En forme de femme


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Du bon usage du congélateur

Mangez santé. Mangez frais. Mangez bio. Mangez végé. Mangez vivant. On connaît la chanson et son refrain : plus de fruits, de légumes et de grains entiers, moins de protéines animales, de calories vides, de gras et de sel.

On sait même comment s’y prendre : renier la restauration rapide, bouder l’allée des surgelés, éviter les aliments transformés et les boissons sucrées. Il suffit de remplir le panier d’épicerie dans les sections d’aliments frais (en dehors des allées) et de se mettre à nos fourneaux, au nom du cœur, du cholestérol et du diabète. Exit la commande à l’auto et la livraison, bye bye la lasagne à enfourner sans cellophane et le pâté au saumon à réchauffer, adios les sauces cuisinées et les poulets BBQ à emporter.

Tant de bonnes intentions qui se butent sans cesse aux midis sans boîte à lunch et aux soirées pressées. Faut-il rappeler que la restauration rapide, les aliments surgelés et les repas prêts-à-manger ont pour principal attrait de nous faire gagner du temps? (Inutile d’être de mauvaise foi : ils n’ont pas été inventés pour nuire à notre santé.) Comment faire pour bien manger lorsque les casseroles ne sont pas une option?

En faisant bon usage du congélateur, tout simplement.

Un congélateur devrait être bien garni, mais il ne devrait pas contenir n’importe quoi. Voici les aliments essentiels qu’on devrait conserver sous zéro pour les dépannages santés :

  • Des fruits pour les smoothies (des fraises ou un mélange de baies);
  • Des légumes pour mettre de la couleur et des vitamines dans n’importe quel repas (des petits pois, des épinards ou un mélange asiatique);
  • Du bouillon de poulet maison;
  • Des muffins maison, à dégeler à l’unité;
  • Une variété de pains (pain tranché, bagels, pitas, gauffres de blé, pâte à pizza, etc.);
  • Du riz cuit;
  • Des soupes maison en portions individuelles;
  • Des repas maison (les restes!) en portions individuelles, y compris en portions pour enfants.

Manger les restes d’un plat pendant deux jours est blasant, mais sortir un délicieux cari de légumes et de pois chiches du congélateur trois semaines après l’avoir cuisiné est fort plaisant.

Il suffit de cuisiner de plus grandes quantités, ce qui demande à peine plus de temps sur le champ et en sauve tout plein plus tard. Je fais par exemple 4 douzaines de muffins au son et 4 pains de blé entier à la fois. Une grande casserole de soupe peut facilement être tournée en cassoulet et une sauce tomate en ratatouille.

Choisissez des contenants conçus pour la congélation et, idéalement, en des formats qui s’empilent facilement. Assurez une bonne rotation des mets et des aliments et n’ayez plus peur de vous geler le nez!


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Mettre la saison hivernale à profit

Pour les amoureux de la course, l’hiver marque le changement des habitudes d’entraînement. Ceux qui refusent de faire les concessions que demandent le froid et les surfaces enneigées, gadoueuses ou glacées choisissent de courir à l’intérieur, sur place ou en rond. C’est la saison du tapis roulant et de la piste d’athlétisme. Pour les autres, qui troquent volontiers la vitesse pour le grand air, c’est le moment de réduire le régime d’entraînement… ou pas.

Le calendrier des compétitions attend le printemps et les surfaces obligent à ralentir, mais la saison hivernale peut tout de même être mise à profit. L’hiver est en effet le moment idéal pour consolider son « kilométrage de base ». Puisqu’on sait qu’augmenter de concert le travail d’intensité et le kilométrage est un exercice périlleux, mieux vaut réserver l’augmentation du kilométrage à un moment où l’intensité n’est pas une priorité, c’est-à-dire durant la basse saison. C’est, du moins, le raisonnement auquel m’ont menées mes réflexions des dernières semaines.

