noël ressemblent aux miennes, elles sont toujours sensiblement pareilles, à quelques détails près. Les petits grandissent, les plus vieux se découvrent des bobos, une cousine présente son copain, la tante untel essaie une nouvelle recette de bûche, mais en fin de compte, c’est toujours le même rituel des embrassades, des échanges de cadeau et des repas copieux. À la famille on greffe ou on ampute des membres, et c’est ainsi que joie et chagrin s’entremêlent pendant quelques jours (et pour les plus chanceux quelques semaines) de congé.

Durant les années que je passai à travailler dans des boutiques de centre d’achat, de 9h à 22h, pour des dizaines de jour avant Noël, et que j’endurai la période des soldes et celle, encore plus déprimante, des remboursements, les Fêtes ne parvinrent jamais à rimer avec congé et encore moins avec les plaisirs de l’abondance. Je ne vis à cette époque que la face marchande de Noël, avec son stress et sa part d’absurdité. Depuis que je n’ai plus rien à voir avec les boutiques, mon regard a complètement changé. J’apprécie pleinement le plein-air (hé hé) et je profite enfin du bon temps en famille. Avec notre petit qui aura bientôt trois ans, l’allégresse n’en est que décuplée; elle est même plus simple et naïve que jamais. Et c’est très bien ainsi.

J’avais l’intention de profiter des Fêtes pour faire le point sur 2011 et planifier l’année qui vient. J’ai plusieurs projets en tête et certains d’entre eux entrent en conflit; je devrai donc déterminer mes priorités et établir un plan d’action. La tâche est ardue, d’autant que j’ai le sentiment d’avoir réussi à « décrocher » complètement cette année. Lorsqu’on est en vacances, nos occupations régulières paraissent soudainement insignifiantes… À mi-chemin de ma pause annuelle d’entraînement, je suis loin de ronger mon frein comme je le craignais; je me surprends même à apprécier le relâchement de mes activités et l’absence de structure des jours. Sommes-nous mardi ou mercredi, déjà?

Je ne m’ennuie pas. En plus de butiner les réunions familiales et les buffets bien garnis, mon mari et moi avons passé un après-midi au Spa, quelques soirées à rassembler les 1000 morceaux d’un casse-tête, quelques autres à regarder avec fascination tous les DVD du grand documentaire Planète Terre et d’autres encore à nous tordre de rire, un verre à la main, devant It’s Always Sunny in Philadelphia. Avec le petit, nous sortons tous les jours prendre l’air, deux fois plutôt qu’une la plupart du temps. Marche en sentiers, bataille de balles de neige, course de traîneau dans les rues, bonhomme de neige, nous épuisons le répertoire des activités hivernales avec le plus grand bonheur.

Notre meilleur coup jusqu’ici a certainement été notre promenade de la veillée de Noël. La température est descendue autour de 20 degrés sous zéro ce jour-là, et à peine avions-nous fini de souper qu’il faisait déjà très noir. Les rues étaient désertes. Tout le monde était au chaud dans les maisons. Nous avons mis le petit dans le Babyjogger, bien emmitouflé dans son habit de neige et tous ses accessoires. Nous avons mis nos combines et fait deux tours avec nos foulards. Nous avons eu tant de plaisir à discuter dans le grand froid sur les chemins vides mais éclairés par les jolies lumières multicolores que nous avons décidé d’en faire une tradition. Cela et le casse-tête aussi.

J’ai encore le temps de penser à tout ce que j’ai l’intention d’accomplir en 2012. En attendant, je profite des dernières journées que 2011 a encore à m’offrir.

Meilleurs vœux de santé à vous, chers lecteurs. Que la joie s’accroche à vos souliers pour toute l’année.


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Une simulation

L’idée de simuler une compétition de 10 Km m’est venue il y a 6 semaines, alors que je me demandais quoi faire de ce qu’il restait d’automne avant mon repos annuel.

Après de longs mois à me préparer pour le demi-marathon d’Ottawa et pour le demi-marathon de Montréal, j’ai été séduite par le programme court qui m’a mené au 5 Km du Parc La Fontaine et au 10 Km du Parc national d’Oka. C’est la compétition d’Oka qui m’a fait rêver : en franchissant les 10 Km en 60 minutes 14 secondes, je me suis mise à imaginer descendre sous la barre des 60 minutes. Il me semblait possible d’y croire puisque j’avais pris ce départ tranquillement et qu’à la fin, j’avais eu assez d’énergie pour sprinter, ce qui me laissait croire que j’avais encore du carburant en arrivant. J’ai épluché la fin du calendrier 2011 sur courir.org et j’ai dû me rendre à l’évidence : les compétitions se font rares en saison froide, à moins de pouvoir voyager. Il me faudrait attendre jusqu’au printemps pour tenter ma chance.

À moins que… j’organise une compétition « maison ».

Pour courir 10 Km sous les 6’00’’/Km, j’ai élaboré un programme de 6 semaines à partir d’un plan tiré de la revue Canadian Running. Mon intention était d’abord d’ajouter de l’intensité à mes entraînements. J’ai choisi de maintenir mon kilométrage hebdomadaire à environ 30 Km/semaine, pour intégrer sans risque deux séances d’entraînement fractionné (intervals). J’aime beaucoup la longue course du dimanche, mais je l’ai troquée facilement pour des séances de vitesse; lorsqu’on alterne des segments rapides et des segments de récupération, le temps passe en flèche. J’ai aussi décidé de mieux structurer la musculation, c’est-à-dire de la faire plus régulièrement. Même si j’adore faire de la musculation, il m’arrive souvent de la sacrifier si je dois choisir entre elle et une pratique de yoga. C’est comme ça. On ne peut pas toujours tout faire.

Six semaines plus tard, après avoir complété quasi religieusement mon programme, je me suis retrouvée (c’était hier) à douter. En ce sens, on peut dire que la simulation était réussie. Mercredi, j’ai couru avec 3 copines de DailyMile plus vite que je n’aurais dû et ces 6 Km de plaisir amical au Jardin Botanique m’ont parus bien difficiles à 6’30’’/Km. Courir 10 Km à moins de 6’00’’/Km me semblait tout à coup trop ambitieux. Et puis il y avait mon sommeil, difficile et court depuis deux mois, mon hydratation douteuse depuis des semaines, et aussi cette deuxième bière que je venais de m’enfiler, à 23h30, en cuisinant de la pâtisserie pour mes cadeaux de Noël. Ce n’était pas les dispositions idéales pour tenter de faire un record personnel sur une distance de 10 Km.

Quand j’y pense maintenant, je me demande si je ne m’inventais pas des excuses pour ne pas tenter le coup, ou si je ne programmais pas la défaite à l’avance – la psychologie humaine peut être bien étrange. Heureusement, le corps est parfois plus malin que la tête, et je me suis réveillée en forme dans ce qui s’annonçait déjà une magnifique journée ensoleillée. J’aurais pu plaider ceci ou cela pour me soustraire à ce projet, qui de toute façon m’appartenait entièrement et pour lequel je n’étais liée par aucun engagement, mais j’aurais eu du mal à me convaincre de l’honnêteté de ce désistement. Impossible de réussir sans essayer.

Je suis sortie avec mon attirail d’hiver, une gourde, un Gu et le iPod. Je me suis dit : « On verra comment ça va ». Après un kilomètre d’échauffement en direction de la piste cyclable, j’ai décidé d’essayer. Un clic sur ma montre GPS et c’était parti. J’ai choisi la piste cyclable parce que sa surface est parfaite et que son parcours est plat et sécuritaire; peu de voitures la traversent et très peu de cyclistes l’occupent. D’un bout à l’autre, elle fait exactement 3,5 Km. Pour m’en tenir à cette piste, il me faudrait donc faire des demi-tours.

Les 6 premiers kilomètres se sont enchaînés sans problème. La musique me divertissait et j’étais dans le vide habituel de mon esprit. J’ai franchi le premier kilomètre en 6’15’’, le second en 6’10’’, le troisième en 6’03’’ et puis j’ai trouvé mon rythme au quatrième kilomètre : 5’56’’. C’est celui que j’ai maintenu jusqu’à la fin, sauf qu’à partir du sixième kilomètre, il était de plus en plus difficile à tenir. Au terme de ce sixième kilomètre, toutes les variations du verbe « abandonner » se sont présentées à mon esprit avec une créativité effrayante. J’avais plus de la moitié derrière moi, mais j’avais aussi presque la moitié encore devant. Là, j’ai su que la bataille serait avant tout mentale et qu’il me faudrait garder le cap. Tenter un record personnel sans l’adrénaline de la compétition et l’euphorie d’un événement organisé, ça ne peut pas être donné tout cru dans le bec.