Selon Ed Eyestone, du magazine Runner’s World, et Jean-Yves Cloutier, auteur de Courir au bon rythme, 80 à 85% du kilométrage hebdomadaire devrait être parcouru à une allure constante et confortable, tandis que 15 à 20% devrait être réservé au travail d’intensité. Pourquoi tant de kilomètres à un effort modéré? Parce que ces kilomètres sont aux fondements de la forme d’un athlète, peu importe son niveau :

Physiologically, base miles are important because they boost aerobic conditioning, develop slow-twitch muscle fibers, increase blood volume and glycogen storage, strengthen connective tissue, and enhance the body’s ability to burn fat. (Source)

Depuis le mois de janvier, j’ai tranquillement augmenté mon kilométrage hebdomadaire de 20 Km par semaine à 30-35 Km par semaine. J’ai usé de patience parce que mon calendrier de course était rempli et que je m’entraînais pour des demi-marathons. Lorsque j’ai couru le 10 Km du Parc national d’Oka, j’ai compris (non pas en théorie, mais en pratique) de quelle manière le kilométrage de base influençait ma « maîtrise » d’une distance de compétition. J’ai aussitôt formulé le souhait d’arriver à ce sentiment de maîtrise pour le demi-marathon. Il est évident que je devrai, pour y arriver, augmenter mon kilométrage de base. C’est ici que l’hiver entre en scène, à mon grand bonheur.

Après les quelques semaines d’intensité que je me suis réservées pour la fin de la saison, je prendrai un repos annuel de deux semaines, durant lequel je me réserve le droit de faire un peu de yoga. Je reprendrai le 2 janvier, avec tous mes cheveux j’espère, et j’ai prévu pour cette reprise un programme de 14 semaines dont l’unique objectif sera d’augmenter mon kilométrage hebdomadaire jusqu’à 40 Km. Il s’agira, le plus simplement du monde, de compléter 4 courses d’intensité modérée par semaine.

Voici le plan:

De quelle manière comptez-vous mettre votre saison hivernale à profit?


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Lecture: Arvida de Samuel Archibald

Arvida de Samuel Archibald appartient à la catégorie des œuvres inclassables, moins parce que l’auteur a choisi la peu commune appellation générique des « histoires » que parce qu’elle tient ensemble des univers non contigus. On y trouve des histoires de pêche (qui sont en fait des histoires de chasse), des histoires de gars, des histoires d’amour manqué ou trop accompli, des histoires de fillettes violées et de garçons finauds, des histoires à propos de ceux qui les racontent et surtout, des histoires de famille – celles qu’on chérit, celles qu’on subit et celles qu’on s’invente.

Création à la fois cohérente et composite, originale mais d’une étrange familiarité, Arvida semble provenir d’un esprit qui se livre en même temps qu’il se défile. Si l’auteur se met en scène dans trois récits qui encadrent l’ensemble et qui retracent son destin d’écrivain, ce n’est, semble-t-il, que pour mieux s’effacer derrière les voix des autres. Quelques pages suffisent à révéler le pouvoir d’enchantement de cette narration sans orgueil, marquée par l’oralité et ce qu’on pourrait appeler, le plus simplement du monde, le plaisir de conter. En passant d’un narrateur à l’autre, M. Archibald s’amuse – on le sent – à explorer différents registres de la langue et de l’art du récit. Le déséquilibre stylistique qui en résulte aurait pu, chez un autre, trahir l’immaturité d’une vision ou une ambition forcée. Ici, il traduit plutôt un sujet : la communauté.

Ville industrielle érigée au début du vingtième siècle pour la production d’aluminium, Arvida est engloutie deux fois plutôt qu’une par des fusions municipales. De tous les fantômes qui hantent les histoires de ce livre, Arvida est le plus beau et le plus triste. C’est dans la version mythique de cette ville que « régnait en songe » la famille du narrateur, alter ego de l’auteur, et c’est là aussi que se font et se défont les mailles des souvenirs. Les personnages n’habitent pas tous Arvida au même moment, mais ils forment une sorte de communauté imaginaire. Nadia, à qui l’on a transmis les meilleures recettes de la famille et de la paroisse, incarne ce tissus social à la fois vivant et spectral : « Nadia était devenue une cuisinière formidable, hantée par le fantôme de dizaines de femmes qu’elle n’avait jamais connues. » La force de l’œuvre tient, au moins en partie, à cette synchronie des temps et des lieux, synchronie qui explique qu’une histoire comme « Jigai » puisse s’inscrire sans heurt dans l’ensemble. On peut même penser que « Jigai », qui raconte comment deux japonaises transforment la mutilation du corps en art, fonctionne comme une mise en abyme du livre entier, puisqu’elle décrit les lieux et les êtres selon différents points de vue, que le temps et le cœur altèrent à leur manière.

L’humour – rire gras et ironie sagace – est convaincant de la première bouchée de May West à l’épiphanie du jeune écrivain, en passant par les chemins sinueux du Nord et ceux, plus violents, qui mènent un couple au divorce. Le drame – appelons-le comme cela – n’est jamais ampoulé et contient juste ce qu’il faut d’ambiguïté quant au rôle joué par la fatalité et le hasard dans la vie des personnages. Ces qualités auraient suffi à composer un excellent livre, mais M. Archibald a aussi trouvé le moyen de planter et de préserver le mystère dont son alter ego redoute tant la destruction. Raconter une histoire, affirme-t-il, quelques paragraphes avant le point final, c’est « déjà en bazarder le pouvoir de fascination ». Dans Arvida, le mystère prend le plus souvent la forme d’un fantôme. Mais si le réalisme rabat ces apparitions au niveau de l’entendement, la possibilité même d’une coexistence de la vie et de la mort, du présent et du passé, de l’ici et de l’au-delà exerce son effet mystificateur. Qui était cette femme aperçue au bord de la Cabot Trail?

Des univers non contigus d’Arvida ressortent, comme vainqueurs de la violence du monde, les mêmes indéfectibles liens d’amour : les âmes sœurs, les copains, la famille. C’est pour cette raison qu’en refermant le livre, on garde avec soi quelques images effrayantes mais surtout un sentiment de fraternité qui nous fait aimer notre sœur un peu plus et le sourire de notre grand-mère encore davantage. Qu’ils soient durs ou beaux, qu’on ait eu le temps de les polir ou non, Arvida nous donne envie d’aimer nos souvenirs. Un livre qu’on ne peut lire qu’une seule fois, et c’est peut-être la plus grande qualité qui soit.

Samuel Archibald, Arvida, Le Quartanier, 2011, 315 p.

*En lice pour le Prix littéraire des collégiens 2012 et sur la liste préliminaire du Prix des libraires du Québec 2012.


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Pas le temps? Vraiment?

L’automne écourte les jours avec une remarquable régularité. Avec le froid et la noirceur, le temps dont nous disposons pour sortir bouger un peu se fait plus rare. Voici 8 astuces pour vaincre les « je n’ai pas le temps » de l’automne :

#1 En faire une priorité

On sait tous que l’exercice physique est nécessaire à notre santé, qu’il améliore l’humeur et qu’il aide à maintenir un bon niveau d’énergie tout au long de la journée. Lui consacrer 30 minutes quelques fois par semaine n’est pas un luxe : c’est un moyen de vivre mieux. Il suffit de faire le pacte avec soi-même et de profiter de ses heureuses répercussions tout autour.

#2 Planifier

Survoler l’agenda – et  celui de chéri(e) – pour y inscrire le moment de la journée qui sera consacré à l’entraînement a des vertus pratiques et programmatiques. On organise ainsi les activités sportives au travers des autres obligations (familiales, professionnelles, sociales ou étudiantes), on prépare le terrain en vue d’éventuels imprévus et on se prédispose déjà, mentalement, à accomplir la tâche. La planification peut être faite la veille, une fois par semaine ou au gré de nos besoins.

#3 Sortir plus tôt que tard

Les jours sont remplis et rares sont ceux qui s’allègent au fil des heures. Il vaut mieux « se débarrasser » de la séance d’entraînement dans la première moitié de la journée, sinon on risque de crouler sous les tâches accumulées ou de succomber à l’appel du canapé. Plusieurs commencent la journée en enfilant leurs chaussures de course ou en se rendant à la piscine, d’autres profitent de l’heure du lunch pour bouger un peu. Tout dépend de l’agenda.

#4  S’associer

Une bonne vieille méthode, qui fonctionne à tout coup : donner rendez-vous à un ami. Personne n’aime être infidèle ou en retard.

#5  Se couvrir

Les boutiques de sport débordent de vêtements techniques qui permettent d’apprécier l’air frais de l’automne sans grelotter. On magasine!

#6  Maximiser

On peut profiter du cours de gymnastique des enfants ou de la vidange d’huile de la voiture pour faire une promenade ou une petite course. On peut se rendre à la banque, à la pharmacie, à la garderie ou au bureau de poste en marchant ou en courant.