Outre la disqualification systématique des chansons qui ne contribuaient pas directement à ma performance, ma principale préoccupation, à partir de ce moment-là et jusqu’à la fin de cette course, a été l’économie d’énergie. Je ne pensais qu’à détendre mes épaules, mes mains et mon visage, et je m’assurais de la régularité de mon pas et de ma respiration. Dès que mon cerveau générait le début d’une idée, je la repoussais pour me concentrer sur le mouvement de mes jambes ou sur mon expiration. Je vérifiais périodiquement mon allure sur ma montre GPS pour m’assurer que je ne m’emballais pas (ce que je faisais à l’occasion, évidemment).

Le huitième kilomètre a été le plus difficile parce que mes jambes étaient fatiguées et que je devais déployer beaucoup d’énergie mentale afin de ne pas me laisser décourager par les kilomètres qu’il me restait à parcourir. Le neuvième a été celui de l’espoir (la fin était proche), tandis que le dixième a été celui de la souffrance. Je dis souffrance parce que si je n’avais pas eu un objectif en tête, j’aurais arrêté ou ralenti. J’étais épuisée et chaque pas était une offense au bon sens. Mais cette souffrance n’était pas idiote. Elle avait un sens et, étrangement, faisait du bien. J’ai poussé jusqu’au bout et je n’ai jamais abandonné, et c’est de cela dont je suis le plus fière.

Et aussi des 59 minutes 30 secondes qu’affichait ma montre lorsque j’ai atteint le dernier mètre de 10 000.

C’est ainsi que se termine ma saison 2011, c’est-à-dire merveilleusement. Je prends deux semaines de congé et elles sont bien méritées.


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3 choses que j’ai apprises en courant cette année

1. Le plaisir de courir en bonne compagnie

L’idée de parler en courant m’avait toujours paru farfelue : courir est déjà un défi pour l’asthmatique que je suis. Il ne s’agissait pourtant que de trouver mon allure et… des compagnons. J’ai été choyée. Plusieurs amis qui me sont chers se sont mis à la course et j’ai rencontré sur DailyMile des coureurs exceptionnels qui ont bien voulu partager quelques kilomètres avec moi. Certains sont venus m’accompagner sur mes parcours habituels, d’autres m’ont fait découvrir les leurs. J’ai eu la chance de participer à une compétition de 5 Km avec ma petite sœur, j’ai fait des dizaines de sorties avec mon amoureux et j’ai aussi chanté l’alphabet un nombre incalculable de fois en poussant mon petit prince dans le Babyjogger. J’ai toujours aimé l’aspect solitaire et méditatif de la course, mais je suis ravie de pouvoir enfin profiter de son pan social.

2. Courir comme un enfant

J’ai couru en ville pendant des années, sur les trottoirs et dans les parcs. Cette année, j’ai fait mon baptême de course dans les sentiers. Un véritable coup de cœur. Si la course est déjà le purgatif de tous mes maux, elle est particulièrement apaisante lorsque je longe le bord de l’eau ou que je me faufile entre des masses d’arbres. En même temps, la surface irrégulière et souvent semée d’obstacles met mon esprit sur le qui-vive comme jamais la route ne le fait. J’ai le sentiment de jouer dehors.

3. Viser juste

Je pense avoir un sens plus aiguisé de la manière avec laquelle je dois fixer mes objectifs, tant à l’échelle de la compétition qu’à celle de la saison. Après mon difficile demi-marathon à Ottawa, j’ai en effet voulu comprendre les raisons « profondes » qui me jettent plusieurs fois par semaine sur la route. J’ai conclu que l’ambition me réussit mal. En vérité, la course est peut-être le seul secteur de ma vie dans lequel je ne ressens pas une impulsion d’excellence; je considère qu’il s’agit d’une activité gratuite dont l’unique fonction est de me faire du bien. Me fixer des objectifs ambitieux et générer l’impératif de la performance est donc la pire direction que peut prendre ma pratique. Je suis une coureuse bienheureuse, tout simplement. Certains trouvent dans la course l’occasion de se dépasser; j’y ai plutôt découvert un moyen d’apprécier ma place au soleil.