#7  S’adapter

Si on traverse une semaine de fou, il vaut mieux compenser par du repos la fatigue et le stress additionnels. Si on est cloué à la maison parce que la gardienne a fait faux bond ou que le petit est grippé, on peut faire de la musculation ou un DVD de yoga. S’il est impossible de libérer 1h30 pour la longue course, on essaie de sortir deux fois dans la journée pour un temps équivalent. Un peu de créativité et le tour est joué.

#8  Faire un 15 minutes de survie

On n’a pas le temps et ce n’est ni un défaut de planification ni un manque de motivation – l’horaire est chargé du matin au soir, un proche est à l’hôpital, etc. Pour ces journées impossibles, un 15 minutes de survie est bénéfique, voire nécessaire. On peut faire n’importe quelle activité à n’importe quelle intensité : courir 3 Km, marcher pour se rendre quelque part, prendre l’escalier quelques fois dans la journée, faire des pompes entre deux appels téléphoniques (personne ne vous verra), lire deux ou trois pages en faisant la chaise au mur ou que sais-je encore? Les possibilités sont infinies. Tout le monde peut faire mieux que ne rien faire.

Connaissez-vous d’autres stratégies pour déjouer les excuses d’automne? Partagez-les dans la section des commentaires.

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Je hais, donc je fais

Une des choses que j’ai apprises assez tôt dans ma jeune vie de yogini, c’est de ne pas faire entièrement confiance à mes goûts et à mes dégoûts. Il faut aimer le sport qu’on pratique, mais cela ne signifie pas pour autant qu’il faille se lover dans le confort de nos amours et ignorer le monde entier. Car ce qu’on hait a parfois quelque chose à nous apprendre.

La posture du chameau (Ustrasana), par exemple, je l’ai détestée dès ma première tentative. Chaque fois que le professeur l’annonçait, je me disais : « Ah non, pas celle-là ». En classe, je manœuvrais des feintes. Je choisissais ce moment pour replacer la taille de mes pantalons ou refaire le nœud dans mes cheveux. Lorsque je suivais une pratique audio à la maison, je me plaçais dans la posture de l’enfant ou dans celle du chien tête en bas, sans même me demander pourquoi j’agissais ainsi ou pourquoi je détestais tant cette posture.

Un matin, mon professeur de yoga a pris congé pour soigner un rhume et une autre femme a dirigé la classe, défiant sans le savoir le confort qu’on prend si facilement, même dans l’effort. Lorsqu’elle a annoncé la posture du chameau, ma petite voix intérieure a dit, machinalement, « Ah non, pas celle-là », mais avec une sorte de nervosité dans le ton. Je sentais bien que la stratégie d’évitement ne fonctionnerait pas ce jour-là. J’étais, en effet, la seule élève dans la classe. La remplaçante a immédiatement senti mon hésitation et elle s’est approchée de moi. « On va y aller par étapes, OK? » J’ai fait oui de la tête comme une petite fille et c’est à ce moment que j’ai compris que j’avais pris la peur pour de la haine.

La remplaçante m’a guidée, lentement, vers ma première posture du chameau satisfaisante, tout comme mon professeur l’a fait ensuite pour la posture sur la tête (Salamba Sirsasana). Quelque chose dans l’ouverture de la poitrine et de la gorge que demande la posture du chameau me mettait mal à l’aise. Et, étrangement, moi qui ai toujours cru que ma tête (ou plutôt ce qu’elle contient) était ma plus grande force, je perdais toute confiance une fois qu’il fallait, à l’envers, m’appuyer sur elle.

Si je haïssais tant ces postures, c’est qu’elles m’obligeaient à franchir une limite, à affronter une peur, à ouvrir ce qui était fermé et à m’appuyer sur ce qui était moins solide que je ne voulais bien l’admettre. Je n’ai pas conquis entièrement ces postures et je ne les aime pas encore tout à fait, mais aujourd’hui, je les accueille avec calme lorsqu’elles sont annoncées. Le scénario s’est répété pour les tractions à la barre (pull-ups) et les pompes (push-ups), que je me suis obligée à pratiquer et que je me suis surprise à aimer franchement. Ce doit être parce que, maintenant que je les maîtrise mieux et qu’elles ne m’effraient plus, elles me font sentir plus forte que jamais.


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Insulte et compliment

Ce mardi, alors que je reprenais le chemin de la maison pour terminer une course tranquille et que, séduite par l’idée d’emprunter le sentier de la mare aux canards, je profitais de l’air frais du mois de novembre, on m’a insulté. Je suivais trois adolescents qui venaient de descendre de leur bus scolaire et qui tapageaient autour d’un meuble abandonné aux ordures. Le plus grand a lancé un tiroir en l’air, les deux autres ont ri, puis ils se sont tous les trois ballottés en échanges mi-tirailleurs mi-amicaux. Lorsque je les ai dépassés, l’un d’eux m’a crié : « Fat booty! »

Mon réflexe aurait été de lever les doigts d’honneur  – les deux – mais j’ai entendu depuis le creux de mes souvenirs la voix de ma mère, comme aux tristes jours où on m’intimidait à la petite école et à la polyvalente : « Ignore-les. » J’ai donc laissé mes majeurs là où ils étaient et j’ai continué mon chemin, un peu troublée. Mais je n’avais pas encore fait quatre enjambées que le crieur, pensant que peut-être je ne l’avais pas entendu, a pris soin de me renvoyer son message, plus fort et plus convaincu.

J’ai beau avoir enduré des années de ricanements et d’humiliations, j’ai beau avoir une indulgence infinie pour les adolescents et un esprit critique, je crois, assez fin pour savoir que ce jugement n’était ni valable ni recevable, je me suis immédiatement mise à me désoler de mon popotin. Je savais que ma mère avait encore raison, vingt ans plus tard, et qu’il ne valait pas la peine de bouger une phalange pour répondre à de telles idioties, mais en même temps je me sentais frustrée de ne pas m’être défendue.

Arrivée à la maison, j’ai raconté l’incident à mon mari et je lui ai confié que j’espérais de tout cœur que notre fils ne dirait jamais de telles choses à des étrangers. Puis j’ai pensé à mes débuts de coureuse, alors que je sortais le soir ou que je me rendais à la piste aux heures où elle était déserte, cherchant à éviter le regard des autres, qui pensaient certainement – c’est ce que je m’imaginais – que j’étais trop ceci ou pas assez cela pour faire ce que je faisais.

J’ai déjà raconté qu’à Philadelphie, un chauffeur de taxi avait été surpris d’apprendre que j’allais courir un marathon parce que, m’avait-il dit, les marathoniens étaient habituellement très minces. Je me souviens de ces mots comme s’il me les avait dit hier matin, parce que c’était précisément ce jugement que je redoutais, moi qui me sentais déjà comme un imposteur et qui avais du mal à me convaincre que j’étais, moi aussi, une athlète.

Un billet de Ben Davis m’a rappelé ces épisodes gênants, mais surtout l’importance de dire et de redire tout le bien que nous pensons, entre nous, de l’effort des autres. Dans son billet, Ben, qui est passé de l’obésité morbide et de la dépression aux Ironman et à la couverture de Runner’s World, raconte à quel point il redoutait, lorsqu’il a commencé à courir, les jugements de ceux qu’il croisait sur la rue. Et comment il a fini par comprendre qu’il n’y a aucune honte à prendre sa vie en main, quel que soit le point de départ.

En dix ans, ma crainte d’être jugée a été justifiée à au moins deux reprises. Mais combien de personnes ont pensé, en me voyant courir, que j’avais du courage de sortir sous la pluie, à 20 degrés sous zéro, avec mon fat booty ou en poussant mon petit dans le Babyjogger? Combien se sont dit « Tiens, je devrais sortir moi aussi »? Combien, encore, ont trouvé tout à fait normal de me voir courir, au point de ne pas même me remarquer? Des tas, assurément. Et je les remercie.

Nous sommes des athlètes. Le poids corporel, la silhouette, la vitesse et le style n’ont rien à voir avec ce statut. Tous les entraînements et tous les efforts comptent et méritent des compliments. Que ceux qui ne souhaitent pas exprimer ces compliments se taisent.


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La vérité sur les DVD: 30 Day Shred (Jillian Michaels)

Jillian Michaels est connue, le plus souvent, pour sa participation à la célèbre émission The Biggest Loser (Qui perd gagne). Elle a la réputation d’être dure et de demander l’impossible, mais ses méthodes sans complaisance ont fait leurs preuves. Et puisque la saison des DVD nous pend au nez comme les dernières feuilles accrochées aux arbres, je saisis l’occasion de dire quelques mots sur 30 Day Shred, un DVD de sa création que j’aime particulièrement.