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Mauvaises habitudes à vendre

Une chose qui m’a toujours fascinée à propos des habitudes, c’est à quel point les bonnes sont difficiles à installer et les mauvaises à déloger. Je sais que les bonnes de l’un sont les mauvaises de l’autre, et qu’en matière d’habitudes, nulle loi ne fait autorité, mais je ne crois pas connaître une personne qui se débarrasse facilement de ses faux plis pour en presser de nouveaux en criant ciseaux.

Lorsque je me lance un défi d’une durée déterminée, je maintiens une discipline de fer sans problème. Mais lorsqu’il s’agit d’introduire un élément étranger à ma routine pour une durée indéterminée, voire illimitée, les choses se compliquent. Des dizaines d’exemples me viennent à l’esprit où mes résolutions sincères n’ont pas réussi l’épreuve du temps.

Le défi Une planche par jour a réveillé ce problème qui me mystifie depuis longtemps. Le premier tiers du défi est derrière moi, et je suis déjà convaincue que je n’oserai pas sauter un jour d’ici le 31 décembre. Ces courtes séances quotidiennes (1 à 7 minutes) me font un grand bien; elles stabilisent mon centre et me donnent l’impression de faciliter tout le reste. Moi qui déteste rentrer d’une course pour me mettre au tapis, j’exécute mes planches sagement après avoir enlevé mes souliers comme si je faisais cela depuis toujours.

Si seulement cela pouvait durer…

Certains affirment qu’il faut 21 jours pour acquérir une nouvelle habitude. Tous les livres de psycho-pop sont placardés de cette idée farfelue, qui ne peut que décevoir ceux qui ont voulu y croire. Je pense plutôt que c’est précisément après trois semaines qu’il faut déployer nos ressources profondes pour ne pas fléchir sous le poids des vieilles manières.

L’ennui, avec les habitudes, c’est qu’elles se disputent un espace limité. Pour en introduire une nouvelle, il faut en renvoyer une autre : pour se lever plus tôt tous les matins, il faut aller au lit plus tôt tous les soirs, ce qui fait deux changements à administrer en même temps. Rien d’étonnant à ce que cela pose autant de difficulté. Mais avec de la détermination, de la patience et du temps, rien n’est impossible. C’est ce qu’on dit.

Je ne me fais aucune illusion sur le destin de mes planches quotidiennes, mais je vais essayer de trouver le moyen d’en glisser quelques unes dans mon horaire après avoir complété le défi. En attendant, je continue à méditer sur les bonnes et les mauvaises habitudes, sur celles que je rêve de faire miennes et sur celles que j’ai mises à vendre depuis belle lurette et qui continuent d’accumuler la poussière dans le grenier.


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De l’inutilité de se comparer aux autres

Au printemps dernier, j’ai soupé chez une camarade d’université – appelons-la Albertine – avec quelques membres de mon groupe de recherche. Ce soir-là, j’ai passé un moment agréable en merveilleuse compagnie, autour d’un fin repas et de bons vins, mais j’en ai encore un vif souvenir parce qu’il m’a libérée d’un train de pensée nuisible et malsain.

Albertine fait partie des femmes exceptionnelles de mon entourage. J’apprécie toujours sa conversation, j’admire son travail et j’estime qu’elle a un esprit brillant; elle est aussi une vraie beauté naturelle, toujours impeccablement mise et tout particulièrement stylée. Depuis que je la connais – et je la connais assez peu, puisque je ne la fréquente qu’à l’université –, elle est pour moi un modèle de grande dame.

Ce soir de printemps, je sortais tout juste d’une période de tumultes intérieurs qui, en conjonction avec la fin de ma « crise de la trentaine », m’avait menée à remettre en question l’ensemble des aspects de mon existence, et tout particulièrement ma place dans le merveilleux monde universitaire. Je sentais que je n’avais ni les nerfs ni l’étoffe d’affronter ce qui m’attendait – énièmes demandes de bourses, post-doctorat, réseautage, entrevues, etc. – et plutôt que de me demander ce que j’avais envie de faire des dizaines d’années que je passerais sur le marché du travail, je me suis mise à regarder autour de moi pour voir qui était dans la course. Le train des comparaisons quittait le quai.