Les promesses

Le 30 Day Shred jure de vous mettre en forme en 30 jours, rien de moins. « Lose up to 20 pounds in 30 days! », peut-on lire sur la couverture. Cette stratégie marketing s’inscrit dans une tendance quasi généralisée de l’industrie du fitness, qui prétend que ses produits provoquent de grands changements en très peu de temps. Imaginez, un instant, un DVD qui annoncerait qu’il faudra plusieurs mois avant de recueillir les fruits de nos efforts, assez peu visibles, de toute façon, s’ils ne sont pas combinés avec une alimentation équilibrée. Ce serait un fiasco. Et pourtant, on sait (au moins intuitivement) que les changements durables ne se font pas en criant ciseaux et qu’il ne suffit pas d’exécuter des entrainements intensifs pendant un mois pour être et rester en forme. Devant ces promesses farfelues, mieux vaut user de notre esprit critique et de notre sens de l’humour.

Je ne saurais me prononcer sur l’efficacité du programme tel qu’il est proposé par Jillian Michaels, puisque je n’ai pas tenté l’expérience des 30 jours consécutifs. Je peux toutefois assurer qu’il s’agit de routines expéditives, efficaces et bien balancées qui feront grouiller les sédentaires ou qui s’intégreront parfaitement à un autre programme d’entraînement – de course, par exemple. C’est ainsi que j’utilise le DVD: comme complément de musculation à mes programmes d’entraînement de course. Il s’agit par ailleurs d’une excellente manière de meubler la période d’hibernation des coureurs, des cyclistes, des marcheurs et des randonneurs pendant la basse saison. Il faut, pour la réalisation des routines, une paire de poids libres, un tapis de sol et 20 minutes (23, dans les faits). Pour les horaires tricotés serrés et les 4 1/2 en ville, ce DVD est tout indiqué.

Le produit

Le DVD propose trois routines distinctes, qui correspondent à trois niveaux progressifs, et qui comportent chacune une courte période d’échauffement et d’étirements. Elles reposent sur un système révolutionnaire, de dire Michaels, soit le « 3-2-1 Interval System »: 3 minutes de musculation, 2 minutes d’exercice cardiovasculaire et 1 minute d’exercice pour la région abdominale. Ces enchaînements, communément appelés « circuits », son exécutés sans pause; l’objectif est de combiner le travail de plusieurs groupes musculaires à la fois et de maintenir le rythme cardiaque élevé tout au long de la séance. Chaque routine compte trois circuits variés, qui ne manqueront pas de provoquer une bonne suée, à condition, bien entendu, de tout donner sur le champ. Lorsqu’on dispose de moins de 25 minutes, il faut sortir de la zone de confort du début à la fin de la séance.

Dans chaque routine et d’un niveau à l’autre, on ne saurait s’ennuyer tant le rythme est entraînant et la variété au rendez-vous. À défaut d’offrir des programmes de musculation complets, les circuits de ce DVD ont le mérite de mener les muscles travaillés au seuil de l’épuisement, ce qui ne manque pas de provoquer l’adaptation du corps. Il me semble qu’entre les 2e et 3e niveaux, le saut est plus grand qu’entre le 1er et le 2e, probablement parce que les segments cardio du 3e niveau sont de type pliométriques et qu’ils exigent une résistance musculaire additionnelle. Le seul bémol, selon moi, est le trop peu de temps consacré à la région abdominale dans les deux premiers niveaux. Le 3e, lui, ne rate pas son coup.

Un détail qui pourrait en déranger certains : il s’agit d’un DVD en anglais qui n’offre pas un choix d’autres langues. On a toutefois l’option de suivre l’entraînement sans la narration.

Un modèle

Une raison qui me fait revenir à ce DVD depuis que j’en ai fait l’acquisition est sans aucun doute l’entraîneur. Jillian Michaels a un petit quelque chose de rock ‘n roll, pour ainsi dire, qui me plaît. Elle projette l’image d’une femme forte, intelligente et terre-à-terre, à cent lieux de la nunuche qui n’a de modèle que le corps. Elle propose une approche globale, qui intègre l’alimentation équilibrée, bio et locale, dont elle prêche les vertus, de même que la confiance en soi et en ses capacités de dépassement. Pour ce DVD, Jillian Michaels est accompagnée de deux femmes qui exécutent des variations plus intenses ou sans impact des exercices. Ces femmes sont naturelles, travaillent fort et ne le cachent pas derrière un sourire figé.

Je conseille chaleureusement ce DVD à ceux qui cherchent un moyen, à peu de frais et moyennant peu d’espace et de temps, d’intégrer la musculation à leur routine, soit à titre d’exercice principal ou à titre d’exercice complémentaire. À condition d’insérer le DVD dans le lecteur, on a la certitude de recevoir une bonne dose de motivation et d’enthousiasme. Et pour les hommes qui auraient lu jusqu’ici : sachez que le DVD a été testé par un homme (le mien!), qui s’est retrouvé comme moi, du premier au troisième niveau, en sueur et le visage couleur homard.


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Compétition: 10K au Parc national d’Oka

Je courais hier la dernière compétition de ma saison 2011 au Parc national d’Oka. Le parc offre encore, mais pas pour longtemps, ses couleurs d’automne aux visiteurs; si on a l’occasion de s’y rendre une journée ensoleillée, on profite d’une vue magnifique sur le lac des Deux Montagnes. J’ai fait là-bas du camping lorsque j’étais enfant, de la raquette il y a deux ans et j’étais heureuse, ce samedi, de faire la découverte des sentiers pédestres. Il s’agissait de ma première expérience de compétition sur 10 Km et je suis encore toute grisée par l’expérience.

La course pré-course

Vendredi soir, nous recevions des amis pour le souper et la partie de hockey. Je me suis affairée aux fourneaux, j’ai papoté avec les copines, puis j’ai fait le ménage après le départ des invités. J’ai pris soin de manger comme il fallait et j’ai bu beaucoup d’eau, mais je suis allée au lit un peu tard et, quand le cadran a sonné samedi matin, j’étais la seule de la maisonnée avec du pep dans son soulier.

Je devais prendre une amie au terminus de métro avant de me rendre sur les lieux de l’événement. Avec le métro, l’autoroute, le bandeau introuvable, le petit et le mari qui venaient nous encourager, la poussette à mettre dans le coffre de la voiture et l’excitation, les facteurs de retard se sont multipliés. À proximité du parc, sur la rue principale, il y avait un tel bouchon de circulation que nous craignions de ne pas nous rendre à temps pour le départ de 9 heures. Il n’y avait qu’une seule entrée vers le site, chaque voiture devait s’arrêter à un guichet et le stationnement principal n’était pas adapté pour l’arrivée d’autant de voitures en une si courte période de temps.

Nous n’avions pas encore nos dossards. Il était 8h46.

Mon amie et moi avons joggé de la voiture au chalet, où, à notre grand soulagement, nous avons trouvé la table de distribution des dossards déserte. Les files pour la dernière visite au petit coin, elles, étaient interminables. À 8h52, à plusieurs centaines de mètres de la ligne de départ, nous regardions une vingtaine de coureurs devant nous faire claquer tour à tour la porte des toilettes chimiques. Je me demandais, comme à toutes les fois où je fais la file pour ces lieux d’aisance loin de mettre à l’aise, comment on peut y rester si longtemps. Mais cela est une autre histoire.

La course, la vraie

C’est à 9h06 que le départ a été donné, retard accueilli comme une bénédiction par mon amie et moi, qui sommes passées des cabinets bleus aux tapis de chronométrage d’un trait et légèrement paniquées. Un échauffement peu orthodoxe, c’est le moins qu’on puisse dire.

Les trois premiers kilomètres du parcours sillonnaient les bois en un sentier pittoresque étroit, qui, à un certain moment, débouchait sur une étendue marécageuse. Le sentier était asphalté sur presque toute la longueur, ce qui aurait pu nous dispenser complètement de prendre garde où nous mettions les pieds si ce n’avait été du tapis de feuilles qui le recouvrait. À plusieurs reprises, j’ai dû risquer la surface inconnue en bordure pour dépasser des coureurs plus lents ou des murs de coureurs – ces petits groupes de quatre ou cinq copains qui courent côte à côte. Plutôt que de m’énerver, ces manœuvres m’amusaient; je me réjouissais d’être en mesure de faire ces dépassements et je me savais trop peu échauffée pour me sentir véritablement ralentie par les autres. Je placotais avec mon amie et je crois bien que cela l’a aidée à se détendre, elle qui était si nerveuse à l’idée de prendre part à la première compétition de sa vie de coureuse. Ma montre GPS, qui n’avait pas eu le temps de trouver son satellite avant le départ, s’est réveillée comme par un parfait hasard quelques mètres avant le marqueur du premier kilomètre.