Bien entendu, j’étais entourée de gens extraordinairement intelligents, charismatiques et déjà bien installés dans des réseaux. Tous et chacun me paraissaient, objectivement et honnêtement, avoir sur moi et sur mon travail une nette avance à peu près sur tous les fronts. Il faut dire que je souffre du syndrome de l’imposteur depuis le début de mes études universitaires et que je suis d’une timidité morbide. J’ai développé des trucs (la volubilité, entre autres choses) et je me débrouille la plupart du temps, mais les échanges dans le contexte universitaire sont de ceux qui me rendent le plus nerveuse et mal à l’aise.

Je me suis comparée à la gent universitaire en entier pendant des semaines et peut-être pendant des mois, pour finalement conclure que les probabilités de faire carrière étaient nulles. J’ai donc décidé de finir ma thèse et de faire autre chose. Mais puisque le train des comparaisons va toujours de l’avant et qu’il ne s’arrête pas facilement, je me suis mise à multiplier les comparaisons au passage, à propos de mon style de vie et de mes sourcils, à propos de mes chaussures et de mes aptitudes sociales, et à propos de que sais-je encore.

Au troisième étage de l’appartement d’Albertine, le printemps dernier, alors que j’avais une coupe de blanc entre les doigts et une tranche de pita craquant sous la dent, Albertine m’a dit qu’elle n’avait pas l’intention de faire une carrière universitaire. Plus tard dans la soirée, une autre collègue a profité de l’occasion pour nous annoncer qu’elle quittait le programme de doctorat pour tenter sa chance dans le vrai monde. L’une et l’autre m’ont toujours beaucoup impressionnées et je suis sortie de cette soirée ébranlée par ces nouvelles.

Ni Albertine ni cette autre collègue n’avaient joué un rôle particulier dans mes délires comparatifs, mais elles m’ont prouvé sans le savoir, et deux fois plutôt qu’une, que toutes les comparaisons du monde sont inutiles et injustes. Quand on cherche, on trouve toujours quelqu’un plus brillant, plus confiant, plus subtil, plus beau, plus riche ou plus drôle que nous. C’est une évidence. Sauf que ce n’est pas ainsi qu’on devrait prendre la mesure de soi-même.

Lorsqu’on se compare aux autres, on a tendance à comparer nos faiblesses à leurs forces ou à minimiser nos accomplissements à la lumière des leurs, le plus souvent sur des bases sans commune mesure. Je parie qu’on ne pourrait jamais faire des comparaisons aussi grossières si elles ne nous concernaient pas; mais on est très durs avec nous-mêmes et aussi assez peu raisonnables. Cela vaut pour la carrière, pour l’apparence physique, pour la performance sportive, pour le mariage et pour bien d’autres choses encore.

Lorsque nos pensées prennent la voie des comparaisons, mieux vaut les freiner aussitôt et changer de perspective. Il existe certainement plusieurs manières d’éviter de se faire prendre dans ce tourbillon inutile et nuisible, mais celle qui me réussit le mieux est de me mesurer à une version antérieure de moi-même. En général, cela me fait sourire. De fierté.


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Une planche par jour, la santé pour toujours

À la veille du 1er décembre, des copines sur Daily Mile ont fait circuler l’idée de participer au défi Plank-A-Day. L’an dernier, plusieurs ont participé à un autre défi, « 50 crunches en 50 jours », tandis que j’avais déjà les mains pleines avec le programme P90X. J’ai passé mon tour.

Une planche par jour, disais-je. Pour 15 secondes ou 3 minutes; droite, latérale ou renversée; en séries ou d’un trait; sur les mains ou sur les avant-bras; au gré du jour et des humeurs, tout simplement.

Je ne travaillerais pas le même groupe musculaire tous les jours des mois durant, mais pour les 31 jours du mois de décembre, je trouve l’idée excellente. C’est sans hésitation que j’ai décidé de participer, en me disant qu’il suffisait d’insérer ici et là des jours moins exigeants pour reposer mes muscles.

Nous sommes le 4 décembre, mais il n’est pas trop tard pour vous y mettre.

Sur ce, je m’en vais faire des planches. Adios!

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