Avant le Km 4, nous avions rejoint la route, assez mal entretenue et pleine de trous. La vigilance était de mise. Mais puisque nous avions quitté les bois nous nous retrouvions aussi sous un ciel bleu de son plus joli bleu et un soleil éclatant. C’est à ce moment que j’ai trouvé mon rythme et que j’ai laissé mon amie prendre le sien. J’avais un objectif en tête (62 minutes) et je savais qu’il n’était pas à la portée d’une course de socialisation. Le contexte, mon humeur, la fraîcheur et la réponse de mes jambes me laissaient croire que je pourrais pousser et, peut-être, me surprendre. J’ai démêlé les écouteurs de mon iPod et je me suis branchée sur ma musique et ma compétition.

J’étais encouragée par le fait que mis à part les coureurs du 21 Km, qui nous rejoignaient vers la mi-parcours, je ne faisais que des dépassements dans le peloton. Mon allure augmentait progressivement et prudemment, ce qui peut paraître une étrange stratégie de compétition pour certains, mais me réussit bien physiquement et mentalement. Tout juste avant la marque du Km 7 s’est érigée devant moi une côte imposante, que j’appréhendais depuis le début. J’ai gardé le rythme, détendu les épaules, le cou et le visage, j’ai maintenu mon attention sur ma respiration et j’ai grimpé sans marcher et sans mantra. Au sommet, j’étais déjà convaincue de passer l’arrivée sous les 62 minutes.

Les deux derniers kilomètres du parcours reprenaient le chemin des sentiers et j’ai accueilli l’ombre avec plaisir. Si cela n’avait été de mon dossard épinglé en quatre points, j’aurais noué mon coupe-vent à ma taille. Je me suis contentée de faire glisser la fermeture éclair, de descendre mon bandeau dans mon cou et de plier mes gants dans mes poches. Il y avait sur cette portion du parcours des plaques de glace dissimulées sous les amas de feuilles. J’ai senti mon pied patiner deux fois avant de me mettre à zigzaguer pour éviter les mauvaises surprises. Je regardais ma montre souvent, signe que je commençais à être fatiguée, mais à chaque fois j’avais la force de me dire que je ne faisais qu’une bouchée des 1300 mètres, que je courais des 850 mètres comme je faisais des muffins, que je sprintais les 400 mètres comme si ma vie en dépendait, que 250 mètres ne faisaient que le 1/40 du parcours, que 60 mètres c’était comme des poussières de distance et qu’enfin il ne restait que quelques pas. Et déjà, c’était fini.

Grâce aux spectateurs, absents sur toute la longueur du parcours mais massés et bruyants au fil d’arrivée, j’ai même donné un dernier coup de mollet pour la finale. À cause du premier kilomètre sans chronomètre, je ne pouvais savoir quel était mon temps officiel, mais je me doutais qu’il était quelque part entre 60 et 61 minutes. À la maison, j’ai appris avec satisfaction que j’avais couru ce premier 10 Km en 60 minutes 14 secondes. Joie! Fierté!

Conclusions

J’ai toujours beaucoup aimé, en entraînement, les sorties de10 Km. Mais j’avoue que cette compétition a été une sorte de révélation. Je pense bien que je suis d’abord une coureuse de fond, mais en même temps, j’ai senti ce week-end que je maîtrisais véritablement cette distance et que je pouvais, pour cette raison, me donner l’occasion de pousser en confiance et en force. Un excellent sentiment. Deux choses, donc : la barre des 60 minutes ne perd rien pour attendre et je tâcherai de mettre tout en œuvre pour parvenir au même sentiment sur le demi-marathon. Mon prochain marathon, de cela je suis maintenant convaincue, ne sera que pour 2013.

Une autre chose est certaine : la course du Parc national d’Oka est déjà sur ma liste de compétitions pour la saison 2012. Serez-vous là?

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